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Nomadisme politique: le cancer de la démocratie

Le nomadisme politique, c’est le fait pour un élu municipal ou un député de quitter le parti sous la bannière duquel il a été élu, pour un autre parti. Ça peut être également le mouvement d’un militant d’un parti vers un autre.

En novembre 1957 avec le «retournement de veste» de Maurice YAMEOGO qui permit à Daniel Ouezzin COULIBALY de conserver son «trône»
En novembre 1957 avec le «retournement de veste» de Maurice YAMEOGO qui permit à Daniel Ouezzin COULIBALY de conserver son «trône»

Les raisons ou prétextes avancés pour justifier cette transhumance sont légion: la faute en revient principalement aux partis politiques qui n’ont pas su ou pu éduquer et conscientiser leurs militants.

Deuxième raison du nomadisme, le procédé de cooptation pour désigner les candidats à des postes électifs sur la base de leur notoriété.

Troisième raison, l’opportunisme et tous ses adjuvants: honneurs, argent, biens matériels…

Ambitions insatisfaites, rancunes personnelles, absence de culture militante, le nomadisme ne sautait cesser tant que les intérêts personnels et égoïstes guideront le militantisme. Tant que les Burkinabè considéreront la politique comme une vache à lait. D’ailleurs, le phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Nous l’avons hérité de nos pères.

Rentré dans les mœurs politiques burkinabè avant l’autodétermination du pays en novembre 1957 avec le «retournement de veste» de Maurice YAMEOGO qui permit à Daniel Ouezzin COULIBALY de conserver son «trône» face à la fronde du Mouvement démocratique voltaïque (MDV) de Gérard Kango OUEDRAOGO, le nomadisme politique n’a cessé de prospérer depuis au Burkina Faso.

Joseph Ki Zrebo a démissionné de la CNPPPS pour créer le PDPPS
Joseph Ki Zrebo a démissionné de la CNPP/PSD pour créer le PDP/PS

Depuis 1991, avec l’instauration du multipartisme, on assiste à une recrudescence du phénomène. C’est une figure emblématique de la scène politique, le Pr. Joseph KI-ZERBO, qui a été la première à s’illustrer. On se souvient de sa démission de la CNPP/PSD pour créer le PDP/PS.

Le nomadisme a véritablement pris de l’ampleur à partir de 1997 après les premières expériences de la présidentielle, des législatives et des municipales.

En 1997 Cyril GOUNGOUNGA quitta le CDP
En 1997 Cyril GOUNGOUNGA quitta le CDP

Ainsi, Cyril GOUNGOUNGA quitta le CDP, Emile PARE démissionna du PDP/PS, Hermann YAMEOGO abandonna l’ADF/RDA de la tête de laquelle il a été décoiffé par Gilbert Noël OUEDRAOGO. Plus près de nous, Célestin KOUSSOUBE, ancien  maire de la ville de Bobo-Dioulasso, démissionna également du CDP pour l’ADF/RDA, etc.

La plupart des Burkinabè le perçoivent comme quelque chose de pernicieux et négatif dont l’existence ne permet pas une saine pratique de la politique encore moins de la démocratie.

En effet, le vagabondage politique pose avant tout un problème moral et éthique. D’aucuns l’assimilent à de la «prostitution politique». Feu Issa TIENDREBEOGO lui a fabriqué le néologisme de tube-digestivisme. A juste titre. A cause de la transhumance politique, l’Assemblée nationale de notre pays est parfois constituée de deux types de députés: les députés élus et les députés achetés dans le but de fabriquer de toute pièce des majorités alimentaires mécaniques.

Les questions d’idéologie ou d’idéal comptent peu dans ce mouvement de reniement de soi et de ses convictions. Ce sont des considérations «gastronomiques» qui soutiennent la plupart des migrations politiques.

La transhumance politique s’explique avant tout par un manque de conviction politique. La manière dont les partis politiques burkinabè recrutent et font le plein de leurs militants justifie aussi le nomadisme politique. Les foules accourent dans le parti par intérêt. Et si d’aventure cet intérêt tarde à se concrétiser, la tentation d’aller répondre aux multiples promesses des adversaires devient un péché vite commis. Ce sont des fossoyeurs de l’éthique démocratique. Ils soutiennent l’immoralité qu’est le nomadisme politique qui se révèle comme une perversion en politique.

Célestin KOUSSOUBE, ancien maire de la ville de Bobo-Dioulasso, démissionna également du CDP pour l’ADFRDA
Célestin KOUSSOUBE, ancien maire de la ville de Bobo-Dioulasso, démissionna également du CDP pour l’ADFRDA

Mais que gagne la démocratie dans ce jeu de balancier au cours duquel des députés, des conseillers municipaux, parfois l’ensemble du Conseil municipal, du jour au lendemain, renie son appartenance à un parti, à une formation politique pour s’allier, avec armes et bagages, à un autre parti, à une autre formation politique? Rien du tout. C’est une évidence que le nomadisme politique est un acte de trahison des électeurs qui ont porté leurs voix sur une femme ou un homme dans l’espoir que cette personne va défendre leurs points de vue au sein du Conseil municipal ou au sein de l’Assemblée nationale.

Le nomadisme politique est un délit qu’il faut combattre vigoureusement pour redorer le blason des politiques qui ont perdu leur crédibilité. Toute chose qui joue sur les taux de participation aux différents scrutins. Puisque cette prostitution dégoutte les militants et les citoyens ainsi que tous ceux qui entretenaient un noble combat politique.

Ce que les uns appellent le dynamisme des partis, dynamique inter-parti ou vitalité politique est une gangrène pour notre jeunesse qui a besoin de repères et de morale politique. Dans ce sens, l’éducation, la formation politique et civique doivent guider les partis politiques afin que la donne change. Pour que le militantisme politique ait vraiment un sens dans notre cher pays. Espérons que le choix des futurs maires par les conseillers municipaux ne nous réservera pas de grosses surprises de retournement de veste.

C’est pourquoi, d’ores et déjà, nous disons STOP à ce cancer de notre jeune démocratie. Pour que plus rien ne soit comme avant.

Les Echos du Faso

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