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Sutaan daaga ou le marché du diable, au cœur de Ouaga

Les Burkinabè sont ingénieux et créatifs. Ils ont d’incroyables talents en matière de création et de promotion du vice. La preuve, après le marché des vieux C… ou gnindkùd yaar, ils ont créé sutaan daaga, le marché du diable, pour assouvir certains vices particulièrement les vendredis de carême des chrétiens catholiques. «Ça fait pitié», comme le disait l’artiste musicien Black So Man. Dommage que la culture de la médiocrité et du laisser-aller soit en vogue au Faso. Comme à Sodome et Gomorrhe, il ne reste plus qu’à prier pour que Dieu agisse, par miracle, pour ces hommes incapables de résister à l’alcool et à la viande ne serait-ce qu’un jour dans la semaine.

Tous les vendredis à sutaan daaga, l’alcool coule à flots en ce temps de carême chrétien

Les voix se sont déjà élevées pour dénoncer l’initiative de miss bim-bim, la femme au gros postérieur, malicieusement dénommée femme à la forte corpulence. Dans le contexte de la promotion du genre, ces projets ne font que dégrader l’image de la femme, réduite à son charme corporel. Il était temps que les gardiens de la morale stoppent cette façon de déshonorer la femme, notre mère, sœur, épouse ou enfant, n’en déplaise à Eudoxie Yao de la Côte d’Ivoire. Mais personne n’a réussi à empêcher l’existence de certains marchés aux noms évocateurs sinon provocateurs comme celui de vieux C…

Il existe même le marché du diable, Sutaan yaar, où tous les vendredis, en ce temps de carême, les gens bravent les interdits religieux. En effet, bien de gens vont à ce marché, situé à Pag-layiri, à quelques encablures de Taambi Yaar, pour y manger la viande et boire de l’alcool, dont la bière de mil (dolo, tchiapalo), loin des regards des autres. Accros aux boissons alcoolisées et à la bonne chaire, ils sont incapables de s’en passer ne serait-ce qu’un jour. Or, les dolotières, ne voulant plus être celles par qui les prescriptions sont bafouées, ne vendent plus la bière de mil les vendredis de carême.

En effet, selon les directives communautaires des responsables de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina, durant les 40 jours que dure le carême (du latin quadragesima), temps de conversion, de pénitence et de jeûne qui précède la fête de Pâques, les chrétiens catholiques du Burkina s’abstiennent de l’alcool et de la viande le Mercredi des cendres et tous les vendredis.

la viande de chien y est aussi prisée

Explications exégétiques

Cette durée de quarante jours n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle rappelle explicitement la période pendant laquelle Jésus lui-même a été éprouvé dans son humanité pour préparer son cœur à sa mission. Les Évangiles parlent de ces quarante jours à l’issue desquels le Christ sort victorieux des tentations. «Pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.» (Luc 4, 2, mais aussi dans Matt 4, 2 et Mc 1, 13).

La victoire du Christ sur Satan dès cet épisode, prémisse de sa victoire sur la mort, invite les chrétiens à prendre son attitude comme modèle de lutte contre la tentation. C’est pour associer symboliquement les chrétiens à la vie du Christ que l’Église propose donc avec le carême de vivre quarante jours de pénitence.

Ce temps invite les chrétiens à résister fermement à toutes les tentations du diable. Mais sutaan daaga est une preuve que la maîtrise de soi n’est plus la chose la mieux partagée. Tellement accros à l’alcool et à la viande, certaines personnes sont incapables de renoncer à la boisson et bien d’autres choses même en une journée.

Sutaan daaga est en définitive l’expression du refus des hommes de faire violence sur eux-mêmes et de se surpasser pour un idéal plus grand. Sutaan daaga montre bien que les addictions, les dépendances, les pertes de contrôle entraînant les incapacités à résister à la tentation gagnent du terrain dans notre pays. La drogue, l’alcool et le sexe sont bien les matières premières de ce nouveau phénomène. Elles finiront malheureusement par devenir des maladies à soigner, car l’adage est sans équivoque: «Addiction un jour, addiction toujours!». Mais où va le monde?

Théophile MONE

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