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Thomas Sankara à Nana Tibo: «Toi aussi, Tibo?!»

«Tu quoque fili» (toi aussi, mon fils). C’est que Jules César aurait dit à Brutus, son fils, qui était parmi ceux venus l’assassiner. En inférant, on peut dire que, depuis sa tombe, le capitaine Thomas Sankara a pu dire à Nana Tibo: «M san-biiga, mon camarade de lutte, ya fo?!»

Le président du Rassemblement démocratique populaire, Nana Tibo (à droite) avec l’ex-président Blaise Compaoré

Oui, de tous ceux qui s’agitent sur le sort de Blaise Compaoré, le cas Nana Tibo est celui qui étonne le plus. Il est le signe que certains politiciens sont des girouettes, ils ont donc un destin de feuille morte. Qu’est-ce que Nana Tibo n’a pas vu, quand il a lancé son mouvement de réhabilitation de la mémoire du capitaine Thomas Sankara? Tout ou presque: des menaces, des brimades, des tours au sous-sol de la Sûreté, puisqu’il a commencé au temps de la toute-puissance de Kafando Hyacinthe, le cerbère le plus méchant de Blaise Compaoré.

Il faut se souvenir comme si c’était hier de Nana Tibo dans les rues de Ouaga, un sac en bandoulière contenant les cassettes des discours de Thomas Sankara. Les teenagers doivent comprendre qu’à ce moment-là, il n’y avait pas les clés USB, le Bluetooth; les réseaux sociaux n’existaient pas. Beaucoup de personnes en achetaient en forme de soutien à la lutte pour le sankarisme. Mais au fil du temps, Nana Tibo a commencé à changer de discours, puis il a carrément viré à 180 degrés.

Celui-là qui pourfendait Blaise Compaoré, du Front populaire au CDP en passant par l’ODP/MT, est brusquement devenu l’avocat de Blaise Compaoré contre son groupe originel, «les sankaristes».

L’appel du ventre peut pousser à des bassesses, puisque ventre affamé n’a point d’oreilles, mais le cas Nana Tibo est tout simplement stupéfiant, sidérant. Comme Brutus, il participe par son comportement à la seconde mort du capitaine Thomas Sankara.

Où était-il, quand la ‘’génération Thom Sank’’ (il faut rendre à César ce qui lui appartient), a pris en main l’insurrection qui a chassé Blaise Compaoré et par la même mobilisation a fait échec au coup d’Etat de Golf? N’en a-t-il pas fait une lecture, même au premier degré, pour comprendre que son disque est raillé?

Hélas, mille fois hélas, sa lecture politique se limite au tube digestif, il est dans le carpe diem, un hédoniste, toute chose aux antipodes de l’idéal prôné par Thomas Sankara. Le capitaine Thom Sank a dû se retourner non, a dû se lever pour sortir de sa tombe, quand il a vu que Nana Tibo est parti à Abidjan pour rencontrer Blaise Compaoré et, sans honte, revient au Faso avec des clichés le montrant tout sourire à côté de Blaise Compaoré en mauvais état. Pire, il affirme, pince sans rire, que Blaise va revenir au Faso… «Toi aussi, Tibo?!»

L’Impertinent

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