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Salve de révélations du sergent-chef Roger Koussoubé: s’en réjouir ou en douter?

Dans le procès du putsch manqué de 2015, alors que l’on craignait un dialogue de sourds entre les accusés et les juges du Tribunal militaire du fait même de la nature du soldat, la grande muette, au contraire, les Burkinabè assistent à un grand déballage. En particulier, les confessions zélées du sergent-chef Roger Koussoubé ont même parfois tendance à toucher la sécurité militaire. Il a montré à maintes reprises qu’il avait envie de vider sa musette, à condition que la sécurité de toute sa famille soit garantie par le Parquet. Faut-il s’en inquiéter, s’en réjouir ou en douter? Dans la recherche de la vérité, ces révélations sont sans aucun doute très précieuses. Au-delà du spectacle, elles peuvent permettre de situer les responsabilités des uns et des autres dans le coup d’Etat déjoué. Toutefois, la prudence doit être de mise face à des agents experts dans l’art du camouflage.

Le Sergent-chef Roger Koussoubé

La transparence sans limite suscite question. Elle peut être trompeuse. «Nous, au parquet militaire, prenons avec réserve vos révélations», a d’ailleurs révélé un membre du même parquet.

Le sergent-chef Roger Koussoubé, dans sa posture d’agent de renseignement, en sait beaucoup et est prêt à tout dire à la justice. Il veut être transparent et véridique. Dans ce procès tant attendu, quel Burkinabè n’est pas pour la transparence? Synonyme de découverte, de révélation, d’illumination et de vérité, la transparence se présente comme le contraire du secret, du mystère, de toutes les formes de la dissimulation. En quête donc de clarté dans ce putsch déjoué, les Burkinabè ne peuvent qu’avoir une oreille attentive à tous les aveux qui se font, dans la mesure où ils permettront de dire le droit.

Mais ce qui est à craindre dans les vérités dites terribles, c’est qu’elles ne soient l’alibi pour tout justifier ou se disculper. Dans notre contexte, tout en se réjouissant des confidences faites, il apparaît tout de même inacceptable sous prétexte de transparence, de mettre en danger notre système et organisation militaires. Ne confondons pas déballage généralisé et transparence. Ce pourrait être une stratégie d’acharnement sur les autres, histoire de se dédouaner et d’apparaître blanc comme neige. Cette apparente transparence peut également être une stratégie instrumentalisée et détournée: pourquoi dire en dix fois ce qui aurait pu être dit en une fois? En effet, M. Koussousé donne l’impression qu’il est la boîte noire du RSP. Et, insidieusement, il exige – chantage – la sécurité de sa famille avant de finir ses confidences comme si, jusque-là, il y avait négligence dans la prise en charge sécuritaire de sa famille!

Suite à son grand déballage inachevé, une question se pose avec acuité: de façon radicale, faut-il tout dire, tout savoir, tout révéler, au nom de la transparence? Certes, la réponse n’est pas simple comme une lettre à la poste; mais ce dont on est sûr c’est que l’abus de transparence peut tronquer la vérité. D’ailleurs, la transparence n’est qu’un moyen de voir temporairement une parcelle de vérité. C’est pourquoi, avec prudence, nous devons veillons à éviter de présumer la vérité de la transparence. Un agent des renseignements qui parle comme une pie recommande naturellement de la prudence. C’est la raison pour laquelle certains membres du Parquet militaire restent réservés. Ce serait facile de prendre pour argent comptant la salve de révélations du sergent-chef Roger Koussoubé. Le sens naît de la contradiction. Attendons donc patiemment la contradiction qu’apporteront ses co-accusés. Car ce qui importe en définitive, c’est la manifestation de la vérité. Toute la vérité. Et qu’il en soit ainsi.

Théophile MONE

 

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