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Saponé, ville rebelle!

Il y a de cela quelques années, Koudougou était considérée à tort ou à raison comme la ville rebelle. Quand la population se sentait lésée dans une situation donnée ou jugeait injuste une décision de l’autorité, elle se faisait entendre de manière violente et impressionnante. La preuve, les Koudougoulais ont déjà brûlé leur Palais de justice.

Aujourd’hui, Saponé est en train d’emboîter le pas. Non contents d’incendier leur mairie, certains habitants font tantôt recours à la justice et rejettent tantôt ses décisions. Versatiles à souhait, les populations sont manipulées par les politiques certes, mais le fond du problème provient d’une rivalité féroce entre  »Saponé marché » et  »Kalkuidguin », deux localités qui se regardent en chiens de faïence.

Face à l’incivisme, l’intolérance et la haine qui y règnent, le gouvernement doit hausser le ton pour faire appliquer les textes qui obligent les citoyens à respecter les décisions de justice. Il ne faut pas laisser passer un signal laxiste sur l’application de la loi. Sinon l’incivisme va toujours gagner du terrain.

Que les populations de Saponé ne s’aiment pas, tant pis. Mais de là à engager un bras de fer avec le gouvernement et les institutions républicaines, non! Il est temps de taper du poing sur la table, face à une ville rebelle où certains veulent y faire couler le sang.

A Saponé, les populations barricadent les routes en signe de protestation

Bref rappel des faits

En 2016, face aux difficultés de fonctionnement du conseil municipal, les filles et fils de Saponé, l’ensemble des protagonistes, à savoir le MPP, avec 41 conseillers, soit 51,25% des 80 conseillers que compte la commune, et l’opposition qui totalise 39 conseillers, soit 48,75%, avaient convenu de trouver une solution aux problèmes de leur commune. Hélas! Ils n’y sont pas parvenus. Aucune porte de sortie n’a été trouvée. Raison principale de ce désaccord, le MPP voulait que le camp qui a gagné gouverne et que l’autre s’oppose. Mais le mode des élections, qui n’est pas un scrutin de liste, laisse la possibilité qu’un maire issu d’un parti puisse gouverner avec des collaborateurs d’autres partis.

Sans sessions, faute de quorum et suite aux différentes médiations qui ont échoué, il faillait siffler la fin de la récréation. C’est ainsi que la dissolution du conseil municipal a été prononcée le 1er mars 2017 en vue d’une reprise des élections.

Elles ne respectent ni les décisions du gouvernement ni celles du Conseil d’Etat. L’atmosphère y est toujours tendue

A la reprise des élections dans 19 communes du Burkina, dont Saponé le 28 mai 2017, le MPP obtient 44 conseillers, l’UPC 29 et le CDP 7.

Le 3 juin 2017, le MPP organise une réunion à Saponé pour remercier la population qui venait de lui faire encore confiance. Présidée par Simon Compaoré, alors 2ème Vice-président du MPP, cette rencontre a été mise à profit pour élire le candidat du MPP au poste de maire. Monsieur Idrissa Ouédraogo, ancien maire de Saponé, a alors été retenu, comme candidat officiel. Mais 12 conseillers marquent, séance tenante, leur refus de soutenir le candidat Idrissa Ouédraogo, dont le conseil a été dissous le 1er mars 2017.

Le 15 juin 2017, Abdoulaye Compaoré, candidat non officiel du MPP, est élu Maire de Saponé par 45 voix contre drissa Ouédraogo qui a obtenu 35 voix. Des jeunes manifestent et barrent la nationale 6 (Ouaga-Saponé-Léo) et la bretelle menant au chef-lieu de la commune. Ils détruisent 2 maisons de 2 conseillers municipaux MPP.

Pour raison de troubles à l’ordre public, les sessions sont régulièrement reportées surtout que l’assistance de la police est chaque fois refusée pour des motifs farfelus.

Elles incendient leur mairie

Le 13 novembre 2017, lors de la convocation de la session pour la quatrième fois, les mêmes jeunes barricadent de nouveau la nationale 6 et la bretelle de Saponé et s’en prennent à la Police venue leur demander d’ouvrir les voies. Ils refusent de les ouvrir et lapident les agents de Police. Ils brisent une vitre et crèvent deux pneus de leurs véhicules. Les CRS retournent à Ouagadougou, sans réagir.

Pendant la nuit du 13 au 14 novembre 2017, plus de 300 jeunes dorment à la mairie de Saponé. Le lendemain, plus de 3000 personnes, dès 7h, sécurisent les conseillers pour leur session.

A 8h 45 minutes, un émissaire du Haut-commissaire du Bazèga transmet une correspondance demandant au maire d’annuler la session. 54 conseillers présents sur les 80 refusent l’annulation.

Après la session, le maire envoie le compte-rendu de la session au Haut-commissaire qui prend acte tout en regrettant que cette session qui tient lieu de session budgétaire se soit tenue malgré la demande de sursis. Les services techniques valident les documents de la session et invitent le maire à présenter son budget primitif 2018.

Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2017, des mains forcent les fenêtres d’un local de la mairie et y mettent le feu.

Le 14 décembre 2017, à 14h, le Conseil de ministres annonce à la presse la dissolution du conseil municipal de Saponé sur la base de l’article 251 de la loi 055-2004 qui stipule: «Lorsque le fonctionnement d’un conseil municipal se révèle impossible, sa dissolution peut être prononcée par décret pris en conseil des ministres sur rapport du ministre chargé des Collectivités territoriales».

Abdoulaye Compaoré, candidat non officiel du MPP, élu maire de Saponé
L’ex-maire de Saponé, Idrissa Ouédraogo, candidat officiel du MPP

Le 15 février 2018, le maire Abdoulaye Compaoré et plusieurs membres de son conseil dénoncent l’attitude du gouvernement qui n’aurait pas mûri la réflexion avant de passer à l’action. Selon Abdoulaye Compaoré, c’est «par la force que le gouvernement a dissout la mairie, le 14 décembre 2017. Les populations de Saponé ne peuvent pas se taire et applaudir. Au contraire, elles se battent pacifiquement, en usant des règles de droit, afin que le conseil municipal soit rétabli». Ainsi, le maire et son conseil ont-ils introduit un recours auprès du Conseil d’Etat.

Et le vendredi 20 avril 2018, le Conseil d’Etat a décidé de la levée de la suspension du placement de la commune de Saponé sous délégation spéciale. Une décision contestée par une partie de la population. En effet, le dimanche dernier, elle a manifesté et menacé de s’opposer de manière plus violente à cette décision de justice.

Ainsi donc, pour avoir paralysé le bon fonctionnement de la mairie par des manifestations violentes et pour avoir rejeté la décision du Conseil d’Etat en proférant des menaces, les populations de Saponé peuvent être aisément qualifiées de rebelles.

Pourquoi les citoyens doivent-ils respecter les lois?

Si les citoyens doivent respecter les lois, c’est essentiellement pour deux raisons.

Tout d’abord, les citoyens sont, au moins indirectement, les auteurs des lois. En effet, la Constitution précise que la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants (ex: les parlementaires) et par la voie du référendum.

Par ces deux modes d’expression (élection de leurs représentants, vote d’une loi directement par procédure référendaire), les électeurs sont à l’origine des lois en vigueur au Burkina. Dans ces conditions, ils sont moralement contraints de les respecter dans leur vie quotidienne, qu’il s’agisse de textes ayant trait à leur vie privée ou de textes relatifs à leur vie professionnelle. L’auteur, même indirect, d’une loi, ne peut se dispenser de son application.

Force doit rester à la loi

Ensuite, les citoyens sont obligés de respecter les lois afin de permettre une vie en société organisée et d’éviter le développement de la loi «du plus fort». On serait alors dans une situation proche d’une véritable anarchie, chacun agissant selon son bon plaisir, sans souci de la règle commune. L’obligation pour tous les citoyens de respecter les lois est la meilleure assurance que la liberté, les droits et la sécurité de chacun d’eux soient garantis de manière effective.

Il faut enfin rappeler que le non-respect des lois constitue toujours une faute qui, le cas échéant, peut conduire à de lourdes sanctions pénales.

Il est donc temps de rappeler aux populations de Saponé que la loi est dure, mais c’est la loi.

Ce qui est déplorable dans cette affaire, c’est qu’à Saponé, les politiciens manipulent les populations à des fins égoïstes. Ainsi, le MPP a mal géré la situation en feignant de sanctionner les fautifs et en voulant imposer un candidat, coûte que coûte.

Aujourd’hui, chacun doit se ressaisir et mettre un peu d’eau dans son dolo. Les habitants de Saponé doivent se rappeler que les hommes politiques passent mais la commune de Saponé demeure. Au gouvernement d’être ferme et exigeant par rapport au respect de la loi. Car nul n’est au-dessus d’elle. Le Burkina n’a pas besoin de cette Intifada.

Les Echos du Faso

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