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Roch, seul commandant à bord: les raisons qui militent en faveur d’un remaniement technique du gouvernement

Le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, est décédé le 19 août dernier à Paris. Avec Yalgado Ouédraogo (il a été élu président de l’Assemblée territoriale de Haute-Volta le 15 mai 1957 et il est décédé des suites d’un accident de la circulation le 21 juillet 1957), ils sont les seuls présidents de l’Assemblée nationale et plus largement les deux personnages politiques de premier plan à mourir de mort naturelle en service, Thomas Sankara ayant été assassiné. Inutile de revenir sur les obsèques mémorables de Salifou Diallo. Il est à se demander si une personnalité pourra avoir pareils hommages et funérailles. Dans tous les cas, c’est une première que hommes politiques de la majorité et de l’opposition fassent unanimité sur l’action d’un homme. Quelles conséquences pour son parti politique et le pouvoir qu’il servait?

L’exécutif qui est en place depuis le 20 février 2017

Toute la classe politique est unanime à le reconnaître, Salifou Diallo a été un personnage clé de la politique du Burkina Faso de ces 30 dernières années. Faisant et défaisant les partis politiques de son mentor Blaise Compaoré, il menait des excursions au sein des formations de l’opposition pour débaucher des cadres ou pour affaiblir le parti qui se serait montré intraitable sur sa vision. Si bien que les leaders politiques au Burkina connaissent bien l’homme pour avoir à un moment ou à un autre eu affaire à lui. De l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail) au CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) puis au MPP (Mouvement du peuple pour le progrès), Salif Diallo a été un acteur majeur.

Premier vice-président du MPP à sa création le 4 janvier 2014 derrière Roch Marc Christian Kaboré puis président après l’élection de ce dernier à la présidence du Faso, on disait du président de l’Assemblée nationale Salifou Diallo qu’il avait les pleins pouvoirs de l’Etat entre les mains et faisait à sa guise. Gênant par moments l’action du président élu du Faso. Salif parti, on dira trivialement que le président du Faso a les pleins pouvoirs entre ses mains à présent et va pouvoir dérouler son programme politique.

C’est tout le mal qu’on lui souhaite car la gestion clanique d’un pouvoir ne peut pas conduire aux objectifs fixés. Aujourd’hui, le trio de tête du MPP est devenu un duo ou, plus exactement, un couple, puisque Simon n’est pas fou pour lorgner le fauteuil de Kosyam. C’est lui qui l’a dit à un certain moment et comme dans les couloirs du pouvoir on ne l’entendait pas mener un clan au sein du MPP, on imagine qu’il est tout dévoué à servir le maître Roch. Qui plus est, en prenant la tête du parti, il aura l’œil sur le troupeau et les bœufs seront bien gardés. Jusqu’à ce que l’ivresse du pouvoir lui monte à la tête…

Roch a les mains libres donc pour lancer la machine qui tardait à bien démarrer.

Un gouvernement, c’est comme une équipe de football. Il est jugé au résultat. Et si d’aventure la cohésion du groupe venait à être mise à rude épreuve et que les objectifs poursuivis stagnent ou sont compromis, le remaniement de l’équipe s’impose. L’objectif étant la performance.

Dans cet environnement politique particulier marqué par des interrogations, des incompréhensions, des querelles de chapelles et de leadership, le président peut récréer un gouvernement constitué de technos et de néo-politiqués qui lui doivent tout et qui seraient prêts à défendre sans rougir son programme de société.

Dans ce sens, un bon casting aujourd’hui serait une équipe de technos inconnus du grand public, des personnalités discrètes, fidèles et entièrement dévoués au service de la politique du président, pour qui la fonction de ministre est une étape professionnelle mais ne constitue, en aucune manière, un tremplin politique.

Avec les remous au sein du Paren et les doutes de compétences de certains chefs de département ministériels, l’on pourrait bien comprendre le président de vouloir boucher des trous en privilégiant des ajustements techniques aux coups d’éclat.

D’aucuns aussi pensent que si tel était le cas que Salifou Diallo est mêlé à des affaires pendantes en justice et empêchait ou gênait la manifestation de la vérité, le Justice aurait les mains libres pour dénouer le fil-écheveau.

Dans tous les cas, le pouvoir de Roch avait besoin d’un coup d’accélérateur. Va-t-il opérer les changements nécessaires, en attendant de donner un coup de pied dans la fourmilière plus tard pour ne pas donner l’impression de faire du ‘’dégorbage’’ immédiat? La balle est dans son camp.

Les Echos du Faso

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