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TRIBUNE Terrorisme: qui sont ces «HANI» qui nous attaquent?

Hommes armés non identifiés (HANI). Ces derniers temps, c’est sous ce vocable que sont désignés les auteurs des attaques terroristes itératives perpétrées contre les innocentes populations civiles et parfois certains symboles de l’Etat au Burkina Faso. Mais diantre qui sont ces «HANI» dont les actes sont bannis? Comment arrivent-ils à passer incognito? Comment parviennent-ils à commettre si facilement leur base besogne et à repartir allègrement? De nombreuses questions demeurent sans réponses. Mais face à la recrudescence des attaques, les populations des zones où ces HANI sévissent, les FDS, la communauté burkinabè du renseignement sont interpellés. Le bilan macabre doit s’arrêter. Il faut donc tout mettre en œuvre pour mettre ces HANI hors d’état de nuire. Le Burkina Faso en a les moyens.

Visage d’un HANI

Le modus operandi est le même. Les HANI se déplacent généralement à bord de tricycles ou sur motos. Ils opèrent parfois à visages découverts. Ils profèrent des menaces contre les populations, abattent des victimes, menacent encore ces populations de représailles si elles venaient à collaborer avec les FDS. Disparaissent dans la nature. La suite est connue. Quelques heures après, communiqué du ministère de la Défense: «Dans la nuit du… au…, le village x a été attaqué par des hommes armés non identifiés. Le bilan fait état de X victimes. Des ratissages sont en cours (…)». La dernière attaque a eu lieu dans le marché du village de Diblou, commune rurale de Pissila, province du Sanmatenga, dans la nuit du 25 au 26 juillet 2019. 15 personnes ont été tuées. Les individus armés non identifiés ont fait une incursion dans le village et ont tiré à bout portant sur les populations. Le lendemain de cette attaque, il y a eu déplacements de populations suite à des rumeurs faisant état de l’irruption d’hommes armés dans le village de Kankandé. Il a fallu un démenti du maire de Kaya pour atténuer un tantinet la psychose. Nous vivons un véritable drame avec des morts et des milliers de déplacés internes. Cette spirale doit s’arrêter. Chaque mort d’un Burkinabè est une mort de trop. Cela dit, que faire face à des individus qui ne reculent devant rien pour accomplir leur funeste dessein même en situation d’Etat d’urgence?

Renforcer le renseignement

Dans un premier temps, les structures de renseignement tant au niveau central que décentralisé doivent mieux collaborer. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Au niveau des structures spécialisées du renseignement, nous pensons notamment à l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), à la Division du renseignement militaire (DRM), au Centre de recherche et de traitement de l’information (CTRI) de la Gendarmerie Nationale, à la Direction de la Sûreté de l’Etat (DSE) de la Police nationale, à la Cellule nationale de traitement de l’information financière (CENTIF), à la Direction des enquêtes douanières (DED), à la Division du renseignement pénitentiaire (DRP), au service du renseignement et des opérations (SOR) des eaux et forêts. Ces structures doivent être appuyées par les brigades de gendarmerie, les commissariats de police, les postes de douanes, les corps de troupes militaires, les unités des eaux et forêts, les unités de la garde de sécurité pénitentiaire. Des structures techniques comme l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), l’Office national d’identification (ONI), la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM), l’Institut géographique du Burkina (IGB),… pourraient être consultées.

En fonction de ses prérogatives, chaque structure détient un certain nombre d’informations. Sans être un expert des questions sécuritaires, nous pensons qu’une bonne agrégation des données d’une localité bien déterminée peut fournir de précieux indices à même de permettre de déjouer certaines attaques ou de neutraliser les terroristes où qu’ils se trouvent. Dans la situation que nous vivons actuellement, il n’y a pas de pré carré qui prévale. Les structures doivent nécessairement collaborer. Il y va de la survie du Burkina Faso en tant qu’Etat. Les données collectées et traitées devraient permettre de parvenir à un plan d’alerte et de prévention ayant pour objet d’informer les autorités de l’État de toute menace d’action terroriste probable, de faire appliquer des mesures générales et/ou spécifiques de vigilance et de prévention adaptées à l’évolution de la situation. Ce dispositif doit aussi permettre de mettre en éveil l’organisation des différents échelons de défense pour diffuser les dispositions prises, rechercher des renseignements et des indices complémentaires, s’assurer de l’application des mesures de vigilance ou de prévention prescrites pour réagir instantanément à tout acte de terrorisme, de préparer la mise en œuvre éventuelle des plans ad hoc d’intervention contre les actes de terrorisme.

Se départir des positions égocentriques

Mais quels que soient les moyens qui seront déployés, les résultats ne peuvent être concluants qu’avec la participation pleine et entière des populations des zones attaquées. Dans cette croisade anti-terroriste, les populations jouent un rôle déterminant. Les FDS doivent alors les rassurer et faire surtout en sorte qu’elles ne cèdent pas aux intimidations de représailles proférées par les terroristes. Le mode opératoire des terroristes ainsi que le fait que les attaques ne sont jamais revendiquées laissent croire que les individus auteurs des attaques ne sont pas extérieurs aux communautés visées. Ils vivent avec les populations au quotidien, savent où frapper pour faire le maximum de victimes, maîtrisent surtout les failles du système sécuritaire. C’est pour cette raison qu’un travail de fond doit être opéré après chaque attaque terroriste. Il ne faut pas se contenter de déplorer les victimes et d’annoncer des opérations de ratissage. Il faut une enquête minutieuse dans la zone attaquée. La police scientifique pourra être sollicitée pour l’expertise balistique. De fil en aiguille, de précieux indices pourront être rassemblés pour débusquer ces «hommes armés non identifiés». Il est vrai que les FDS sont montées en puissance. Les opérations Otapuanu et Doofu enregistrent de grands succès sur le terrain. Les attaques contre les FDS ont également sensiblement diminué. Mais la véritable prouesse consistera à enrayer le phénomène terroriste. C’est bien possible. Le Burkina Faso a les hommes et les moyens pour cela. La lutte sera certainement de longue haleine mais le Burkina Faso en sortira victorieux car rien ne peut s’opposer à l’avancée radieuse d’un peuple déterminé avec à sa tête des dirigeants résolument dévoués pour la cause de la patrie.

C’est aussi l’occasion d’attirer l’attention de tous ces politiciens opportunistes qui veulent faire du terrorisme un fonds de commerce ou qui se réjouissent chaque fois que le pays est attaqué. Cette conception de la politique est contreproductive et aux antipodes des valeurs démocratiques et républicaines. A l’issue du dialogue politique qui s’est déroulé dans une atmosphère plutôt bon enfant, les uns et les autres doivent se départir des positions égocentriques pour ne considérer que l’intérêt supérieur du pays au moment où des milliers de nos compatriotes sont des déplacés dans leur propre pays du fait de nos propres turpitudes. C’est en cela que l’union sacrée trouve toute sa pertinence. Le Burkina Faso est à une étape critique de son histoire. Les hommes politiques ont une lourde responsabilité. Vont-ils précipiter le pays dans l’abîme ou faire preuve de grandeur d’esprit afin que le Burkina Faso retrouve son lustre d’antan? L’avenir nous le dira.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant chercheur

Ouagadougou

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