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Le ROC est-il mort de sa belle mort?

Le ROC était un mouvement qui regroupait la fraction progressiste des jeunes officiers de l’Armée voltaïque d’abord, burkinabè ensuite. C’est un mouvement qui est demeuré clandestin. On a longtemps glosé sur ce que renfermaient les lettres R.O.C.

Certains ont tenté de décoder ces trois lettres mystérieuses auxquelles ils ont donné les significations suivantes: «Regroupement des officiers communistes», «Rassemblement des officiers radicaux», etc. D’autres y ont simplement renoncé et n’ont pu voir dans ces militants en uniforme que des empêcheurs de tourner en rond. Sur le ROC, on a bâti idéologie, doctrine et politique.

Les animateurs du ROC: Blaise Compaoré, Boukari Lingani, Thomas Sankara et Henri Zongo

En réalité, le ROC était un nom de bataille que de jeunes officiers voltaïques se sont donné. Ce nom qui fait référence à kutu, fer en mooré, et qui a été le nom de règne d’un empereur moaga, n’était pas le fait d’un quelconque hasard. Le ROC renvoie à quelque chose de ferme, de dur et de fort. Un peu comme Pierre, ce roc chrétien.

Objectif du mouvement

Créé en 1975, le ROC était l’œuvre de jeunes officiers qui se rencontraient régulièrement pour former un bloc. Ce bloc avait pour objectif de défendre les intérêts des sous-officiers et des soldats. C’est par la force des choses que certains d’entre eux s’étaient prononcés  sur certains événements de la vie de la nation ou y avaient pris une part active. Ainsi, ces jeunes officiers avaient-ils quitté petit-à-petit le cadre militaire pour s’intéresser à la politique. Certains membres du ROC avaient composé avec le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN), tandis que d’autres avaient poursuivi leur lutte jusqu’au 4 août 1983.

Le projet de société prôné par le ROC était le socialisme scientifique. A ses débuts, le ROC était essentiellement constitué de jeunes officiers, anciens élèves du Prytanée militaire de Kadiogo (PMK)…

Ses militants

Ils donnaient des conférences sur des thèmes précis avec pour but d’instruire idéologiquement afin de préparer politiquement les militants. Outre les conférences, ils organisaient des réunions sécrètes dans des endroits insolites: voitures, maisons désaffectées et cellules…

Leur force de frappe était basée à Pô. Leaders et grands animateurs du ROC, Thomas Sankara ou Blaise Compaoré quittaient Pô pour Ouagadougou où ils venaient organiser les réunions. Henri Zongo, Laurent Sédogo, Gaston Kani Gnoumou, Georges Boni, Jean-Baptiste Boukari Lingani… ont animé le ROC.

C’est par voie de tracts que le ROC donnait son appréciation sur la situation nationale en épousant l’air du temps, autrement dit la conjoncture.

Au fil du temps, d’autres officiers ont intégré le mouvement. Mais l’avènement du CMRPN avait porté un coup sérieux au ROC. Certains militants avaient rejoint le régime de Saye Zerbo. Ces changements inattendus de camp pouvaient s’expliquer par l’existence de lacunes d’ordre organisationnel. Par exemple, lors du coup d’Etat du 25 novembre 1980, Thomas Sankara était en stage à Montpellier, en France. Aucun mot d’ordre précis n’avait été donné aux militants du ROC pour apprécier la situation suivant la grille de lecture du mouvement. Une partie de ses membres avait composé avec le colonel putschiste. L’autre fraction, qui s’en était abstenue, a dialectiquement jugé qu’il n’était pas possible de réaliser le socialisme scientifique avec une génération d’officiers «retros»… Ce sont eux qui étaient en effet parvenus, au bout de leur lutte, à proclamer la révolution en Haute-Volta le 4 août 1983.

Le mouvement s’était ouvert par la suite à des partis et centrales syndicales d’obédience marxiste-léniniste. Sur la base de liens personnels ou amicaux, ces contacts permettaient au ROC d’apporter, en sous-main forte, son soutien aux syndicalistes et leaders de partis politiques pendant les périodes d’agitations nationales.

Clandestinité

Sous la révolution, les principaux animateurs du ROC se sont retrouvés au sein de l’Organisation militaire révolutionnaire (OMR).

Aujourd’hui, il est difficile  (comme hier) d’identifier les contours exacts du ROC. Comme certains partis politiques qui ne peuvent prospérer que dans la clandestinité, le ROC avait toujours trouvé sa vitalité dans l’ombre… Mais de nos jours, il y a l’ombre d’un doute sur les restes du ROC. Ces géniteurs et animateurs étant soit morts soit dispersés dans la nature, ce mouvement est sans doute mort de sa belle mort.

Éléments d’archives rassemblés par Théophile MONE

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