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Wacks, gris-gris et fétiches: illusions ou secrets alchimistes de la réussite?

Dans Allah n’est pas obligé, le romancier ivoirien Ahmadou Kourouma raconte l’odyssée tragicomique d’un enfant soldat en Afrique de l’Ouest. Enrôlé de force au sein d’un groupe de combattants sans foi ni loi, au Liberia, il recourt comme tous les autres aux gris-gris censés détourner les balles ennemies ou le rendre invisible. Une protection relative, puisque le héros de Kourouma voit ses congénères mourir les uns après les autres. Mais le gri-gri n’est jamais discrédité: si le combattant a été tué, c’est parce que ses amulettes et autres flacons contenant de la poudre magique n’étaient pas assez nombreux ou mal disposés… Comme partout en Afrique, les Burkinabè n’échappent pas à ces croyances ancestrales. Beaucoup encore sont ceux qui croient mordicus qu’une cohorte de gris-gris décuple leur courage sinon leur réussite. Oui, inspirés des traditions du monde entier, porte-bonheur, amulettes et autres gris-gris ont la cote. Leur mission, attirer l’amour, la chance ou la protection, voire les trois à la fois.

Beaucoup de gens croient qu’une cohorte de gris-gris décuple leur courage sinon leur réussite

Fétiche, un élément cardinal du football africain

En Afrique, dans le monde du football, des examens et de la politique, les forces occultes sont à l’œuvre. La sorcellerie et la superstition restent les piliers de ces croyances-là. Dans le milieu du football par exemple, il est courant que chaque équipe pense que l’autre a envoûté les lieux… Désigné sous le vocable de «préparation psychologique», le gris-gris ou fétiche est un élément cardinal du football africain. Car, dit-on, la meilleure défense, c’est l’attaque. Ainsi, il arrive que certains clubs allouent une partie de leur budget à «l’aide surnaturelle».

Dans le milieu du football, surtout africain, le gris-gris à une place de choix

Souvent donc, l’on oublie que pour gagner, il faut mouiller le maillot pendant le jeu. L’on oublie que les sortilèges ont leurs limites. C’est le cas du Nigérian Ashi Terfa, un sorcier mort sous le tir d’un client qui testait le talisman pare-balles que le guérisseur lui avait préparé. L’homme avait noué le gri-gri autour de son cou et sommé M. Umaa Akor de lui tirer dessus pour lui démontrer son efficacité.

Fausse ou une réalité, l’Afrique est ancrée dans sa culture légendaire du fétichisme et de la sorcellerie.

La folie des gris-gris, une réalité planétaire

Les gris-gris sont partout! Les gens en raffolent: fil rouge de Jérusalem, bracelets brésiliens, amulettes, gadgets…. D’ailleurs, de nombreuses stars les portent bien en évidence comme un rempart contre la scoumoune, la malchance ou le malheur.

En bijoux, en décoration, en objet culte, ou sous tout autre forme, ils sont sensés nous protéger du mauvais œil et des ondes négatives, mais avant tout, l’on attend d’eux qu’ils apportent du bonheur et de la chance à profusion. En fait le raisonnement est simple: donner un petit coup de pouce au destin, pourquoi s’en priver, sait-on jamais! Ainsi, pour réussir aux concours, beaucoup de jeunes sont aujourd’hui convaincus qu’il y a non seulement le travail, la chance et d’autres choses…, c’est-à-dire le wack ou le gris-gris. Pourtant, pour réussir véritablement aux concours il faut être un brillant stratège: le candidat doit traquer l’information, être un brillant analyste de la situation politique nationale, bref, bien se préparer.

Dans ce monde mystérieux, il faut savoir distinguer l’ivraie de la bonne graine
Les fétiches sont censés protéger du mauvais œil, des ondes négatives …

Hommes politiques et Wack

Dans le milieu politique, la peur et l’incertitude poussent parfois certains croyants à consulter des voyants, des charlatans, des féticheurs et des devins.

L’attachement des hommes politiques au fétichisme n’est qu’un secret de Polichinelle. En Afrique comme ailleurs, ils ne sont pas bavards sur la question. Elle est taboue. Mais la plupart ne crache pas sur les moyens occultes de conquérir le pouvoir. Surtout que dans cette jungle, tous les coups sont permis! Mais chacun finit par se faire piéger par des pratiques dangereuses qui le détourent et du peuple et de la bonne gouvernance. Ils deviennent les jouets des wack men et autres vendeurs d’illusions.

Distinguer le faux du vrai

Faites un tour à Boins-yaar et vous-vous rendrez compte que le commerce des peaux, têtes, cornes, dents, os d’animaux, plûmes, hérisson sec, peau de lion, nids, queue de singe, entre autres médicaments, fait recette. On y trouve du tout. Des hommes et femmes de tous les âges. Tous les visiteurs enfiévrés espèrent peut-être y trouver la clé de la réussite ou trouver un remède à sa maladie que les médecins voués à soigner le mal n’ont pu faire.

Souvent les prescriptions viennent d’un marabout contre les mauvais esprits, les mauvais sorts, l’impuissance sexuelle, pour le soin de certaines maladies ou pour devenir milliardaires…

C’est le mystère de l’Afrique avec ses secrets de médicaments insoupçonnés et ses marchands d’illusions. S’il ne faut pas jeter l’eau du bain avec le bébé, il faut savoir trier et distinguer l’ivraie de la bonne graine. Quant aux pratiques, celles qui font du mal à autrui ou portent atteintes à la vie d’autrui sont nuisibles à notre bien-aimée Afrique.

Théophile MONE

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