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Qui veut tuer la filière cotonnière?

Un champ de coton comme on aurait souhaité en voir partout (ph: unpcb.org)

Le 30 janvier dernier, l’Organisation démocratique de la jeunesse du Burkina Faso (ODJ) a organisé une conférence de presse pour porter à la connaissance de l’opinion ce qu’elle a qualifié de « préoccupations des paysans de quinze provinces du pays » à la suite de la mauvaise campagne agricole. L’ODJ affirme que le ministère de l’Agriculture a fait le bilan de la campagne céréalière mais «Qu’en est-il du rendement au niveau du coton ? Le ministère ne pipe mot. La SOFITEX non plus!»  Puis, dans des affirmations dont elle seule détient les secrets, l’ODJ en vient à donner le sujet de la conférence de presse:

«1.     L’annulation des crédits intrants accordés aux paysans par la SOFITEX pour la campagne agricole 2017-2018 à cause de la mauvaise pluviométrie de cette campagne cotonnière.

  1. Le dédommagement des paysans producteurs de cotons qui ont reçu des intrants de mauvaise qualité de la part de la SOFITEX tout comme le suivi de l’identification et la sanction de tous les acteurs impliqués dans cette scandaleuse affaire.
  2. La suite judiciaire à donner aux rapports de l’ASCE-LC sur l’UNPCB où des milliards sont détournés par des dirigeants dont certains sont toujours dans les instances actuelles de l’UNPCB.»

C’est bien que l’ODJ se batte pour que les paysans vivent du fruit de leur labeur. C’est même très bien. Mais cette bataille doit être bien réfléchie et menée. Sans tricherie ni démagogie, si elle ne veut pas cultiver le germe de la division au sein des paysans et surtout des cotonculteurs dont elle dit pourtant défendre les intérêts.

La filière cotonnière, à l’image de nombreuses autres filières, a, de tout temps, connu des difficultés. A chaque campagne, ses problèmes et ses incertitudes. Quand ce ne sont pas des aléas liés à dame nature, ce sont des situations relevant des pratiques paysannes qui sont relevées.

Il est facile de rester dans son bureau climatisé pour parler de coton. Mais ceux qui sont au contact des réalités savent que la culture du coton est une tâche qui, en plus d’être très exigeante, demande également beaucoup de sacrifices, d’abnégation et de professionnalisme.

Voilà pourquoi la filière coton du Burkina est la filière la mieux organisée de toutes les faîtières de notre pays. Une réalité qui force l’admiration et grâce à laquelle des solutions ont toujours été trouvées aux problèmes qui se posent à ladite filière.

Nul doute qu’il en sera de même pour cette campagne, où l’histoire des impayés risque de s’inviter à la table. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un fait nouveau. Dans ce cas de figure, les partenaires (gouvernement, UNPCB, SOFITEX, bailleurs de fonds) analysent ensemble les facteurs qui ont concouru à cette mauvaise performance. Si le problème est général ou s’il est vécu à grande échelle, des mesures sont prises pour que les paysans ne soient pas affectés sérieusement. Il est déjà arrivé lors de quelques campagnes que des crédits soient épongés.

Mais si à l’analyse la contreperformance est due à une mauvaise conduite de la campagne par le paysan lui-même, le groupement, de manière solidaire, paie le crédit contracté par le producteur défaillant. C’est pour cela que les GPC sont créés par affinité c’est-à-dire regroupant des paysans qui se reconnaissent des qualités mutuelles. Pas de place donc pour les paresseux.

Dans le cadre de cette campagne, si les partenaires jugent que la campagne a été mauvaise au plan national et qu’il faille faire quelque chose pour les paysans, la décision sera prise et les mesures annoncées.

 

Ces délégués connaissent l’importance de la filière cotonnière pour eux-mêmes et pour le pays

Campagne globalement positive

La campagne 2017/2018 se caractérise par le fait que la production n’a pas été mauvaise. Ce sont les prévisions de récoltes qui n’ont pas été atteintes. Le tableau peint par l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) lors de son assemblée générale tenue en octobre 2017 a fait ressortir un bilan positif.

En effet, d’après ces chiffres, et pour la deuxième année de retour au coton conventionnel, le bilan prévisionnel fait ressortir une production nationale de 731 000 tonnes de coton graine contre 681 454 tonnes en 2016/2017, soit une hausse de 7%.

Le détail donne 563 116 tonnes pour la SOFITEX contre 544 424 tonnes en 2016/2017. La SOCOMA (Société cotonnière du Gourma) quitte 95 000 tonnes en 2016/2017 pour se hisser à 120 000 tonnes en 2017/2018. Faso Coton améliore également sa performance de 41 180 tonnes en 2016/2017 à 47 767 tonnes cette année. Ce sont les chiffres prévisionnels, en attendant le bilan définitif qui sera fait probablement en avril 2018, à la fin de la campagne d’égrenage.

La campagne a donc été globalement positive, même si elle n’a pas atteint les résultats escomptés du fait de la mauvaise pluviométrie et des attaques parasitaires.

 

Avec un champ bien entretenu comme celui-là, on peut espérer faire une bonne récolte

Ne pas faire injures à nos institutions

Si nous ne croyons pas aux chiffres officiels, si nous refusons de faire confiance à nos dirigeants et aux services techniques pour tirer nos propres bilans des événements, nous sapons les bases mêmes de la république. Car c’est la confiance en l’autorité et en ce qu’elle dit qui nous permet de vivre ensemble. Dans le cas d’espèce, en dehors des services techniques compétents, quel producteur a la capacité de faire le bilan global d’une campagne agricole? Quelle organisation, fut-elle de la société civile, dispose des compétences pour le dresser?

Au sein de l’UNPCB, il y a des équipes techniques pluridisciplinaires qui travaillent sur le terrain au contact des cotonculteurs. Si les associations de producteurs de coton membres de l’ODJ quittent le cadre de l’Union pour s’en remettre à d’autres instances, elles sont en train de menacer dangereusement la cohésion au sein de cette faîtière. Alors que c’est cette cohésion, cette organisation modèle qui fait la force de l’UNPCB et qui explique qu’elle bénéficie d’une écoute auprès des premières autorités du pays.

Chaque année, vu la cherté des intrants, les partenaires (gouvernement, SOFITEX et bailleurs de fonds) allouent une subvention pour réduire le coût des intrants. Ce sont des milliards qui sont ainsi débloqués par le gouvernement qui, plus que quiconque, sait l’importance du coton pour notre économie et pour l’épanouissement du monde rural.

A ce propos d’ailleurs et pour en revenir à cette campagne 2017/2018, les prix de cession des intrants ont été maintenus à leur niveau de 2016/2017 grâce à la réduction du taux bancaire obtenu par la SOFITEX auprès des banques et l’injection d’une subvention interne de 3 milliards 455 millions de FCFA. La SOFITEX et ses partenaires que sont les banques ont pour ainsi contribué, aux côté de l’Etat, à la subvention des intrants.

Sans ces efforts, le coût supplémentaire à l’hectare des engrais NPKSB et urée serait de 2 370 F et l’insecticide de 2 186 FCFA, soit un coût total de 4 556 FCFA par hectare pour la fertilisation minérale et la protection phytosanitaire. Les cotonculteurs ne sont donc pas abandonnés, comme l’a affirmé l’ODJ lors de la conférence de presse.

Bihoun Bambou, président du Conseil de gestion de la SCoop-UNPCB depuis le 28 février 2017. Le plus grand producteur de coton du Burkina en 2017.

La SOFITEX a-t-elle intérêt à mettre à la disposition des cotonculteurs des intrants de mauvaise qualité? C’est ridicule de le penser et ce serait comme se tirer une balle dans le pied. Pour la simple raison que la SOFITEX sait que non seulement sa raison d’être est liée à la culture du coton, mais aussi que, pour diverses raisons aussi importantes les unes que les autres, elle n’a aucun intérêt à hypothéquer sa survie, encore moins l’avenir d’une filière qui fait vivre directement et indirectement près de quatre millions de personnes. Invoquer la mauvaise qualité des intrants n’est donc pas juste. Les analyses ont été faites en amont en Europe et en aval au Burkina par des laboratoires certifiés par les instances internationales. Si l’ODJ doute de l’expertise du Bureau National de la Géologie et des Sols (BUNASOL), elle se rendrait plus crédible en proposant d’autres structures de contrôle!

Certains maillons de la filière suscitent des convoitises. On a la faiblesse de croire qu’il s’agit d’une campagne financée par des mains invisibles pour couper des têtes. On veut faire tomber des têtes pour occuper les places. On cherche donc des poux sur des têtes bien rasées et luisantes. La filière est coutumière de ce genre de soubresauts mais sans jamais atteindre cette ampleur-ci. Mais pour des intérêts personnels, doit-on sacrifier l’avenir d’une filière si névralgique pour le Burkina?

Cette cacophonie savamment montée et, à la limite inutile, peut amener certains partenaires et pas des moindres à se rétracter, alors que leurs interventions sont indispensables à la production cotonnière.

On ne prête qu’au riche, dit l’adage. Et c’est parce que la SOFITEX est riche de la confiance établie avec les institutions financières d’ici et d’ailleurs qu’elles lui prêtent et veulent lui prêter davantage. Il faut donc jouer balle à terre afin que les spectres d’une disparition définitive de cette filière soit à jamais éloignés.

Des cadres de concertation existent pour ce faire. Et l’ODJ, pour être une émanation de la société civile où le dialogue ainsi que les discutions franches et sincères ont toujours primé, devrait exhorter ses membres à les exploiter.

C’est à ce prix, rien qu’à ce prix, que l’on pourra toujours aller de l’avant.

Hidogo

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