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Tueries à Yirgou, Zoaga et Arbinda: la démission totale de l’Etat

Selon les chiffres du gouvernement, 62 personnes auraient été tuées à Arbinda dont 30 dans des affrontements communautaires. 9 autres ont été enlevées par des présumés terroristes. La tuerie d’Arbinda vient allonger la liste macabre de l’année 2019.

Image d’illustration

Des Burkinabè massacrent des Burkinabè. Pendant que certains qualifient ces massacres de conflits intercommunautaires, d’autres parlent de massacres terroristes. On est tenté de se demander la nature malheur qui s’abat sur le Burkina Faso face à la recrudescence des tueries barbares. Une question légitime puisqu’avant Arbinda, le pays a connu d’autres tueries en masse.

Rien qu’en 2019, on a assisté aux tueries de Yirgou. En représailles à l’assassinat du chef de village et de 6 autres personnes de sa famille, des membres de la communauté Peul ont été tués entre le 1er et le 2 janvier  2019. Selon le bilan officiel, 49 personnes y ont perdu la vie.

Le 12 janvier 2019, 3 morts dont 2 policiers et une dame ont enregistrés au cours d’une interpellation à Nafona, dans la commune de Soubakagnedougou, province de la Comoé.

Le vendredi 18 janvier 2019, un affrontement qui a opposé des jeunes de Orodara à la police a entrainé la mort de 5 personnes et 8 blessés.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2019, 8 personnes ont été tuées à Zoaga dans la province du Boulgou.

Deux principales raisons peuvent justifier une telle barbarie. La mauvaise administration du territoire et l’absence totale de justice.

La mauvaise administration du territoire se manifeste par cette déconnexion entre les gouvernants et les gouvernés et une centralisation du pouvoir de décision au niveau de Ouagadougou. Selon l’organisation administrative, les gouverneurs administrent les régions qui sont découpées en provinces dirigées par les Hauts-commissaires. Les provinces sont composées de communes dirigées par des maires. Les communes partagent les mêmes espaces géographiques que les départements ayant à leur tête des préfets. Chaque commune/département est composé de villages où on retrouve des conseils villageois de développement (CVD). A côté de l’administration du territoire, on retrouve des services déconcentrés de la police, de la gendarmerie chargés du renseignement et de la sécurité intérieure du pays. Au regard de ce découpage, aucun espace du pays n’échappe à l’administration publique qui a des représentants partout.

L’ampleur des tueries à Yirgou et Arbinda est la preuve que ces massacres ont été préméditées de longues dates. Comment se fait-il que le gouverneur, ou le haut-commissaire, le préfet, le CVD, le commissaire de police, le commandant de brigade de gendarmerie ne soit pas informé de la préparation de ces tueries pour anticiper?

Leurs auteurs connaissent la psychologie des habitants desdites localités. Ce sont des communautés très attachées à la chefferie traditionnelle et à la chefferie religieuse. Tuer un leader provoquerait une réaction. De telles atrocités ne peuvent pas se préparer dans un village, dans une communauté sans que l’autorité ne soit informée. Quelque chose n’a pas marché.

Le Burkina est toujours gouverné par une catégorie de personnes au niveau déconcentré dont le sport favori est l’ouverture-clôture des ateliers et la présidence des cérémonies, avec de gros perdiems. Ces personnes sont habituées à l’ancien système, c’est-à-dire recevoir des «ordres de Ouaga» à tel point qu’ils ont perdu le sens de la responsabilité, de la prise de décision et de l’anticipation. Certaines autorités des régions touchées par le terrorisme ont montré leurs limites dans l’administration du territoire. L’opinion publique s’attendait à un vaste mouvement dans ces zones au moment du remplacement des chefs militaires afin de redonner un nouveau souffle à la lutte contre l’insécurité.

Comme solution, le Président Roch Marc Christian Kaboré a choisi d’ajouter la cohésion sociale au ministère en charge de l’administration du territoire. Cet ajout n’aura aucun résultat si le Président lui-même ne secoue pas le cocotier au niveau déconcentré. Depuis le remaniement ministériel consacrant cet ajout, qu’est-ce qui a bougé sur le terrain?

Il faudrait d’abord adopter un nouvel organigramme du ministère, nommer des personnes, les installer, les doter en moyens, organiser des ateliers pour réfléchir, etc.. Pendant ce temps, l’insécurité grandit.

La seconde raison qui justifie cette recrudescence des tueries est l’absence de la justice au Burkina. On s’attendait à voir le procureur du Faso sur les lieux des tueries pour les constats d’usage, utiliser les moyens à sa disposition pour faire avancer les enquêtes. Cette lenteur judiciaire donne l’impression que les auteurs des tueries vivent dans l’impunité et encourage d’autres tueries.

Le Burkina Faso doit soigner son mode de gouvernance afin que de pauvres innocents ne soient plus massacrés.

Les Echos du Faso

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