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Vote des Burkinabè de l’extérieur: qui a intérêt à ce que des faussaires élisent notre président de la république?

Hier 30 juillet 2018, l’Assemblée nationale a voté à la majorité le projet de loi relatif à la modification de la loi N°014-2001/AN du 3 juillet 2001 portant code électoral. 83 députés sur 123 présents à l’hémicycle ont adopté ladite loi. Même si les députés de l’opposition politique ont boycotté le vote, une chose est sûre, la bonne nouvelle est historique: désormais, le Burkina Faso fait partie des pays ayant pris des dispositions juridiques pour organiser le vote de leurs ressortissants établis à l’étranger. Les autres craintes ou calculs politiciens peuvent se résoudre par des échanges francs au nom de l’intérêt supérieur de notre jeune démocratie.

La représentation nationale a voté à la majorité le projet de loi relatif à la modification de la loi portant code électoral

Le principe de la nationalité, basé sur la reconnaissance légale du citoyen pour le vote à l’étranger est maintenant un acquit au Burkina Faso. Cette possibilité de participer à la vie politique de son pays à distance – une première – doit être saluée comme une avancée démocratique. Car dorénavant, le vote permet de maintenir un principe d’égalité entre les citoyens vivant sur le territoire national et ceux qui sont les expatriés. Il évite une rupture de ces citoyens avec leur pays d’origine et nourrit positivement leur sentiment d’appartenance à la nation dont ils sont membres au-delà des réalités géographiques, voire économiques ou politiques.

En clair, tous ceux qui ont un lien réel et personnel avec notre pays: nationalité acquise et conservée, lieu de naissance, filiation directe ou un mariage avec des nationaux, peuvent légitimement voter. Il faut s’en féliciter. D’autant plus qu’organiser les conditions du vote à l’étranger est une nécessité, voire une obligation pour la démocratie. Cela est d’abord l’expression d’une volonté politique du gouvernement et suppose réciproquement la participation effective des Burkinabè de l’extérieur.

Le Ministre Siméon Sawadogo estime qu’il faut s’assurer que ce sont les Burkinabè qui vont voter
L’opposition politique a boycotté le vote réclament la carte consulaire comme document de votation. Ici le Chef de file de l’opposition…

Craintes légitimes

Nos hommes politiques de tous bords confondus craignent les manipulations des scrutins et les risque de changement des résultats de l’élection présidentielle en 2020. Ces risques, souvent mal estimés, conduisent à la prudence, voire à des restrictions ou à des exclusions. Mais faut-il voir le mal et la mauvaise foi partout? Assurément non.

Dans un Burkina qui se bâtit et où la démocratie reste fragile, l’un des rôles des gouvernants est bien de conforter l’Etat de droit, reposant sur des scrutins ouverts, sincères et crédibles. Pour ce faire, dans le débat actuel qui est mené sur les documents de votation, si l’on prend l’exemple de la Côte d’Ivoire où le développement d’une véritable industrie de fausses cartes consulaires existe bel et bien, la prudence est recommandée, autant pour l’opposition que pour le pouvoir en place. Il faut éviter que des faussaires élisent notre président de la république. Faire voter nos compatriotes à l’étranger tout en veillant à la crédibilité et à la sécurité de ces votes constitue donc un impératif catégorique. Et là-dessus, le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Siméon Sawadogo, est on ne peut plus clair: «Nous ne pouvons pas aller aux élections, pour le vote au niveau national du président du Faso sans nous assurer que ce soit les Burkinabè qui vont voter», a-t-il dit. Plutôt que des obstacles sciemment mis en place sur le chemin des urnes, il s’agit au contraire de mesures prises pour sauvegarder notre souveraineté.

Chacun doit mettre balle à terre pour éviter que cet acquit historique ne soit un gâchis

Là où il peut y avoir mauvaise foi et calculs politiciens

Les politiciens sont comme des comptables. Les additions, multiplications, soustractions, divisions ou retenues qu’ils font sont toujours en rapport avec leurs intérêts. Autant l’opposition a peur d’être flouée autant le pouvoir en place craint que les choses lui échappent.

Au-delà donc de ces enjeux politiques, la Carte consulaire biométrique pouvait bel et bien être retenue comme pièce de votation (là où elle existe) car à son verso, il y est expressément écrit que «cette carte a valeur de Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB)». Certes, la loi doit avoir une portée générale. Mais ce qui compte ici c’est un document de reconnaissance de la nationalité, délivré par l’autorité. Soutenir donc que «la carte consulaire biométrique sert essentiellement de document de protection diplomatique et d’identification face aux contrôles ou vérifications», est un argument boiteux et biscornu. La preuve, si une personne qui détient la carte consulaire biométrique venait à poser un acte de bravoure à la «Gassama», il serait adulé par les hommes politiques et son action vite récupérée. Personne n’oserait douter de sa nationalité et de sa citoyenneté. D’ailleurs, si la carte consulaire biométrique n’est pas fiable, pourquoi l’a délivre-t-on à nos compatriotes en Côte d’Ivoire et au Gabon? Dans le doute, dit-on, il faut s’abstenir. L’argument selon lequel il faut «avancer progressivement» n’est pas aussi solide car l’option du vote de la diaspora doit être forte, sans hésitions et sincère. Ce doit être un pas de maître dans la transparence et sans exclusion aucune.

Enfin, les 36 ambassades et les 12 consulats généraux retenus comme lieux de votation pourraient, du fait de la distance, entrainer une faible participation des Burkinabè de l’étranger. Certains pays comme la Côte d’Ivoire pourraient avoir plus de lieux de vote, histoire de permettre au plus grand nombre d’inscrits de participer au scrutin.

Le pouvoir en place peut se féliciter d’être celui par qui le vote des Burkinabè de l’extérieur sera effectif. Toutefois, il n’a aucun intérêt à faire croire à l’opinion publique qu’il y a anguille sous roche avec une certaine exclusion, le tamis en main, juste par calcul politicien. Justement, la communication sur la question a été mal gérée. Les explications et les dispositions pratiques envisagées pour l’accès du plus grand nombre d’expatriés à la CNIB ont été données lors du vote des députés plutôt qu’avant. Toute chose qui a contribué à envenimer le débat sur la question. Dommage!

Les Echos du Faso

Un commentaire

  1. Jean Gabriel Yaméogo

    Maintenant que par vote mécanique, le MPP est passé en force en faisant voter la loi modificative sur le code électoral, j’attends de voir, tant soit peu, sa bonne foi, avec les mesures d’accompagnement y afférentes, pour permettre effectivement aux burkinabè vivant à l’étranger d’exercer leur droit régalien. L’une des mesures principales que le régime doit appliquer serait le déploiement diligent de l’ONI à l’étranger pour délivrer le sésame à nos compatriotes de la diaspora. Ce n’est qu’à l’aune de cette mesure que le MPP bénéficierait d’une once de crédit par rapport à cette loi qui, sous le couvert d’avancée démocratique, pourrait s’avérer comme la pire insulte à l’égard des burkinabè vivant à l’étranger; le remède pouvant se révéler pire que le mal. Ce serait comme qui dirait, fuir le choléra pour la peste.

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