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Le suicide: un autre mal silencieux de l’Afrique

Le suicide est une urgence qui est loin d’être exclusivement occidentale. Touchant la quasi-totalité des zones géographiques, des couches sociales, des jeunes aux adultes, le suicide interpelle aussi les sociétés africaines et exige qu’on lui consacre de véritables moyens de lutte.

Le suicide interpelle aussi les sociétés africaines et exige qu’on lui consacre de véritables moyens de lutte

Le suicide est le cheminement qui va de l’intention d’en finir avec l’existence au passage à l’acte. Il est un processus personnel qui n’est pas aisé de détecter et pour de nombreuses familles l’étonnement vient souvent se mêler au désarroi après une tentative de suicide. Il est difficile de trouver l’élément déclencheur ou le facteur déterminant – celui qui a finalement poussé à franchir le point de non-retour. Ainsi, le suicide pousse à la remise en question et au questionnement du fonctionnement même des sociétés, des modèles de développement avec les modes de vie, les conditions de travail, l’individualisme qui se construisent et se structurent. C’est un appel à remettre l’individu au cœur des préoccupations et au centre des intérêts.

En Afrique, la question du suicide est très vite éclipsée par le terrorisme et les conflits post-électoraux, sans doute parce que le suicide tue loin des caméras et du sensationnel, à l’abri des regards qui n’osent voir et des voix qui préfèrent se taire, par pudeur ou par honte. C’est donc un sujet tabou dans son essence et dans sa manifestation. De nombreuses coutumes considèrent que le suicide est une malédiction ou un acte de sorcellerie. Ainsi il est plus facile de parler d’«accident» pour dire «suicide». Le mot étant banni, voire proscrit dans de nombreuses familles africaines, il est plus compliqué d’estampiller un suicide comme tel, d’où sans doute l’extrême difficulté à obtenir des statistiques officielles et régulières.

A l’heure où l’Occident, confronté à une série de suicides collectifs chez les adolescents, s’active et met en place des structures capables d’anticiper, de prévenir et de répondre à ces détresses humaines, l’Afrique, quant à elle, se réfugie derrière une lourde opacité indicible et un refus clair de communiquer sur un problème majeur. Pourtant, le suicide affecte les familles africaines, en particulier des adolescents qui quelquefois semblent perdus dans la quête de leur identité.

L’un des moyens couramment utilisés pour en finir avec la vie consiste à prendre les médicaments comme les analgésiques, toxiques en doses excessives

Autrefois assez rare, le suicide est devenu fréquent en Afrique. Il serait la résultante de l’émergence des facteurs économiques (le chômage, la pauvreté) et socio-démographiques (chez les jeunes: la carence parentale, les abus de drogues et d’alcool, maladies graves, la solitude). Les pressions psychologiques sont aussi déterminantes: l’infertilité ou la fornication (la perte de virginité avant le mariage chez les jeunes filles) dans des sociétés africaines à la fois imprégnées de valeurs traditionnelles et religieuses, n’est pas simple à assumer. Afin d’éviter la honte (le déshonneur familiale par exemple), la mort – le suicide – est souvent une alternative. Le manque de solidarité, l’affaiblissement du «soutien social» naguère l’une des caractéristiques du continent, ne permet plus la protection contre l’éventualité du suicide. Les hommes sont désormais des îlots, et les jeunes africains en détresse se retrouvent trop souvent seuls et face à eux-mêmes. En fait les causes du suicide sont multiples et légion: la perte d’un être cher, une rupture amoureuse ou des ennuis personnels, les difficultés professionnelles, l’isolement social, l’échec académique ou scolaire, les sévices sexuels.

Les moyens les plus couramment utilisés pour «en finir» avec la vie sont variés, des pesticides aux armes blanches (couteaux, lames, ciseaux, etc.), en passant par la pendaison et les médicaments comme les analgésiques, toxiques en doses excessives.

Le suicide demeure un acte considéré comme une souillure, quelque chose d’impropre et de malsain.

Dans une Afrique où la jeunesse cherche à s’émanciper du poids des traditions en allant s’enfermer dans l’occidentalisation à outrance des comportements, sans repères, elle est aussi victime d’une overdose de l’internationalisation et la sublimation du chagrin.

Le suicide ne devrait plus être le dernier grand tabou africain. Il est donc temps de lever l’omerta sur ce fléau qui constitue un frein, un autre, au développement de l’Afrique. Libérer la parole est le premier moyen de lutte contre le suicide. A ce titre, les autorités compétentes devraient réfléchir à la mise en place de programmes de prévention et d’anticipation du suicide.

Toute chose qui nécessite la formation d’agents de santé, l’identification et le traitement des personnes potentiellement fragiles ou à risque. Il s’agit d’instaurer une relation de confiance entre la personne «à bout» et des agents compétents. Ce qui est sûr, il faut d’urgence intensifier et coordonner l’action au niveau du continent pour éviter ces morts inutiles. Et le départ prématuré de jeunes dont l’Afrique a le plus grand besoin.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Très bel article. Aussi bien dans le fond que dans la forme (en dépit de quelques coquilles). En effet, le suicide est un mal intentionnellement « ignoré » de tous, à l’abri de toute considération politique ou même sociale. Très bonne analyse également sur l’occidentalisation sauvage et excessive de la jeunesse, en particulier au sujet de la « sublimation du chagrin » qui conduit tant et tant d’adolescents à commettre des actes inconsidérés! En notre temps, c’est à peine si c’était permis de pleurer. Fallait passer à autre chose et il y avait assez de gens autour de vous pour vous aider à y arriver sans même vous en rendre compte. Aujourd’hui tous les médias, à commencer par les films jeunesse, les télénovelas et autres cochonneries made in occident prônent à outrance l’apitoiement sur soi à la moindre chiquenaude. Comment renverser la tendance? Susciter l’attrait des jeunes aux trésors dont recèle notre culture? Peut être faudrait il déjà commencer par arrêter de braquer les projecteurs sur les lacunes de nos traditions et en chercher les points positifs, les divulguer…
    Mon humble avis

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