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Troisième report des élections au Congo: il y a de quoi être un saint Thomas!

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) vient d’officialiser ce jeudi, un nouveau report des élections à trois jours de la date prévue. Déjà deux fois retardées, les trois scrutins présidentiels, législatifs et provinciaux du 23 décembre devraient être les preuves tangibles du départ du pouvoir du président Joseph Kabila. Ce rendez historique encore raté inquiète et interpelle les Congolais, mais également la communauté internationale. Rien ne prouve qu’avec 7 jours de plus la CENI sera vraiment prête et que bien d’autres alibis ne viendront pas donner un coup de grâce à ces élections incontournables. Finalement, tant que les votes ne seront pas effectifs au jour J, il y a de quoi douter comme saint Thomas qui a douté du Christ ressuscité jusqu’à le toucher.

Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni)

Depuis l’annonce de l’actuel calendrier électoral le 5 novembre 2017 par le président de la CENI, les Congo s’étaient réjouis parce qu’ils espéraient qu’enfin, ils auront le droit de voter le 23 décembre 2018. Mais aujourd’hui, outre le doute qui persistait quant à un processus électoral inclusif démocratique et apaisé, du fait du fichier électoral jugé pollué de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales, s’ajoute maintenant le doute sur la tenue réelle des élections elles-mêmes.

Raison invoquée: des retards dans le déploiement du matériel électoral, et l’incendie d’un entrepôt de la CENI il y a une semaine à Kinshasa, qui aurait porté “un grand coup” au processus électoral.

En rappel, ces élections dans le plus grand et l’un des plus instables des pays d’Afrique sub-saharienne ont été reportées une première fois à l’expiration du deuxième et dernier mandat du président Kabila fin 2016, officiellement faute de moyens financiers.

Ce report avait suscité des protestations réprimées dans le sang en septembre et décembre 2016.

Un accord in extremis sous l’égide des évêques le 31 décembre 2016 avait prolongé de facto d’un an le pouvoir du président Kabila, moyennant des élections en décembre 2017.

Elles ont une nouvelle fois été reportées, officiellement en raison du retard pris dans l’enregistrement des électeurs au Kasaï, région du centre de la RDC victime d’un violent conflit entre septembre 2016 et mi-2017.

“Plus de deux ans après l’expiration des délais constitutionnels, aucun report n’est justifiable”, a prévenu dans un communiqué la coalition Lamuka constituée autour du candidat d’opposition Martin Fayulu.

Conséquences du report

Certes, les retards dans le déploiement du matériel électoral peuvent compromettre sérieusement l’ouverture de certains bureaux de vote dimanche le 23 décembre. Mais, après deux ans de report, le report des élections va certainement entraîner des troubles dans le pays. En effet, après avoir refusé l’assistance internationale, ce report risque de plonger le pays dans une zone d’incertitude. Il faut même craindre que le stratège Joseph Kabila ne trouve là une occasion de s’éterniser au pouvoir.

Théophile MONE

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