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Santé des présidents africains: à quand la fin des mensonges d’État?

Alors que dans les pays de grande démocratie il existe une vraie transparence sur l’état de santé des présidents, en Afrique, l’on entretient le flou sur cette question importante. Pour des intérêts personnels et de clan, la santé des présidents africains relève d’une gestion obscure sous le prétexte fallacieux de «secret médical». L’on oublie que les présidents sont des êtres mortels comme tous les autres humains.

Au moment où l’on exige la redevabilité dans la gestion de la chose publique, il est aussi temps de mettre fin aux mensonges d’Etat relatifs à la santé de nos présidents.

Les présidents Ali Bongo du Gabon et Abdelaziz Bouteflika de l’Algérie

Aux États-Unis, depuis les années 1970, tous les présidents américains décrivent leur santé en long, en large et en travers dans des bulletins très détaillés. On peut même retrouver dans la presse des reproductions de l’électrocardiogramme du président. L’Amérique, traumatisée après les mensonges de Franklin Roosevelt, qui souffrait d’une poliomyélite sans le dire, et ceux de John F. Kennedy atteint en secret d’un syndrome d’Addison (une maladie endocrinienne rare), a imposé des règles absolues de vérité sur l’état physique des présidents, impossibles à transgresser.

À l’inverse, en Afrique, nous avons une longue tradition de mensonges d’État sur ces questions. Après Abdel Aziz Bouteflika qui dirige son pays dans une chaise roulante, au Gabon, ce sont les médecins et les amis du président Ali Bongo qui entretiennent un certain flou sur les conséquences exactes de son accident vasculaire cérébral survenu à Riyad, en Arabie Saoudite, au mois d’octobre 2018.

La gravité de l’AVC d’Ali Bongo est bien connue par les autorités gabonaises mais elles entretiennent un flou artistique autour de la question. Naturellement les Gabonais sont inquiets

Pourtant, la seule information légitime que l’on doit aux Africains à propos de la santé de leurs présidents de la République, c’est de leur dire s’ils sont en état physique et mental de gouverner et de prendre en toute lucidité les grandes décisions politiques, économiques, internationales, qui s’imposent et vont influencer la vie de leurs peuples.

Certes, aucune loi n’impose aux présidents de dire la vérité. Et leurs médecins, comme tous les autres, sont tenus au secret médical. Mais nos présidents devraient se sentir tenus à une obligation de transparence.

Le président algérien dirige son pays avec un pied dans la tombe. Et ainsi va l’Afrique…

L’état de santé des présidents de la République ne devrait pas être un sujet tabou. Malheureusement, à l’inverse des Etats-Unis où la révélation des affections du président, quelle qu’en soit la nature, est une obligation, les présidents africains entretiennent un rapport complexe avec le secret médical, la préservation de la vie privée et le droit à l’information.

Les ennuis de santé ne doivent pas être tels qu’ils puissent nuire à la fonction. C’est ça la morale qu’un responsable politique doit respecter. Il faudrait donc que nos présidents ne fassent pas de l’état de leur santé de «Grands secrets», sources de grandes spéculations. Ce sont de mensonges d’Etat auxquels il faut mettre fin. Peut être qu’il serait judicieux d’exiger des futurs candidats africains à la magistrature suprême un engagement ferme à publier un bulletin de santé dès leur entrée en fonction, et au moins deux fois par an.

Il est juste et bien que cette question soit traitée dans le débat public en amont des élections, mais également au cours des mandats présidentiels.

Avoir peur de quitter la barre en gardant secret son état de santé alors que celui-ci porte gravement atteinte à l’exercice des fonctions présidentielles constitue une forme de trahison.

Le président du Faso préside l’hebdomadaire Conseil des ministres du 14 novembre 2018.

A la signature de cet article et dans un registre moins alarmant, une image est venue mettre un bémol à ce que nous venons de développer:  Roch Marc Christian Kaboré assis autour de la table de l’hebdomadaire Conseil des ministres affublé d’un gros châle autour du cou. Image anodine de la dircom de la préFaso sur sa page Facebook? Sans le vouloir peut-être, le président donne des nouvelles de sa santé.  Le choc de l’harmattan burkinabè avec les températures vécues ces derniers jours lors de ses déplacements respectivement à Oslo, en Belgique, au Maroc et en France lui a peut-être causé une méchante grippe. Ses compatriotes voient tout de même que le président est un humain comme les autres et peut aussi attraper un rhume, un palu, bref qu’il est un malade potentiel. Il aurait pu se ‘’cacher’’ dans la chaleur d’un salon douillet de ses résidences mais il est allé au travail.

Au-delà de cette situation, on voudrait que le président du Faso, comme ses pairs africains, soit transparent sur son état de santé.

Théophile MONE

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