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Saponé: 15 dates, faits et gestes pour mieux comprendre la crise.

Nous avons reçu cet écrit de notre confrère André-Eugène ILBOUDO, par ailleurs éducateur et natif de Saponé. Des repères qui peuvent aider à comprendre la crise, comme il le dit dans son titre. Mais nous, nous avons déjà donné notre point de vue dans l’Editorial qui suit.

André-Eugène Ilboudo
  • 28 mai 2017: reprise des élections dans 19 communes du Burkina, dont Saponé.
  • 29 mai 2017: publication des résultats provisoires par la CENI. Le MPP obtient 44 conseillers, l’UPC 29 et le CDP 7.
  • 3 juin 2017: Réunion du MPP à Saponé, présidée par Monsieur Simon COMPAORE, alors 2ème Vice-Président du MPP, avec pour ordre du jour: «remerciement des populations pour avoir donné, encore une fois, une majorité au MPP». L’ordre du jour se transforme en «élections primaires» afin de choisir le candidat du MPP au poste de Maire. Monsieur OUEDRAOGO Idrissa est retenu, «comme candidat officiel». 12 Conseillers marquent, séance tenante, leur refus de soutenir le candidat Idrissa OUEDRAOGO, ancien Maire de Saponé dont le conseil a été dissous le 1er mars 2017.
  • 15 juin 2017: Monsieur COMPAORE Abdoulaye, candidat non officiel du MPP, est élu Maire de Saponé par 45 voix contre Monsieur Idrissa OUEDRAOGO qui a obtenu 35 voix. Des jeunes manifestent et barrent la nationale 6 (Ouaga-Saponé-Léo) et la bretelle menant au Chef-lieu de Saponé. Ils détruisent 2 maisons de 2 conseillers municipaux MPP.
  • 24 et 25 juillet 2017: Convocation de la première session du conseil municipal. Dans la nuit du dimanche 23 juillet 2017, la Haut-Commissaire du Bazèga, sur «instructions de la hiérarchie», évoque le risque de trouble à l’ordre public pour demander le report de la session.
  • 10 et 11 août 2017: Reconvocation de la session du conseil municipal: Les mêmes jeunes rebarricadent la nationale 6 et la bretelle de Saponé. Le Maire demande l’assistance de la police pour assurer la sécurité. Elle lui est refusée au motif que la grève des transporteurs mobilise toute la sécurité à Ouagadougou.
  • 10 et 11 octobre 2017: Convocation de la session pour la troisième fois. Les mêmes jeunes barricadent, encore une fois, les voies. Le Maire redemande l’assistance de la Police pour assurer la sécurité. Elle lui est refusée au motif que la liberté provisoire accordée à Monsieur Djibril BASSOLE risque de provoquer des émeutes à Ouagadougou et que toutes les forces de défense et de sécurité, dont la police, sont réquisitionnées.
  • 14 et 15 novembre 2017: Convocation de la session pour la quatrième fois. Les mêmes jeunes rebarricadent la nationale 6 et la bretelle de Saponé et s’en prennent à la Police venue leur demander d’ouvrir les voies. Ils refusent l’ouverture des voies et lapident la Police. Ils brisent une vitre et crèvent deux pneus de leurs véhicules. Les CRS retournent à Ouagadougou, sans réagir. Pendant la nuit du 13 au 14 novembre 2017, plus de 300 jeunes dorment à la Mairie de Saponé. Le lendemain, plus de 3000 personnes, dès 7h, sécurisent les conseillers pour leur session. Le 14 novembre 2017, à 8h 45 minutes, un émissaire de la Haut-Commissaire du Bazèga transmet une correspondance demandant au Maire d’annuler la session. 54 conseillers présents sur les 80 refusent l’annulation de la session. Après la session, le Maire envoie le compte rendu de la session à la Haut-Commissaire qui «prend acte tout en regrettant cependant le fait que cette session qui tient lieu de session budgétaire se soit tenue malgré la demande de sursis». Les services techniques valident les documents de la session et invitent le Maire à présenter son «budget primitif 2018».
  • Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2017, des mains forcent les fenêtres d’un local de la Mairie et y mettent le feu.

Ici, je m’autorise deux commentaires: 1) à l’endroit des gens de Manga, nos cousins qui «ont le feu mais sans poteau». Tout en éteignant l’incendie, les gens de Saponé pensaient que c’est le fantôme de Kontangyanga (paix à son âme), lui que le Mang Naaba Kiiba avait envoyé pour être Maire de Saponé, les gens de Saponé, dis-je, accusaient le fantôme de Kontangyanga d’avoir brûlé la Mairie par «ses ailes de sorcier qui crachent le feu». 2) Mais apparemment, au regard du développement des faits, le Ministre chargé des collectivités territoriales doit savoir, avec certitude, les commanditaires et les exécutants de l’incendie, puisqu’il évoque dans son rapport, avant même le démarrage de l’enquête, «des manifestations opposant les différentes parties et l’incendie de la mairie le 8 décembre 2017» comme principal motif de la mise de la Commune sous délégation spéciale. L’on déduit donc: le Ministre chargé des collectivités territoriales connait la partie qui a commandité l’incendie. (Le crime profite à qui, a-t-on coutume de demander) Alors, qu’il veuille bien aider la justice en révélant le nom de l’exécutant, sans trop de mic-mac.

  • Le 8 décembre 2017, après avoir éteint l’incendie, le Maire déclare à la presse que l’incendie ne gêne en rien la tenue de la session du conseil municipal, le 12 décembre 2017.
  • Le 11 décembre 2017, jour anniversaire de l’Indépendance, la Haut-Commissaire joint le Maire au téléphone, aux environs de 17h, pour lui transmettre des «instructions fermes», lui intimant l’ordre de reporter la session. Le Maire lui répond que cette fois-ci deux cargos de policiers sont positionnés à la Mairie et donc il estime que la sécurité sera assurée. La Haut-Commissaire dit alors prendre acte et promet de rendre compte à sa hiérarchie. Vers 17h 15, la Haut-Commissaire rappelle le Maire pour lui dire que la Police est venue, non pas, pour sécuriser la tenue de session mais sécuriser les locaux de la Mairie. Ce même soir du 11 décembre 2017, à 21h 05 minutes, un émissaire de la Haut-Commissaire du Bazèga transmet une lettre datée du 11 décembre 2017 (jour anniversaire de la fête de l’indépendance, rappelons-le, donc chômée) traduisant les «instructions fermes» d’annuler la session.
  • Le 12 décembre 2017, à 7h, quand arrivent les employés de la Mairie, ils se voient interdire l’accès à leurs bureaux. Les premiers conseillers arrivés à la Mairie sont intimés de rebrousser chemin. Le Maire, arrivé à 8h 45, se voit signifier la notification, par la Police, de ne laisser personne accéder à la Mairie. Les conseillers municipaux replient au Centre Populaire de Loisirs de Saponé et conformément à une résolution prise le lors de la session du 14 et 15 novembre 2017, ils votent une motion et y tiennent la session. 60 conseillers présents sur 80, votent le budget primitif.
  • Le 14 décembre 2017 le Maire, accompagné de son exécutif communal, tient une conférence de presse, dans l’enceinte de la Mairie de Saponé, à 10h, pour expliquer et faire constater le fonctionnement correct de la Mairie.
  • Le 14 décembre 2017, à 14h, le conseil de ministres annonce à la presse la dissolution du conseil municipal de Saponé sur la base de l’article 251 de la loi 055-2004 qui stipule: «lorsque le fonctionnement d’un conseil municipal se révèle impossible, sa dissolution peut être prononcée par décret pris en conseil des ministres sur rapport du ministre chargé des collectivités territoriales».
  • Dans la nuit du 14 décembre 2017, 8 cargos de CRS se positionnent devant le Commissariat de Police de Saponé. Le lendemain 15 décembre 2017, 16 cargos de CRS brutalisent les jeunes qui manifestaient pacifiquement devant la cour royale de Saponé. La Police blesse d’autres, dont une femme enceinte qui a inhalé le gaz lacrymogène. Elle fait prisonniers 4 jeunes qu’elle séquestre à Ouagadougou. Les flammes de leur lance-roquettes incendient des maisons et le cimetière municipal de Saponé. La même soirée, le Gouverneur de la Région du Centre-Sud instruit la libération des 4 prisonniers, grâce à la médiation du Curé de Saponé.

André-Eugène ILBOUDO

Sources: Archives de la Mairie de Saponé

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