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Il y a dix ans, Tertius voyait déjà plus loin que Thiéba…

Les Burkinabè ont besoin d’une bonne gouvernance, Monsieur le Premier ministre

L’ancien Premier ministre Tertius Zongo, lorsqu’il est arrivé à la Primature et pour donner un dynamisme et un souffle nouveau aux établissements publics de l’Etat (EPE), aux sociétés d’Etat et aux établissements à participation massive de capitaux publics à travers une gouvernance vertueuse et porteuse de progrès, avait innové, en proposant qu’on recoure à la procédure d’appel à candidatures pour le recrutement des dirigeants de ces sociétés. C’est ainsi que le décret N°2007-724/PRES/PM/MEF/MCPEA portant modalités de désignation des membres des organisations d’administration et de gestion des établissements publics et des sociétés à participation majoritaire de l’Etat a été pris à ce sujet. L’on se rappelle de l’exemple des directeurs généraux des hôpitaux du pays et de la direction générale de la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB) qui ont été recrutés en suivant cette procédure.

A l’article 39 dudit décret, il est écrit que: Le poste de Directeur Général des établissements publics de l’Etat, des sociétés d’Etat et des sociétés d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat est soumis à appel de candidature.

Le poste est ouvert en priorité aux candidats (es) de l’administration publique.

Article 42: Le Directeur Général est nommé pour une durée de trois (3) ans renouvelable par tacite reconduction sauf dérogation expresse du Conseil des Ministres.

Il sera signé un contrat d’objectif avec le Directeur Général.

Article 44: Le Directeur Général est obligatoirement noté chaque année par le Conseil d’Administration. Cette note est déterminante pour sa carrière de fonctionnaire ou de contractuel.

(…)

Article 46: Le Directeur Général est responsable de sa gestion devant le Conseil d’Administration, le Conseil des Ministres et l’Assemblée Générale des Sociétés d’Etat.

Seulement, ce texte a été progressivement dépouillé de ses nobles objectifs. Dans le décret N°2013-1060/PRE/PM/MEF/MICA/MFPTSS du 11 novembre 2013, il est déjà introduit à l’article 4 que «Par dérogation aux dispositions de l’article 3 ci-dessus, le Conseil des Ministres, sur proposition du Ministre de tutelle technique, pourvoit directement au poste de Directeur général des établissements publics de l’Etat, des sociétés d’Etat et des sociétés d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat.»

Une grosse reculade qui a ouvert la porte à toutes les dérives de la mauvaise gouvernance. La Transition en avait déjà profité pour opérer des nominations de complaisance. Aujourd’hui, plus que jamais, certains ministres en abusent.

Pourtant, il s’agit bien d’une dérogation, une procédure qu’on enclenche en cas de force majeure! Par exemple, si un DG a commis une faute lourde et est révoqué et en attendant de recruter un autre, le ministre peut pourvoir au poste. Ce n’est pas la règle générale!

Dans le même gouvernement Thiéba, trois ministères vont opérer des changements à travers trois procédures différentes. Le ministère de la Santé a fait fi de ce texte pour nommer de nombreux directeurs généraux. Le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement a lancé la procédure de recrutement du DG de l’INSD en confiant la tâche à un cabinet privé, ignorant royalement le comité interministériel. Il n’y a que le ministère de la Communication qui s’est conformé au texte, en recourant à l’appel à candidatures pour les directions générales de Sidwaya et de la RTB.

Pourquoi, dans un même gouvernement, les procédures peuvent différer? Méconnait-on les textes ou les interprète-t-on à son profit? Un DG nommé et un DG recruté n’ont pas les mêmes motivations. L’un est couvert par son mentor et l’autre l’est par ses résultats. Ça ne veut nullement dire non plus que tous les DG nommés sont des incapables. Non. Souffrez de reconnaître que le jeune DG sortant de Sidwaya, même nommé, a produit de bons résultats. C’est simplement pour dire que celui qui a été nommé est inféodé nécessairement à son ‘’patron’’. C’est une marionnette qui ne peut pas refuser un retour d’ascenseur à travers des libéralités qui auront absolument des répercussions sur les performances de l’établissement. «Donne un marché à Untel, il y a les funérailles de mon oncle ce week-end, embauche-moi cette nièce» etc. on connaît!

Alors que celui qui a été recruté à un contrat d’objectif à atteindre, donc il n’a pas de comptes à rendre à un ministre. Il rend compte de sa gestion devant le Conseil d’administration qui le reconduit ou le révoque en cas de non atteinte des objectifs.

Si le gouvernement veut rejeter cette procédure transparente de recrutement de DG, qu’il le fasse une bonne fois pour toute! Mais le texte ne peut pas exister et chaque ministre procède comme il l’entend. Ces nominations népotistes, ethnicistes, régionalistes et consorts vont alimenter les branches de l’incivisme, les frustrations, la démotivation et les contestations paralysantes de l’administration. L’autorité de l’Etat ne peut pas être rétablie si les premiers responsables de l’administration publique ne donnent pas eux-mêmes l’exemple. L’incivisme a aussi ses racines dans le non-respect des textes par ceux censés les appliquer. Il y a dix ans, Tertius voyait déjà plus loin que Thiéba dans ce domaine aujourd’hui!

Lougouvinzourim

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