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Terrorisme: après le deuil, après l’émotion, place à l’action

Il n’y a plus de doute. Les Burkinabè font face à une vaste opération de déstabilisation de leur pays. Les attaques à répétitions dans la région de l’Est et dans bien d’autres localités outre que le Sahel, semblent être une stratégie de quadrillage de notre pays par des ennemis d’un nouveau genre qui ciblent désormais spécifiquement nos soldats – ils n’ont pas le même mode opératoire que les djihadistes – aux fins de créer la psychose et de distraire au maximum nos forces de défense et de sécurité. Pour le chef de l’Etat, l’objectif visé par les attaques est simple: «C’est d’atteindre le moral de nos troupes. C’est de montrer que l’insécurité existe au Burkina Faso». La question n’est plus de savoir s’ils vont frapper, mais quand et où et de quelle manière? Au plus haut niveau de l’Etat, cette interrogation suscite une autre: comment vaincre les déstabilisateurs du Burkina Faso? Le chef de l’Etat a rassuré son peuple par un discours poignant. Mais plus que des mots, il faut agir, tout en menant une politique qui rassemble.

«Nous aurons la suprématie», a promis le président Roch Marc Christian Kaboré devant le Conseil supérieur de la Défense (CSD)

De retour du sommet Chine-Afrique, le chef de l’Etat, chef suprême des Armées, Roch Marc Christian Kaboré, a immédiatement haussé le ton, rassuré les Burkinabè sur des mesures idoines qui seront prises pour riposter contre les assauts des ennemis et ainsi sécuriser les populations et leurs biens. Il a à cet effet tenu une rencontre avec le Conseil supérieur de la Défense pour déterminer la bonne conduite à tenir.

Comment vaincre ceux qui jettent la pierre à leur pays, qui expriment du dédain et de la haine pour la terre de leurs aïeux?  Parmi les indispensables réponses, le volet sécuritaire focalise l’attention. Pourtant, la réponse sécuritaire ne saurait se suffire à elle-même. Devant une situation si tragique, tout gouvernement doit d’abord parer au plus pressé pour protéger ses citoyens. Mais il doit aussi concentrer ses efforts sur des politiques publiques ambitieuses, qui s’attaquent aux racines du mal et privent les entrepreneurs de violence des parrains tapis lâchement dans l’ombre et qui financent les opérations. Il est évident que pour mettre hors d’état de nuire les assaillants – ils ne revendiquent jamais leur crimes – qui sèment le trouble et qui assassinent sans sourciller des Burkinabè, le rôle des FDS et du renseignement est indispensable, et les moyens alloués doivent être à la hauteur de la situation. Mais les actions doivent également cibler, d’une part, les commanditaires au sens large; d’autre part, le terreau sur lequel ceux-ci recrutent. Il ne faut donc pas céder à la tentation d’une réponse sécuritaire, censée éradiquer de façon quasi magique et instantanée le terrorisme. Bien entendu, des mesures concernant l’amélioration de notre système de sécurité sont à prendre rapidement – et c’est ce que la haute hiérarchie et le parlement envisagent de faire –, mais il faut se garder que, sous le coup d’une émotion forte, des mesures populistes et ultra-sécuritaires ne viennent saper les grands efforts déjà entrepris.

En fait, dans notre contexte particulier, les moyens efficaces pour mener ce combat sont non seulement une nécessaire vigilance, mais il faut également donner une réponse sociale et politique, c’est-à-dire installer dans les esprits la volonté de mettre progressivement fin aux injustices et à l’exclusion qui, apparemment, sont devenues les meilleurs alibis à toutes ces violences insensées. Il faut pour cela donner un coup de fouet à la réconciliation nationale, accélérer les jugements en cours, instaurer un dialogue politique sincère entre l’opposition et la majorité, privilégier l’intérêt supérieur de la nation, faire des compromis politiques.

Il ne faut pas se méprendre sur la nature de ce combat. Nous ne sommes pas formellement en guerre, mais nous avons des adversaires, organisés, dotés d’une stratégie, de moyens et d’un objectif essentiellement déstabilisateur. La réponse efficace ne peut donc pas se résumer à une mesure unique. Elle doit tenir compte de ce diagnostic et comporter plusieurs volets: militaire, pour frapper à la source l’adversaire; financier, pour le priver des ressources matérielles qui alimentent ses opérations terroristes; sécurité intérieure, pour améliorer le renseignement et le partage des informations entre les ministères de la Sécurité, de la Défense et de la Justice; social, pour rassurer et surtout éviter de laisser les populations de certaines zones sombrer dans la désespérance, etc. On le voit, la tâche est complexe; elle concerne de multiples intervenants; elle exige une volonté, de la continuité et des moyens.

Nous ne sommes pas encore au pied du mur, puisque «Nous aurons la suprématie», a promis le président Roch Marc Christian Kaboré, tout en annonçant la prise de «dispositions urgentes les prochains jours pour parer à cette situation et rétablir la sécurité». Le commandant en chef s’est d’ailleurs engagé à «neutraliser définitivement ceux qui tous les jours contribuent à tuer des Burkinabè». D’un ton ferme, il a rassuré que les auteurs et les complices de la tentative de déstabilisation en auront pour leur compte. Il a encouragé nos vaillants soldats qui se battent sur le terrain et leur a demandé de «garder le moral haut».

Si cette intervention du président tombe à point nommé en ces moments de doute et d’inquiétudes, il reste que l’ensemble des Burkinabè attendent des décisions énergiques du gouvernement, réputées plus efficaces que les discours.

Théophile MONE

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