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Les yeux fermés, nous ne gagnerons aucune bataille!

«Quand les Blancs sont arrivés chez nous, ils avaient la Bible et nous, nous avions la terre. Ils nous ont appris à prier leur Dieu les yeux fermés. Et quand nous avons ouvert les yeux, les Blancs avaient la terre et nous, nous avions la Bible». Ainsi parlait La lance enflammée (Jomo Kenyatta) pour symboliser la naïveté des Africains face à la ruse des colonisateurs et autres immigrés blancs.

Plus de 50 ans après les indépendances, nous ne pouvons plus continuer à nous dérober de nos responsabilités en accusant les autres d’être responsables de notre mal-être ou de notre sous-développement.

Notre drame n’est pas d’avoir jusque-là fermé les yeux, mais de refuser aujourd’hui de les ouvrir

Aujourd’hui, c’est bien nous qui nous trompons nous-mêmes. Prenons l’exemple du Burkina Faso et de ses hommes intègres. Pendant 27 ans, nous avions fermé les yeux sur la mal gouvernance et ses adjuvants. En 2014, quand nous les avons ouverts, la prise de conscience des changements était inéluctable. Nous avons dû passer par une insurrection populaire pour récréer l’espoir d’un Burkina juste et équitable. C’est dire que quand un homme ferme ses yeux, il trouve toujours des changements dès qu’il les rouvre.

Pourtant aujourd’hui, même en l’absence des Blancs, nous continuons de fermer nos yeux sur des faits graves qui annihilent nos efforts de développement. En effet, nous continuons au Faso de fermer les yeux sur l’incivisme, devenu l’un des cancers burkinabè. Une plaie béante, profonde et nauséabonde qui s’infecte tous les jours. Tous, nous attendons que l’Etat réinstaure tout seul son autorité. Pendant ce temps, les parents ferment les yeux sur leur manque d’autorité. Ils n’arrivent pas à fixer des repères ou des limites à leurs enfants. Ils ont démissionné de leur rôle, oubliant le lien étroit qui existe entre délinquance juvénile et laxisme parental. La preuve, du fait du déficit de l’éducation familiale, dans nos établissements scolaires, l’insulte ou même l’agression des enseignants est en passe de se banaliser. Nos enfants se battent à l’université, s’attaquent à des symboles nationaux, barrent la route à des soldats de la République montant au front pour nous protéger, etc.

Combien de temps encore cette situation d’incivisme et de fuite de responsabilité de part et d’autre va-t-elle durer? Combien de temps encore nous allons fermer les yeux sur ce fléau aussi dangereux et nuisible pour nos sociétés que le terrorisme qu’il nourrit du reste?

D’autre part, tel le cancer, la corruption est un fléau pour notre pays pauvre et endetté. Elle compromet dangereusement l’avenir même de notre nation en entravant les objectifs liés au développement durable.

Malgré les discours, toutes les bonnes résolutions, toutes les promesses, le mal résiste, progresse, anéantit les espérances. Il est de plus en plus dévastateur. Il empoisonne notre société, déséquilibre nos économies, fragilise nos entreprises, détruit les esprits et met en péril tous les efforts engagés pour sortir le Burkina Faso du marasme et de la chienlit. Pourtant, sur cette maladie devenue incurable, nous fermons également les yeux.

Il en est de même de l’injustice sous toutes ses formes. La plus récente se nomme cyniquement fonds commun. Alors qu’il s’agit plutôt de fonds égoïste.

Allons-nous longtemps fermer les yeux sur ces faits contraires à nos valeurs? Refuser de les ouvrir, c’est délibérément accepter de nous tromper sur toute la ligne. Car c’est bien les yeux fermés que nous nous abonnons chaque jour à nos propres souffrances. C’est bien les yeux fermés que nous n’arrivons pas à émerger!

Nous ne parlons plus de nos colonisateurs, alors responsables de tous nos malheurs. Nous parlons de vous, de chacun de nous.

Il est temps d’ouvrir les yeux et d’assumer nos responsabilités dans le consensus et le dialogue. Nous devons surtout comprendre et accepter qu’aucune bataille ne saurait se gagner les yeux fermés. D’ailleurs, notre drame n’est pas d’avoir jusque-là fermé les yeux, mais de refuser aujourd’hui de les ouvrir.

Théophile MONE

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