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TRIBUNE Les décideurs du PAS au Burkina Faso (1/3)

Ceci est la contribution d’un enseignant en économie qui a décidé de partager ses recherches sur le Plan d’ajustement structurel (PAS), un PAS bien connu de certains Burkinabè pour avoir eu un impact sur leur vie. Un cours d’histoire intéressant pour la génération ‘’bluetooth’’ et réseaux sociaux. Vu la longueur du document, nous avons décidé de la scinder en 3 parties. Lisez donc.

A partir des années 80, les pays africains ont été le champ d’expérimentation d’une nouvelle politique économique dénommée «Plan d’ajustement structurel (PAS)» (ou Programme d’ajustement structurel, ndlr), mise en œuvre sous l’égide des deux institutions clés du système de Breton Woods que sont la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).

Cette politique s’est traduite et continue de se traduire par des mesures d’austérité sans précédent que ne cessent de dénoncer les syndicats. Au Burkina Faso, il n’est pas rare de lire des références au PAS dans les déclarations des organisations syndicales à l’occasion de certains conflits sociaux.

La présente réflexion revient sur la question, en expliquant ce qu’est le PAS, comment et par qui le PAS est arrivé chez nous.

Une victime du PAS?L’usine Faso Fani à Koudougou a fermé ses portes, jetant à la rue ses travailleurs (crédit photo: La sirène de Faso Fani, de Michel K. Zongo, 2014)

Généralités sur le PAS en Afrique

La plupart des pays africains ont adhéré à la Banque Mondiale et au FMI au lendemain de leurs indépendances. En en devenant membres, ils acceptaient d’être conseillées par elles, d’être soumis à leur «surveillance» (le terme surveillance est un terme officiel dans les documents du FMI pour décrire sa mission), de mettre en œuvre les politiques qu’elles recommandaient et d’emprunter de l’argent auprès d’elles à leurs conditions.

Cette coopération des pays africains avec ces deux institutions se fait selon un partage bien défini des rôles: le FMI s’occupe des questions liées aux finances publiques (recettes et dépenses de l’Etat), des questions monétaires (franc CFA pour ce qui nous concerne) et des questions de balances de paiement (recettes d’exportations, coût des importations, et toutes formes d’entrées et de sorties d’argent dans nos pays). La Banque Mondiale, quant à elle, finance le développement: routes, santé, éducation, etc.

Pour financer les besoins des pays africains, ces institutions ne leur donnent pas de l’argent. Elles leur en prêtent. Ces prêts remboursables sont à des taux présentés comme étant très faibles, lorsqu’on les compare aux prêts accordés par les banques privées.

Au début des années 80, en examinant la situation économique et financière des pays africains, le FMI et la Banque Mondiale font un constat amer: les pays africains sont lourdement endettés, leurs économies sont en panne et la pauvreté est grandissante. En raison de la panne des économies, les pays africains n’arrivaient plus à rembourser les prêts qu’ils avaient contractés auprès de la Banque Mondiale, du FMI et des pays développés qui se trouvaient être aussi les gros actionnaires de ces mêmes institutions. Les intérêts de tout le monde étaient donc menacés.

Que faire?

Dans leurs laboratoires, le FMI et la Banque Mondiale ont concocté ce qui s’apparente à un remède de choc, plus solide, plus vigoureux, dont ils pensent qu’il va «soigner» plus vite les pays africains, c’est-à-dire leur redonner la santé pour qu’ils puissent rembourser. C’est cela le Plan d’ajustement structurel (PAS)

C’est comme un médecin qui donne de la nivaquine très amère à un malade pendant un certain temps, et, comme le malade ne guérit pas, décide de l’opérer.

La nivaquine, c’est ce que le FMI et la Banque Mondiale administraient jusque-là. Désormais, ce sera la chirurgie!

Les pays africains, déjà liés par leur appartenance au FMI et à la Banque Mondiale, ne pouvaient nullement refuser la chirurgie proposée.

Les solutions proposées par le FMI et la Banque dans ces programmes d’ajustement se résument à des mesures très simples.

Pour combler le déficit des finances publiques, le FMI taille dans les dépenses. Il y a déficit lorsque les dépenses sont supérieures aux recettes. Il faut donc «ajuster» le niveau des dépenses à celui des recettes. C’est ça «l’ajustement».

Pour ajuster dépenses et recettes, il y a 2 solutions:

  • soit on augmente les recettes, c’est-à-dire qu’on collecte plus d’impôt et de taxes;
  • soit on diminue les dépenses, c’est-à-dire qu’on diminue ce que l’Etat donne à certains secteurs.

La première solution est toujours hypothétique, puisque rien ne garantit à l’avance que les recettes vont augmenter. Tout dépend en effet de la conjoncture économique, du civisme des agents économiques et de l’efficacité des services fiscaux. C’est trop de conditions à la fois.

La seconde solution, par contre, semble aux yeux des institutions de Breton Woods plus facile et peut être mise en œuvre immédiatement. Pour elles, il suffit de savoir où couper. Par exemple, s’il est difficile de couper le budget de l’armée, toute chose qui peut amener un coup d’Etat, on peut couper les indemnités des fonctionnaires. Ils vont sortit crier avec des pancartes et après tout rentrera dans l’ordre.

Pour relancer les économies, la Banque Mondiale libéralise l’économie et privatise les entreprises publiques. On les vend à des privés, qui sont supposés mieux les gérer.

A l’heure du bilan, les fortunes sont diverses, dans les différents pays ayant appliqué chacune à sa manière le traitement du FMI et de la Banque Mondiale.

Au fil du temps, face aux luttes syndicales, face aux critiques formulées ici et là, le PAS a pris des colorations différentes, en changeant de nom pour prendre des appellations qui évoquent la lutte contre la pauvreté. Mais la philosophie a toujours été la même: réduire les déficits, libéraliser l’économie et promouvoir le secteur privé.

Dans les bilans dressés par les deux instituions, il est habituel de mettre en relief ceux qu’on appelle les «bons élèves», c’est-à-dire les pays qui suivent à la lettre les recommandations du FMI et de la Banque Mondiale.

Dans les couloirs de ces institutions à Washington, un des bons élèves dont l’évocation du nom étonne toujours, c’est le Ghana de… Jerry Rawlings. Oui, Jerry Rawlings, le leader révolutionnaire, anti-impérialiste et panafricaniste du Ghana.

Dès 1983, le Président Rawlings n’a pas hésité un seul instant à s’embarquer dans le PAS. Il a conclu en 1983 le premier accord de PAS du Ghana avec le FMI, à une époque où de nombreux pays tentaient encore de résister. Le programme a été rigoureusement conduit par son ministre des Finances Kwesi Botchwey, nommé à son poste sur recommandation du FMI, qui a exigé et obtenu qu’il ait carte blanche pour travailler. Botchwey est resté à ce poste pendant 12 ans, de 1983 à 1995, dans une Afrique où la longévité traditionnelle des ministres des Finances est beaucoup moindre. Après le départ de Rawlings du pouvoir, les gouvernements successifs du pays ont continué cette politique et l’ont tellement bien mise en œuvre qu’à un moment donné, le Ghana a pu décider, en accord avec le FMI, qu’il n’avait plus besoin du concours du FMI, même si les programmes de la Banque Mondiale ont continué. Le Ghana a décidé de «sortir» du PAS, parce que les résultats étaient atteints. Ce pays est à ce jour considéré par le FMI comme l’un de ces meilleurs élèves. A tort ou à raison, on attribue à cette implication du FMI le décollage économique actuel du Ghana et les services du FMI aiment citer le Ghana comme la preuve que leur programme créé la prospérité économique. Il est vrai que, quand on compare la situation économique du Ghana en 1982, année de la prise du pouvoir par Rawlings, à celle qu’elle avait au moment où Rawlings quittait le pouvoir, c’était le jour et la nuit.

Si le Ghana est cité comme bon élève, le Burkina Faso n’est pas en reste.

A suivre

Eric ZONGO

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