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Une présumée sorcière chassée à Balkuy

La sorcellerie est une question de croyance au même titre que la croyance dans les religions révélées. Elle est un phénomène aussi complexe et mystique. Seulement, cette croyance ne doit pas être le prétexte à un déni des droits humains des autres. Pourtant, l’exclusion sociale pour fait de sorcellerie est une pratique coutumière qui a encore pignon sur rue dans notre société burkinabè. Elle est une pratique avilissante et déshumanisante vis-à-vis de la gent féminine. Malgré les discours lénifiants et les sensibilisations tous azimuts, la pratique perdure. La preuve, Mme Kwuamé B. en a fait les frais ce matin du 08 juin 2018 à Balkuy, un quartier populaire situé au Sud-Est de la capitale du Burkina Faso.

La présumée sorcière, seule contre tous. Elle a besoin de protection et de prise en charge

L’exclusion sociale des personnes accusées de sorcellerie constitue l’une des plus graves atteintes aux droits humains, au Burkina Faso. La pratique est éhontée, sans fondement ni preuve qui se manifeste le plus souvent par des traitements cruels, barbares et inhumains. Elle est une «honte nationale» qui porte atteinte à l’ensemble des droits de la victime. Ce fait social met en évidence l’intolérance de la société qui se trouve dans l’incapacité ou dans la difficulté d’intégrer certaines catégories de personnes dont les femmes en particulier. Face à cette situation, il est de la responsabilité de tous les acteurs de lutter contre ce phénomène qui persiste. Certaines victimes perdent la vie, les plus chanceuses trouvent refuge dans les centres d’accueil et d’autres, sans défense, sont humiliées et battues dans l’anonymat.

Les faits

Mme Kwuamé B. est Burkinabè puisqu’elle est Bissa. Elle vit avec M. Kwamé, un ressortissant togolais. Les deux (vendeuse de friperie et maçon) se battent ensemble pour joindre les deux bouts. Ils nous ont confié qu’ils étaient en location à quelques encablures du marché de Balkuy quand, Mme Yabré, vendeuse elle-aussi de friperie, leur a proposé d’aller loger gratuitement dans la maison inoccupée d’un de ses frères «Italien». Cette proposition est venue suite aux échanges et aux difficultés que les deux rencontrent quotidiennement. Une aubaine que le couple a accueillie comme une grâce divine. Mais quelques mois après leur installation, madame a eu la malchance d’aller à un baptême où elle a été repérée comme la sorcière chassée de Kouba, une bourgade de la commune de Koubri. A partir de cet instant, elle était devenue une persona non gratta, la cible de toutes les attaques du fait de la rapide circulation de l’information.

Il y a de cela trois jours, une délégation est allée demander à Mme Yabré, celle par qui elle est venue dans le quartier, de dire à la prétendue sorcière de quitter ipso facto les lieux sinon elle serait sa complice en cas de malheur. Même paniqués, la cible et son mari ont refusé d’obtempérer. La nuit du 7 au 8 juin, il eut alors une concertation restreinte de quelques meneurs dans le but de prendre une décision rapide et implacable. C’est ainsi que le matin du 8 juin, Mme Kwuamé B. a été enjointe par une foule impressionnante de partir sans délai. Et pour lui faire comprendre la gravité de la situation, ses affaires ont été jetées hors de la maison. Dans ce face-à-face, elle n’a pas toléré les clichés et films dont elle était l’objet. Elle s’en est donc prise à l’un des photographes. Ce qui a déclenché la furie de quelques personnes qui lui ont répondu par des coups de fouets. Son mari, après avoir pris la poudre d’escampette, est revenu sur les lieux s’étonner ouvertement que des Burkinabè s’en prennent à une des leurs comme une apatride.

Mais la version de la population est différente. Certaines personnes sous anonymat ont témoigné que la victime a été chassée de Nagrin à Kouba par allégation de sorcellerie. Elle-même aurait reconnu que cela fait maintenant 18 ans qu’elle est la cible de ses voisins, du Bénin au Togo en passant par le Burkina. Pour les mêmes personnes, la pauvre dame serait indésirable chez ses propres parents géniteurs. Nous avons tenté de vérifier ces informations auprès de la victime sans succès, car elle était désorientée et en pleurs. Ce que nous avons pu retenir de ses quelques aveux c’est que «personne ne peut donner les preuves de sa sorcellerie». Et le mari de renchérir: «J’ai même demandé que l’on m’accompagne d’où nous avons quitté pour venir ici afin que les anciens voisins témoignent de l’innocence de ma femme; mais personne ne m’a écouté». Elle lie cette situation au fait qu’elle est orpheline, pauvre et socialement faible. Elle pense que des gens veulent se venger d’elle pour des raisons qu’elle ignore.

Nous sommes tous complices et responsables

Dans tous les cas, ces faits sociaux fragilisent les valeurs de paix et de tolérance au Faso. Il nous faut les restaurer par la sensibilisation. Car la valeur morale de la personne humaine est sacrée et inviolable. Nous devrons tous éviter les traitements inhumains et dégradants envers notre prochain.

Sans le savoir, nous sommes tous complices de ces méchancetés qui ne disent pas leur nom. Par notre silence, nos peurs, nous sommes individuellement et collectivement responsables de ces violations des droits les plus élémentaires de nos sœurs, mères et épouses pauvres et sans défense. Nous ne devrons pourtant pas être complices de toutes ces pratiques moyenâgeuses.

En attendant, les autorités devront urgemment prendre en charge cette femme malheureuse en quête de protection, de logement, de paix.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Pour la sorcellerie ,Mone Théophile est très intellectuel et petit pour comprendre ça.du reste pour ceux qui ne sont pas protégés divinement,ils restent des proies .
    Pour l’instant tu ne parles que du corps physique visible à l’œil nu (vibration à 50hertz) de par la volonté du CREATEUR DIEU.
    Mais pour ce qui est du corps astral ( âme,esprit) vibrant à une autre fréquence donc à une autre dimension et invisible à l’oeil nu humain sauf d’autres yeux invibles de la même dimension tu ne peux le prouver physiquement.
    Tu t’appelles THEOPHILE donc chrétien de croyance convaincue on ne peut pas te demander la preuve du spirituel. sauf les morts dont les âmes sont allées dans la dimension spirituelle ont les preuves de ce qu’on disait dans le monde physique.
    Bref si tu n’as pas été victime de la sorcellerie ,tu es compatissant et sentimental ,mais si un sorcier bouffe ton proche un jour et que tu apprends davantage et que la nuit tu es temoin visuel de leurs feux folés,alors tu changeras.Tout comme Jésus qui parlais du monde spirituel et du royaume des cieux a été crucifié tu ne pourras jamais apporter une preuve spirituelle sur un plan physique. Mais rien de ce qui arrive sur le plan physique a toujours été d’abord spirituel. Crois qui veut et mais cela ne changera jamais la réalité des choses.

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