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«Je sais qui je suis» de Yacouba Isaac Zida: ce que Zida n’a pas dit.

Des nombreux ouvrages sortis sur la Transition burkinabè, celui de l’ex-1er ministre Yacouba Isaac Zida reste le plus qui s’est arraché comme de petits pains. Celui qui a dit «quand tu veux cacher quelque chose aux Africains, il faut le mettre dans un livre» a visiblement tort, quand on voit l’engouement qu’a suscité la sortie du livre de YIZ. Chacun voulait savoir la part de vérité de l’ex-1er ministre sur la gouvernance de la Transition avec ses adjacents, l’insurrection et le coup d’Etat déjoué.

De rupture en rupture, finalement l’éditeur, ou quelqu’un d’autre, a décidé de publier une version électronique du bouquin. Ce qui a permis à beaucoup de personnes d’en prendre connaissance.

Ainsi, dans une lecture diacritique, partant tout de suite de l’intitulé «Je sais qui je suis», on peut voir deux cas de figure. Ici, il y a le verbe «être» (je suis) et le verbe «suivre» (je suis). Dans l’un et l’autre cas, il y a comme une révélation sur la personnalité de l’auteur.

Prenons tout d’abord le verbe suivre de «Je sais qui je suis», car c’est de là que découle tout ce que Zida a pu bien faire et comprendre à partir de sa position au RSP. Sachant bien qui il ‘’suit’’, l’officier Zida a su cacher son jeu et à Blaise Compaoré et au général Gilbert Diendéré. Sans être vulgaire, on peut dire qu’il a fait l’âne pour avoir le son. Ceux qui l’ont fréquenté au camp Naaba Koom 2 assurent qu’il était le chouchou du général Diendéré, ‘’son bon petit’’, comme on dit. Raison pour laquelle il a été parachuté à la tête de l’Etat contre l’avis et la volonté du Chef d’état-major général des Armées de l’époque, le général Honoré Nabéré Traoré.

Des indiscrétions sorties de la réunion entre la haute hiérarchie militaire pour la conduite à tenir après la fuite de Blaise Compaoré, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, qui avait le soutien du RSP, aurait demandé au général Honoré Traoré ‘’sur quelle armée il a compté pour se déclarer chef de l’Etat’’.

Toujours dans l’exploitation du verbe «suivre» dans le titre du livre, une fois son objectif atteint, Zida, qui sait qui il ‘’suit’’, a vite fait de prendre le parti des insurgés, leur nombre faisant leur force et vu ce qu’ils ont enduré pour venir à bout du pouvoir de Blaise Compaoré. Du coup, le chemin à suivre n’était plus celui tracé par le RSP, mais celui des populations avec comme têtes de proue les OSC. Les déboires ne vont pas tarder à apparaitre, jusqu’à l’extrême avec le coup d’Etat du RSP qui a été maté par les populations mobilisées et par les loyalistes de l’Armée.

Zida, qui a eu le nez creux, était une fois de plus dans le bon camp, se fondant sur le leitmotiv «Je sais qui je suis». Il a effectivement suivi le camp des gagnants et le RSP qui l’empêchait de gouverner en rond a payé le prix fort, sa dissolution. Zida est bien futé, mais le dernier tournant de l’utilisation du verbe suivre aura été celui qu’il a mal pris. Il a voulu suivre le MPP pour une fois de plus tirer les marrons du feu.

Seulement voilà, pour une des rares fois, il n’a pas su qui il ‘’suit’’. Ses espoirs de se voir bombarder ambassadeur du Burkina aux Etats-Unis ont été déçus. Il avait pourtant tout calé avec le président de la Transition, Michel Kafando. Malheureusement pour lui, il fallait attendre les résultats de l’élection présidentielle et le ok du nouveau président du Faso. Or, entretemps, des bruits de casseroles ont commencé à se faire entendre. Conséquence, le président élu ne pouvait pas prendre le risque d’entériner la nomination de Zida. C’est sur ces entrefaites qu’entre congés maladie et voyage pour voir sa famille, le général Zida a été déclaré déserteur de l’Armée en temps de paix. Depuis, il est entre le Canada et les Etats-Unis, d’où il a sorti son livre «Je sais qui je suis».

De ce titre, on peut voir l’auxiliaire «être», car Zida sait qu’il est futé, il sait où se trouve ses intérêts et il se donne les moyens d’y parvenir. Seulement voilà, il a été pris au piège de ses multiples calculs pour toujours «suivre» les vents favorables.

Mounafica, tout œil tout ouïe!

Un commentaire

  1. De temps en temps mounafica porte réellement son vrai nom. Et c’est le cas ici!

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