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Veuves, elles refusent de vivre la mort!

Que le couple ait été pleinement heureux ou qu’il ait traversé des crises, la mort de l’un bouleverse toujours l’autre, perturbe l’équilibre de la famille. Un «travail de deuil» pour employer le langage des psychologues est nécessaire avant de refaire surface. Il dure plusieurs mois. Chaque histoire est un cas. Aucune femme ne réagit de la même façon, mais toutes se souviennent de cet état de choc dans lequel les laisse le décès de leur mari.

Veuves, quand sèchent les larmes…

C’est le trou, le vide, le plongeon dans l’inconnue. Ce sont des mois vécus entre parenthèses avant que vienne la révolte, puis l’acceptation ou la déprime.

En Afrique surtout, les veuves souffrent terriblement parce qu’elles sont souvent accusées de tous les maux tout juste après la mort de leur mari: si le mari défunt travaillait ou possédait des biens immobiliers, il ne manquera pas quelqu’un dans la grande famille ou dans le voisinage pour accuser injustement la veuve d’être la meurtrière de son époux. Le plus navrant c’est que ces accusations n’existent presque pas quand le défunt n’a rien laissé de bon. Dans ce cas, la veuve est tout simplement abandonnée à elle-même, oubliée. Cette situation constitue un double deuil pour les veuves africaines.

En effet, outre le poids de la culture et la convoitise des biens laissés par le défunt, lorsque la mort débarque, c’est comme si le ciel tombait sur leur tête. Aucune ne vit le deuil comme elle avait prévu de le vivre. Il faut, dans la plupart des cas, le soutien de la famille pour que celles-ci retrouve le sourire. Pourtant, en Afrique, la famille n’a pas toujours su aider la veuve à sortir de son deuil.

Cette épreuve passée, les veuves doivent ensuite assumer des responsabilités, assumer seules leurs peines. Ne font-elles pas parties du bataillon de femmes seules chef de familles comme les divorcées et les mères célibataires? En effet, le problème des jeunes veuves, c’est souvent le manque d’argent. Si elles travaillaient avant le veuvage, fréquemment leur salaire venait en complément de celui de leur mari. Il se révèle alors insuffisant. La situation est encore plus dramatique pour celles qui sont sans activité professionnelle. Sans qualification, sans référence, il est difficile de trouver de l’emploi. Ces femmes, devenues indépendantes par la force des choses reconnaissent que la situation leur a au moins donné l’assurance: elles sont condamnées à devenir solides. Rester débout. Elles ne peuvent pas se complaire à exprimer la crainte devant la vie et à attendre l’appui des autres. Et de qui d’ailleurs? Les proches parents? La mort les laisse souvent aussi démunis. Les amis? La plupart d’entre eux ont peur. Ils se dérobent.

Reprendre goût à la vie.

Quant aux enfants, ils ressentent aussi douloureusement la disparition de leur père et parfois en veulent à leur maman qui essaie tant bien que mal de compenser l’absence du défunt.

Et le plus délicat encore est de combler le vide, de meubler sa vie. En la refaisant! On peut tourner la page sans trahir, sans oublier. Le plus important, c’est d’aider les femmes à se reconstruire après la mort de leur mari, à reprendre goût à la vie, à agir. Si plus tard elles rencontrent un compagnon, tant mieux; mais ça ne doit pas devenir une idée fixe. Souvent, les enfants comme la veuve idéalisent celui qui est parti. Ils voudraient inconsciemment retrouver le même homme. Les veuves très affectées ont souvent du mal à s’octroyer le droit d’être heureuse encore. Mais peut-on vivre sans tendresse? Il ne s’agit pas de trahir ni de renier le passé. Il s’agit en fait, de refuser de vivre la mort.

Théophile MONE

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