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Travail de nuit: Bintou la battante, flamme de la viande depuis 8 ans à Kaya

«Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens», aime-t-on à dire. Au Burkina Faso, Pays des Hommes intègres, bien de femmes ont compris qu’il faut se battre pour survivre ou pour soutenir leur époux. La preuve, très tôt le matin, elles sont nombreuses à converger vers le centre-ville pour aller s’approvisionner, qui en légumes frais, qui en marchandises diverses, chez les grossistes dans le but de repartir dans leurs quartiers les revendre avec une marge bénéficiaire.

Si ces vaillantes dames sont dans la capitale, Ouagadougou, on les rencontre également dans les autres régions du pays. C’est le cas de Bintou Sawadogo, la trentaine sonnée qui, depuis huit ans, flambe tous les soirs dans la ville de Kaya plusieurs sortes de viandes comme le foie, l’estomac et le cœur des petits et gros ruminants. Nous l’avons rencontrée le vendredi 16 novembre à son lieu de travail. Témoignage.

Bintou Sawadogo à son lieu de travail

Au moment où certaines filles et femmes préfèrent prendre des raccourcis et se prostituer la nuit, certaines ont choisi, au contraire, de se battre avec leurs moyens de bord afin de joindre les deux bouts. C’est un choix difficile, mais courageux.

Goût de l’indépendance, imagination, créativité, débrouillardise, tout cela se combine pour faire des petits métiers un passage obligé de subsistance et de production dans une société aux ressources précaires. Chacun se débrouille et finit par trouver ainsi, à force d’ingéniosité, une place quelconque, en fonction de ses moyens, de sa formation et de ses dévouements d’initiatives.

Bintou Sawadogo a choisi d’être une femme battante et de gagner honnêtement sa vie. Originaire de la région du Centre-Nord, Kaya, elle soutient son mari en grillant de la viande tous les soirs. «Je fais ce métier depuis déjà huit ans», a-t-elle dit, avant de reconnaître qu’elle l’a appris de son mari qui fait désormais de la soupe dans un autre quartier de la ville.

Un groupe de jeunes l’aident à éplucher les légumes en vue de l’assaisonnement

C’est donc pour le bien-être de la famille qu’elle travaille ardemment tous les soirs avec une équipe composée essentiellement de jeunes, membres de sa famille.

Elle s’approvisionne à l’abattoir frigorifique de Kaya avec l’aide de son époux. Elle achète les condiments pour l’assaisonnement dans le marché de la ville.

Bintou Sawadogo en train de découper des morceaux de viande pour mettre sur le grillage

Le travail est reparti en groupes. En tant que responsable, elle découpe les morceaux au prix unitaire de 500 F CFA qu’elle place dans un gros plat. Après le choix des clients, elle et un apprenti coupent les morceaux payés et les placent sur le grillage (une large tôle percée de petits tous pour laisser passer un feu doux). Tout est tellement bien ordonné que malgré l’affluence, les différents choix ne se mélangent pas sur le grillage.

Les condiments d’assaisonnement sont épluchés par un groupe de jeunes dynamiques et acquis à la cause.

Ce métier habituellement réservé aux hommes est bien pratiqué par Bintou qui avoue s’y plaire car il lui rapporte des bénéfices importants. «Tous les soirs, je peux avoir 10 000 F CFA de bénéfices».

Au-delà de ces revenus, Bintou Sawadogo nous rappelle qu’il faut aimer ce que l’on fait. Une leçon de courage et de dévouement dans un Burkina où les gens aiment de plus en plus les voies de facilité. Elle est vraiment un exemple à suivre, une femme battante comme bien d’autres, à encourager.

Théophile MONE

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