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Sextos: la nouvelle bêtise des jeunes aux conséquences dramatiques

Un phénomène nouveau et à la fois bizarre est en train de devenir la norme: les sextos ou textos érotiques, à caractère sexuel, accompagnés de photos. Ils sont entrés dans les mœurs, avec des conséquences parfois catastrophiques. Excitants, ludiques, drôles, tue-l’amour, inoffensifs ou tragiques, les sextos? Si exhibo-connectés soient-ils, la société s’interroge sur cette pratique née de la rencontre de la technologie et de notre passion pour le sexe. Attention à cette nouvelle tendance des jeunes qui va sans doute faire exploser le nombre de suicides par an. Le danger n’est pas que pour les autres. Nous sommes tous concernés.

Le fait de s’envoyer des photos ou textes sexuellement explicites, surtout par téléphone portable, peut s’avérer dangereux pour la réputation

Le «sexting», c’est le fait d’envoyer par téléphone portable des messages, des photos ou des vidéos à caractère sexuel. «Aujourd’hui, c’est presque toujours comme ça que les choses se passent, témoigne Karim K., un jeune homme d’une vingtaine d’années en classe de Terminale aux Élites internationales, à Ouagadougou. On s’envoie des SMS, et en un rien de temps on s’échange des photos coquines.» Ce concept est arrivé dans nos vies avec les smartphones. Faut-il accuser la technologie? Évidemment pas! Puisqu’un bon sexto est un sexto consenti. Et «science sans conscience, dit-on, n’est que ruine de l’âme».

Ainsi, si le petit pervers qui sommeille en chacun de nous est réveillé par la technologie, il est de la responsabilité de l’homme de prendre des précautions pour se protéger des effets collatéraux des développements scientifiques. Quand cette prudence est négligée, les conséquences sont dramatiques.

La preuve, en 2009 déjà, Slate.fr, un site américain, se faisait l’écho du suicide de deux adolescentes, âgées de 13 et 18 ans, humiliées par la diffusion dans leurs écoles respectives de photos intimes qu’elles avaient envoyées de leur plein gré à un garçon.

Mais pourquoi des jeunes, des adolescents et même des adultes s’adonnent-ils à de telles pratiques dangereuses? En fait, pour certains, surtout les ados, avoir sur son téléphone une photo de sa copine ou de son copain tout nu, c’est afficher qu’on a une vie sexuelle.

Des jeunes y voient des «rapports sexuels protégés». Elles se disent qu’«avec les sextos, elles ne peuvent pas tomber enceintes ou contracter de MST». Mais la réputation peut en prendre un mauvais coup.

D’autres raisons farfelues sont à la base des sextos des «jeunes branchés». Par exemple, pour draguer une personne avec qui ils espèrent sortir ou parce qu’un (e) ami (e) leur a déjà envoyé une photo à caractère sexuel et qu’ils se sentent obligés d’en faire autant.

Ô temps ô meurs, a-t-on envie de s’exclamer, car il y a trente ans, ces jeunes auraient-ils pris la peine d’aller faire développer des photos zoomées de leur sexe pour les distribuer à leurs potentielles conquêtes comme autant de cartes de visite? Peu probable.

En vérité, les jeunes ne tournent pas sept fois leur pouce avant d’appuyer sur «envoyer». Ils se cachent derrière leur écran pour faire des choses qu’ils n’auraient jamais osées en live, face-à- face. C’est ridicule, incommodant et honteux.

Conséquences du sexting?

Une fois que vous envoyez une photo avec votre portable, elle ne vous appartient plus, et vous ne pouvez pas maîtriser la façon dont les destinataires vont s’en servir ni l’effet que ça aura sur votre réputation. Sans oublier que parfois, des photos d’une personne nue sont transférées en masse par le destinataire pour amuser ses amis. Et après avoir été plaqués par leur copine, des garçons se vengent en diffusant des photos d’elle toute nue.

Pourquoi ne pas envoyer des photos sexy à son petit ami? Parce qu’au final, cet ami, vous ne le connaissez pas tant que ça! Qui vous dit que derrière ce beau visage ne se dégage pas un démon qui a clairement planifié son histoire? En plus, vous pouvez être sûr que ces photos, il va les montrer à ses potes! Et, en cas de rupture, il y a un grand malheur pour qu’elles fassent le tour du monde ou se retrouvent sur Facebook! Il se peut aussi qu’une fois ces photos en main, il vous fasse du chantage du genre «Si tu ne te donnes pas à moi, j’envoie tes photos à tes parents». Finalement, envoyer des photos de soi à moitié nu n’est vraiment pas une bonne idée.

Nécessaires précautions au cas où

Comme le selfie est un phénomène qui prend de l’ampleur, vous pouvez en être un accro. Dans ce cas, par crainte de potentielles représailles d’ex-vengeurs ou vengeuses, vous devrez être constamment prudent. Si toutefois vous gardez les poses suggestives de votre cher et tendre dans votre téléphone, protégez vos albums photos par un mot de passe. Vous pouvez aussi éviter de montrer votre visage dans vos selfies, ce qui vous permettra éventuellement de nier la paternité/maternité du cliché s’il venait à circuler. De la même façon, attention aux tatouages ou autres particularités, susceptibles de vous trahir.

Chaque année, un nombre considérable de personnes sont victimes de «revenge porn» (vengeance pornographique) ou de sextorsion (chantage). Sans dramatiser, ne prenez pas la situation à la légère. Ce genre de situations a déjà emmené des enfants vers la dépression, voire le suicide pour les cas les plus graves. Car, quand une personne est victime de chantage, elle est sous la pression permanente qu’un contenu intime sur elle-même puisse être diffusé sur Internet ou par SMS, à ses camarades, à sa famille… portant atteinte ainsi à son honneur («on va penser que je suis une salope», «tout le monde va voir une photo de mon sexe, on va se moquer de moi»…). La situation est très difficile à contrôler et l’angoisse est donc omniprésente.

Sexting ce dérapage à portée de doigt ne concerne pas que les jeunes filles. Les garçons jouent aussi au jeu

Agir et prévenir

Si votre enfant victime du sexting a fait la démarche de venir se confier à vous, c’est qu’il ou elle s’est senti suffisamment désemparé(e) pour avoir le besoin d’en parler. Ne culpabilisez pas votre enfant. Rappelez-vous toujours qu’il s’agit d’une victime. Et que le coupable est celui ou celle qui menace la diffusion ou a diffusé ces contenus intimes.

Vous êtes parent, n’hésitez pas à aborder le sujet. Une discussion avec votre enfant sur les risques que peut comporter certaines pratiques, notamment le sexting, peut être très utile. «Il vaut mieux prévenir le mal que de le guérir, nous rappelle l’adage populaire». Alors, prudence, maintenant et toujours.

Théophile MONE

 

Encadré: l’exploitation pernicieuse des photos et vidéos à caractère pornographique

On appelle le «revenge porn» (en français, «vengeance pornographique») le fait de se venger d’un ancien ou d’une ancienne petite amie qui nous a trompé(e) ou quitté(e) en diffusant ses photos ou vidéos intimes.

On appelle la «sextorsion» (qui provient des mots «sexe» et «extorsion») le fait de diffuser des images sexuelles de quelqu’un ou de dire certaines choses qui pourraient porter atteinte à son honneur si cette personne ne donne pas d’argent, si elle ne répond pas à des demandes sexuelles, si elle arrête une relation… Si les images intimes ont déjà été diffusées, on parle de sextorsion. Si elles n’ont pas été diffusées, on parle de chantage, qui est tout autant interdit par la loi.

Le plus souvent, la sextorsion a lieu par webcam avec une personne inconnue, rencontrée sur un tchat ou un site de rencontres. Cette dernière demande à ce que la victime se déshabille et en profite pour enregistrer la scène. Elle la fait ensuite chanter en la menaçant de diffuser ces images auprès de ses proches si elle ne donne pas d’argent.

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