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Sans être d’accord avec elle, on peut la comprendre

Depuis le 3 septembre 2018, Safiatou Lopez/Zongo est internée à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) en attendant son procès car la Maison d’arrêt et de correction des Armées (MACA) ne dispose pas de pavillon dames. Après avoir été interpellée dans la nuit du 28 août 2018, elle a été inculpée pour son « implication possible dans une tentative de faire évader des détenus de la Maison d’arrêt et de Correction des Armées (MACA) » par le parquet de la Justice militaire avec à la clé un mandat de dépôt. Depuis, dame Lopez nie toute implication dans une telle tentative et des organisations appellent à la libération de la présidente du Cadre de concertation nationale des organisations de la société civile. Une des amazones de l’insurrection populaire et de la résistance au putsch vient donc de devancer en prison ceux-là même qu’elle a contribué à déloger de Kosyam.

Safiatou Lopez/Zongo entourée par des partisans

Sans l’excuser, la défendre ou sans être d’accord avec son présumé projet de déstabilisation du pouvoir établit par des élections libres et transparentes, on peut la comprendre. La comprendre car après avoir activement participé à chasser le régime de Blaise Compaoré du pouvoir en octobre 2014, puis organisé avec les autres la résistance au coup d’Etat de septembre 2015, rendant possibles des élections qui ont amené le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) au pouvoir, Safiatou est presque la seule, avec le cargo de Hervé Ouattara, à être restée au ‘’bord de la route’’. Tous les autres leaders ‘’combattants’’ ont été remorqués par le régime au pouvoir.

D’autres sont sortis de nulle part pour participer à la gestion du pouvoir du MPP. Des qualités intrinsèques qu’on a prêtées à certains pour les coopter tardent à se révéler. Pourtant, dame Lopez a noué le pagne, elle a sorti sa spatule, elle a mouillé le t-shirt, elle a respiré des gaz lors de ces deux ‘’batailles de libération’’. Ô comble du sacrifice, son domicile a été incendié lors du putsch étouffé. Y en a-t-il aujourd’hui qui se sont tant sacrifiés et qui ne participent, de quelque manière que ce soit, à la gestion du pouvoir ?

La dame est connue pour être une entrepreneure. L’a-t-on vue sur un chantier depuis en train de participer à la construction du pays et à la reconstitution de ses affaires ? On a été ingrat envers Safiatou Fofié Lopez/Zongo. Elle ne s’est pas battue pour des rétributions mais il fallait avoir de la considération pour son combat.

Ne l’ayant pas fait, qui plus est en cooptant des collabos de la 48ème heure, on a pu rendre ‘’aigre’’ la dame. C’est humain. On ne lui a pas simplifié le choix, si réellement elle avait pour projet de participer à une déstabilisation du pouvoir. A défaut d’avoir Safiatou Lopez avec lui, le MPP aurait dû éviter de l’avoir contre lui. Elle avait déjà montré des signes d’agacements à travers ses critiques à l’endroit du pouvoir. Probablement, comme un politicien de la vieille classe, feu Jo Wéder pour ne pas le nommer, Safiatou ne sait pas traire les vaches mais elle peut renverser les calebasses de lait.

Avec son interpellation, quelle que soit l’issue de l’affaire, le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré a ouvert un autre front contre lui et une autre affaire judiciaire dont il aurait dû faire l’économie.

Les Echos du Faso

6 commentaires

  1. Très bel article, Félicitations!

  2. Je suis chaque fois interloqué par les prises de positions médiatiques sur l’interpellation de la dame Safiatou LOPEZ par la JUSTICE. L’on cherche chaque fois à justifier la « mise en cause » par un argumentaire politique sans attendre que la JUSTICE rende ses conclusions sur les investigations qu’elle a mises en mouvement au nom de la LOI, avec toutes les garanties dictées par cette LOI. Dès lors je me pose la question de savoir si nous vivons sous un régime de l’ARBITRAIRE ou si nous sommes TOUS SANS AUCUNE EXCEPTION NI RÉSERVE régis par la LOI. Pour ne pas être inutilement long disons que si nous respectons la LOI qui nous gouverne, attendons de voir ce que la JUSTICE (qui est indépendante) va nous livrer comme résultats de ses investigations. La LOI prévoit une réparation au bénéfice de la dame LOPEZ si elle a été injustement humiliée et privée de sa liberté. Son avocat le sait bien.

    • Internaute DABIRE, quand on vit dans ce pays, on se doit de comprendre entre les lignes tout qui se fait. Autrement dit, je n’attends rien de ce pouvoir ni de cette justice.Combien de morts ont été perpétués dans ce pays sans que la justice ne dise quoi que ce soit ? Pourquoi y a t il tant d’incivisme ? C’est parce que les gens ne croient pas en ce pouvoir, qui est le même que ceux qui ont gouverné pendant 27ans dans l’arbitraire, l’injustice, les détournements, puis la traitrise et la trahison. Il faut élever la voie pour que par peur, on ne continue pas à faire le mal pour le mal. Mme LOPEZ/ZONGO, comme le dit le bon article, est seulement victime de ce pouvoir. On veut l’écarter momentanément, pour des raisons injustifiées. Ce n’est pas plus que ça. Et nous allons encore assister à cela, sans rien faire. Au moins, l’évolution des moyens de communication nous permet d’écrire et de donner nos sentiments.Ce n’est que ça, mais même ça, on veut nous en empêcher !!! Que nenni!

  3. Internaute nekrenoma, j’ai parcouru très attentivement votre point de vue faisant suite à ma réaction. Vos assertions (« Je n’attends rien de ce pouvoir ni de cette justice » … » Il faut élever la voix pour que par peur on ne continue pas »…) me donnent à penser que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Ne voulant pas engager avec vous un dialogue de sourds, je vous donne rendez-vous au jour où l’affaire dame LOPEZ connaîtra son dénouement que j’espère très prochain et surtout heureux.

    • M. Dabiré, quand je lisais la réaction de Nekrenoma suite à votre avis sur l’affaire Dame lopez/Zongo, je mourais d’envie de lui faire une bonne réplique à sa subjectivité, à sa prise d’office de position, à sa faiblesse d’aller vite en besogne; je me suis retenu quand j’ai lu votre réponse.
      Merci bien.

  4. Jean Gabriel Yaméogo

    Quand on a embastillé le Colonel Auguste Denise Barry, on nous avait promis des preuves irréfutables que nous attendons toujours. Puis un beau jour, Dame « Justice Indépendante » met le Colonel en liberté provisoire sans autre forme de procès. De la même façon, Naïm Touré a été embastillé pour des écrits jugés offensants sur les réseaux sociaux. Maintenant, c’est Dame Lopez qui a été arrêtée avec toute une armada digne de Ben Laden pour dit-on: « une implication possible dans une tentative de libération de prisonniers de la MACA ». Quel scénario digne des romans de SAS que nous lisions avec délectation au lycée. Analysons un peu cette phrase: implication possible: cela ne veut rien dire; tentative de libération: des sornettes. Tout cela est tiré par les cheveux pour museler une amazone qui dérange. Question: de quoi a peur le MPP? La réponse pourrait être: « le bourreau qui a peur du gourdin »; sachant ce qu’ils ont fait à leur ancien mentor qu’ils prenaient pourtant pour un demi-dieu. Et puis, jusqu’à preuve du contraire, peu de gens qui accordent une once de crédit à notre justice qui refuse de prendre son indépendance, nonobstant les sommes faramineuses à elle octroyée, à cet effet. C’est pourquoi, il faut dire holà à ce pouvoir frileux et inconséquent. Depuis les indépendances, la Haute-Volta puis le Burkina n’a jamais volé aussi bas. Quelle honte!

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