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La sodomie: une pratique sexuelle qui s’apparente au viol dans certains couples

La sodomie consiste en une pénétration anale afin d’apaiser une tension sexuelle. Décriée par les religieux et justifiée par les philosophes, cette pratique sexuelle n’est pourtant pas sans conséquences. Si certaines femmes ne trouvent pas d’inconvénient à se laisser sodomiser, d’autres, par contre, en sont victimes. Contraintes d’accepter cette pratique sexuelle qui va à l’encontre de leurs principes et leur morale, certaines femmes, qui se sentent “violées et violentées” ont décidé de partager leur indignation.

Sodomisée de force par son mari

Prophète Christ

«On était en plein acte sexuel avec mon mari quand il m’a soudainement retournée. Je ne me suis pas inquiétée parce que pour moi c’était la position de levrette qu’il voulait faire. Mais quel ne fut ma surprise quand il est entré dans mon anus de force! J’ai ressenti une vive douleur et je me suis débattue pour qu’il se retire, mais vu sa forte corpulence, il m’a maîtrisée, m’a bloquée et a continué. Je l’ai supplié d’arrêter mais il a continué jusqu’à la fin», raconte une dame sous le couvert de l’anonymat.

Selon ses dires, c’était à contrecœur qu’elle a subi cette pratique qui est contraire à ses valeurs morales et religieuses. «Je n’avais pas le choix, j’avais aussi peur de lui. Je lui ai demandé plusieurs fois d’arrêter. Avant chaque rapport, il me rassurait qu’il n’allait plus recommencer. Mais à chaque fois qu’on avait des rapports, il commençait normalement et  me retournait. Je pleurais en le suppliant d’arrêter, mais il ne m’écoutait même pas. Quand il se retirait, je me rendais directement aux toilettes. Quand je pissais, la douleur était atroce, insupportable. Le sperme, le sang et des fois les selles sortaient en même temps. Je n’ai jamais ressenti de plaisir», a-t-elle révélé, les larmes aux yeux.

La jeune dame, âgée de 30 ans, dit avoir supporté cette situation durant deux ans. Aujourd’hui, celle qui pensait au début avoir trouvé l’homme de sa vie se sent dévalorisée, humiliée, détruite, blessée, frustrée, selon ses propres mots.  «J’avais honte, je ne pouvais pas en parler, même pas à ma meilleure amie. Mon anus était déchiré, je saignais. Des fois, quand je lâchais les gaz, les selles sortaient en même temps. Quand je partais aux selles, on dirait que mon anus était en feu. J’avais constamment des maux de ventre. En plus de ça, j’avais tout le temps des infections vaginales», a-t-elle confié.

Comme cette dame, elles sont nombreuses, les femmes dans cette situation, violentées dans leur foyer, obligées de s’adonner à des pratiques sexuelles qui sont contraires aux pratiques courantes dans notre société. Une autre dame que nous avons rencontrée relate son calvaire.

«Nous venons, mon mari et moi, d’un pays étranger et nous nous sommes installés au Burkina depuis plusieurs années. Mon mari est quelqu’un de très exigent. Il n’aime pas qu’on lui tienne tête et la sodomie est sa préférence sexuelle. Il n’apprécie pas la pénétration vaginale. A chaque fois que je veux m’opposer, il menace de me jeter dehors ou de prendre une autre femme. Je cédais alors à son chantage. Je suis allée en consultation plusieurs fois parce que j’avais mal à l’anus qui se déchirait. Aujourd’hui (nous l’avions rencontrée au centre de santé), les docteurs m’ont dit que si je continue dans cette posture, la tonicité de mon anus va lâcher et je serai obligée de mettre des couches car je ne pourrai plus retenir les selles. Mais je n’accepte pas par plaisir, si mon mari me met dehors, je ne sais pas où aller car je ne travaille pas».

Aujourd’hui, je vis seule, mais mieux!

Contrairement à  cette dame, la première qui nous a livré son témoignage  a pu se libérer de ce fardeau. Ne pouvant plus supporter cette situation qui devenait de plus en plus inconfortable et qui détériorait son état de santé, elle a décidé de quitter son mari pour sauver sa vie : «J’ai décidé de mettre un terme à cette souffrance car je ne vivais plus. Je suis allée en consultation à l’hôpital et on m’a suggéré d’aller voir un gastrologue. J’ai fait tout un tas d’examens et je me suis soignée. Aujourd’hui, je vis seule mais mieux. J’ai réussi à avoir la garde des enfants après le divorce et je suis heureuse», a-t-elle assuré, invitant toutes les femmes qui n’ont jamais vécu cette situation de ne jamais l’accepter car leur santé et leur moral en pâtiront.

La sodomie est un fantasme inspiré par le démon

Selon le Prophète Christ, la sodomie est une sorte de fantasme inspiré par le démon. Les fantasmes, dit-il, sont créés par les sirènes des eaux qui inspirent des idées négatives aux hommes pour les pousser à pécher. Avoir des fantasmes est donc un fait anormal, car tout ce qui est fantasme rentre dans le cadre des rituels. «L’esprit maléfique excite l’Homme à poser des actes d’adoration à satan. Et l’Homme devient comme un animal quand il est pris par cette tentation. Si elles font le constat, les femmes vous diront que l’homme devient violent au lit quand il veut réaliser ses fantasmes. Il est inspiré par le démon qui est en train de vouloir manifester son désir sur la femme», a expliqué le Prophète Christ. L’homme qui sodomise sa femme commet purement un péché à son avis et peut aussi aller vers un autre homme. Or, souligne-t-il, quand un homme et une femme partent dans le sens de la sexualité, c’est pour d’abord concevoir. «Lorsque le Seigneur a béni Adam et Eve, il leur a dit d’aller se reproduire afin de remplir ses terres. La sodomie implique donc que le sexe masculin aille vers un autre organe que le sexe féminin. Elle ouvre la porte à l’ennemi car satan connaît la parole, il sait ce qui doit être fait ou pas», a-t-il noté.

Imam Alidou Ilboudo

Comme Prophète Christ, imam Alidou Ilboudo du Cercle d’étude de recherche et de formation islamique (CERFI) a soutenu que la sodomie est interdite en islam. Comme son nom l’indique, la sodomie viendrait de Sodome qui a été détruite par la colère de Dieu parce que ses habitants la pratiquaient. Selon la religion, les femmes dont les maris exigent la sodomie doivent la refuser et en faire même cas au juge de la religion s’il persiste. «Il n’y a pas de contradiction car le texte religieux dit aussi: pas d’obéissance à une créature quand l’ordre est de désobéir à Dieu», a-t-il fait remarquer.

La sodomie est un fait normal

Dr Sébastien Yougbare

Selon le Dr Sébastien Yougbaré, en service au Département de philosophie et de psychologie, par ailleurs directeur adjoint de l’Unité de formation et de recherche en sciences humaines, la sexualité génitale est la sexualité adulte par excellence. Mais dit-il, «quand on est adulte et qu’on procède à une sexualité anale en lieu et place d’une sexualité génitale, cela nous renseigne que la sexualité est tout comportement qui vise à satisfaire ou à apaiser une tension Le rôle de l’acte sexuel ce n’est donc pas seulement la procréation à l’entendre, mais c’est aussi pour apaiser une tension sexuelle.

La sodomie est donc un fait normal pour lui, car il n’y a pas de normal entre le fait et le pathologique. Très critiquée, la sodomie est pourtant selon lui une modalité de satisfaction sexuelle même si moralement elle est vue comme une sexualité non adulte.

Toutefois, Dr Yougbaré a reconnu qu’il arrive des situations où la femme n’est pas consentante. Or, toute relation sexuelle non consentante a un équivalent de viol. «On parle d’effraction. Je suis pénétrée, ça veut dire qu’un objet extérieur s’introduit en moi contre ma volonté. Et quand c’est le cas, c’est un abus, une agression sexuelle. Sans compter l’aspect douleur physique qui entraine aussi une douleur morale parce que sa zone de protection personnelle est violée. La personne sera en posture de victime et à long terme ça crée une insécurité affective», a-t-il argumenté, tout en faisant remarquer que très souvent il y a des victimes actrices.

En psycho-criminologie, Dr Yougbaré a indiqué qu’il faut distinguer l’auteur mais aussi les contextes et l’avènement de ce genre de comportement. «Ce n’est pas n’importe qui qui vous sodomise, hormis dans les cas de viol. Ce sont les partenaires sexuels au travers des fantasmes sexuels. Il faut donc discuter beaucoup avec le partenaire pour qu’il soit une figure protectrice et non une figure qui vient évacuer ses besoins pulsionnels en vous», a-t-il recommandé. Ce n’est pas de l’amour, c’est de la domination

«Ce n’est pas une vie. C’est considérer l’autre comme un produit de consommation, ce n’est pas de l’amour, c’est de la domination, de la bassesse, c’est immoral. Il n’y a pas d’avenir dans cette relation. Quel que soit ton attachement, il faut arrêter automatiquement cette relation», a soutenu le conseiller conjugal Jean Bosco Kaboré.

Quand on se réfère à la morale éthique, psychologique, la sodomisation peut être vue selon Jean Bosco Kaboré comme une relation contre-nature. Si ce n’est qu’un plaisir passager, ça peut passer, mais si ça s’enracine, si la personne se plonge dans une dépendance, cela devient une relation contre-nature, une déviation sexuelle, car le partenaire est réduit en objet de plaisir. «Ce ne sont pas des gens qui ont une conception d’une relation qui respecte les attentes de l’autre. Ils imposent leur monde. C’est une relation du moi et non une relation de nous», a souligné Jean Bosco Kaboré, qui a noté que l’année 2019, son centre a accueilli plus de 85 femmes sur les 600 à 700 couples pour ce même problème. Certaines femmes qui se trouvent dans cette situation développent des maladies psychosomatiques, sont bloquées, se sentent humiliées, dévalorisées et peuvent développer de la violence pour se défendre. Pour les aider à surmonter cette épreuve, Jean Bosco Kaboré préconise d’aller voir un spécialiste.  «C’est de la manipulation, du chantage, du viol. Si tu n’acceptes pas, je vais prendre une autre femme ou je vais aller voir dehors. Tellement que la femme est attachée à sa vie de famille, ses enfants, elle accepte les choses au début juste pour garder son foyer ou ne pas perdre ses enfants», a-t-il déploré.

Avis et recommandations des spécialistes

Dr Romond Sia

La sodomie est une pratique «non recommandable» selon le Dr Romond Sia, hépato-gastro-entérologue, Chef de service de gastro-entérologie à l’hôpital Schiphra, car elle peut entraîner souvent des complications graves. Des complications qui peuvent se subdiviser en quatre groupes selon le Chef de service. Premièrement, renseigne-t-il, la sodomie peut entrainer de la douleur pour deux raisons: parce que l’anus ne secrète pas de substances naturellement lubrifiantes comme au niveau du vagin, ce qui fait que la pénétration est douloureuse. Aussi, vu que le sphincter anal est un muscle en état de tonus permanent, toute pénétration à ce niveau peut être source de douleur.

En plus de la douleur, la sodomie peut entraîner des infections. En effet, explique Dr Sia, lorsque la pénétration est faite sans préparation, l’anus entraîne une contraction réflexe de défense susceptible de provoquer des microcoupures et des saignements. Et vu que la zone anale est une zone humide où stagnent les matières fécales, cela constitue une porte ouverte aux infections et à une cicatrisation de plus en plus lente et douloureuse.

Egalement, l’anus est tapissé d’un treillis veineux sur lequel pèse le poids de l’abdomen et des organes qui le renferme. Ces veines sont souvent engorgées et facilement sujettes à des dilatations locales. La compression exercée par la pénétration favorise la survenue des hémorroïdes.

Enfin, l’incontinence anale, à savoir la perte de la tonicité du sphincter anal semble la complication redoutable selon le spécialiste. La personne victime à l’entendre, peut expulser du gaz ou des selles de manière involontaire. Cela est d’autant plus important lorsqu’il y a l’utilisation d’objet volumineux de manière brutale qui peut faciliter cette incontinence.

Traitement

Dr Mamadou Windsouri

Si ce sont les hémorroïdes, en fonction du type d’hémorroïdes, internes ou externes, il y a des traitements médicamenteux à travers des laxatifs qui vont mouler les selles pour que la sortie se fasse facilement. Il y a aussi certains médicaments qui vont augmenter la tonicité des vaisseaux et d’autres médicaments qui peuvent entraîner une anesthésie de la marge anale pour calmer la douleur. En plus du traitement médicamenteux, précise le spécialiste, on peut avoir un traitement chirurgical, surtout dans le cas de l’incontinence anale.

Les complications physiques les plus importantes de ces actes portent sur le sphincter anal et la majeure partie des personnes pratiquant cette sexualité perdent la fonctionnalité de ce sphincter. Selon le Docteur Mamadou Windsouri, spécialiste en chirurgie générale et viscérale au Centre hospitalier universitaire de Tingandogo, souvent les blessures au niveau de la marge anale poussent certaines personnes à consulter, soit parce qu’elles ont mal à l’anus ou n’arrivent plus à retenir les gaz ou les selles.

L’incontinence anale qui résulte de la lésion du sphincter anal nécessite une réparation chirurgicale, explique Dr Windsouri. C’est une chirurgie compliquée qui demande souvent une anesthésie locorégionale ou une anesthésie générale. Elle consiste à réparer les fibres musculaires circulaires du sphincter anal, qui sont le plus souvent atteintes, afin de les remettre sous tension pour permettre leur continence. Sur les cas qu’ils ont déjà reçus, le spécialiste en chirurgie générale et viscérale répondra que généralement, les gens ne disent pas que c’est à la suite de pratique sexuelle: «On a reçu des cas, mais beaucoup plus souvent des cas de personnes venant de l’extérieur qui consultent parce qu’ils ont des difficultés souvent à retenir les selles. C’est après examen qu’on se rend compte qu’il y a un traumatisme au niveau des sphincters qu’on est souvent obligé de réparer, ce sont des cas rares».

Après la chirurgie, foi du Dr Windsouri, la personne peut faire ses selles normalement. Au début, c’est douloureux, parce que lorsque le muscle traumatisé se contracte, ça génère de la douleur. Mais dit-il, petit à petit, le muscle se relaxe et la personne arrive à faire ses selles.

Concernant la cicatrisation, elle est lente et peut durer plus de quatre, voire six semaines. «Mais il y a une rééducation fonctionnelle qui doit se faire après parce que la personne doit apprendre à contracter les muscles du sphincter. Le plus souvent au bout de six à huit semaines, la fonctionnalité peut revenir», a-t-il déclaré.

Le risque zéro n’existe pas en chirurgie, Dr Windsouri a noté qu’en dehors des problèmes propres à l’anesthésie et ceux inhérents à toute chirurgie, un échec ou une récidive peut survenir à la suite du traitement chirurgical. « S’il y a une infection locale on peut avoir une récidive, c’est-à-dire que le sphincter ne sera pas continent. Mais si l’infection se généralise à tout l’organisme cela peut conduire au décès du patient», a-t-il noté.

Dossier réalisé par Madina BELEMVIRE

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