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La peine de mort, pour dissuader les barbares et les fous?

La vie humaine est sacrée et inviolable. Dans ce sens, la peine de mort pose problème parce qu’il est pénible et douloureux d’argumenter sur un sujet lorsque des personnes humaines ont perdu la vie, par la faute d’un coupable, et que leurs parents, amis et connaissances réclament le châtiment suprême du coupable.

Il est des crimes odieux, inhumains qui choquent, dégoûtent, indignent, révoltent ou mutinent la conscience même des plus sereins. Il est des crimes dont on pense qu’ils ne peuvent être lavés autrement que dans l’élimination physique du coupable. «Courte queue se paie avec courte queue». «Œil pour œil, dent pour dent». «Qui tue par l’épée périt par l’épée». Oui, il y a mille et une raisons de réclamer la guillotine, la chaise électrique ou la potence pour les violeurs, les assassins d’enfants et les fous terroristes qui tuent gratuitement des innocents.

La peine de mort est en fait expiatoire, elle ne guérit pas vraiment le mal dont souffrent les survivants des victimes.
La peine de mort est en fait expiatoire, elle ne guérit pas vraiment le mal dont souffrent les survivants des victimes.

La peine de mort a sans conteste ensanglanté l’histoire universelle d’effroyables hécatombes. Elle fut la peine par excellence dans le monde oriental, grec et romain dans l’antiquité. Elle dominera les institutions ecclésiales et laïques du Moyen âge et c’est à son ombre que se forgèrent les Etats européens puis, à partir des années 60, les Etats africains dont le mimétisme servile des métropoles était des plus prononcé. Aujourd’hui encore, la mort-châtiment revêt, en Afrique particulièrement un caractère  exceptionnel, à l’image des Etats africains eux-mêmes.

Au Burkina Faso, la peine de mort a été effective dans deux procès qui ont marqué aussi l’opinion publique. Le premier procès est celui des coupeurs de tête, intervenu en fin 1977. Il s’est déroulé devant la Cour d’assise de Bobo-Dioulasso. Le deuxième concerne un jeune homme qui a tranché la tête de son ami en état d’ébriété au cimetière de Bobo. Dans ces deux procès, la défense a joué son rôle. Maître Frédéric Titinga Pacéré, a été l’un des défenseurs des accusés. La Cour d’assise de Bobo a reconnu les accusés coupables. Ce fut l’un des rares cas où on a assisté à une exécution par fusillade.

En Afrique on retiendra la sentence capitale prononcée contre Moussa Traoré ancien président de la République malienne et ses trois principaux complices. Le cas de Moussa Traoré rappelle tristement le procès de Jean Betel Bokassa, empereur de Centrafrique. Sa condamnation à mort prononcée le 12 juin 1987 avait été commuée le 29 février 1988 en détention à perpétuité. Ce qui n’avait pas inspiré Moussa Traoré et ses acolytes. Sous l’angle dissuasif surtout.

La peine de mort devrait dissuader en principe les acteurs des crimes crapuleux. Elle voudrait signifier que fini le temps où, selon que vous étiez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendraient blanc ou noir. Elle voudrait éviter que dans nos sociétés corrompues, les richesses les des uns et le sang des autres ne pèsent pas assez lourds dans la balance de justice. La peine de mort invite chacun à bannir le temps où l’on pouvait s’imbiber d’une impunité toute puissante. Elle signifie qu’en vouant le peuple aux gémonies, chaque gouvernant devra s’attendre désormais à répondre de ses forfaits devant la justice et devant l’histoire.

Le problème, le vrai, c’est que la peine de mort est en fait expiatoire, elle ne guérit pas vraiment le mal dont souffrent les survivants des victimes. Elle n’a jamais pu redonner vie aux victimes pour lesquelles la peine de mort a été prononcée. Il est évident que la peine capitale exclut le criminel de la société de façon définitive. Mais est-on en droit d’user d’un tel moyen si le même but peut être atteint par d’autres peines, telles les peines privatives de liberté? L’idéale serait de punir et de sévir sans donner la mort.

Il vaudrait mieux éduquer et enseigner les valeurs de la vie et non les actes de mort. Car la peine de mort est la négation même du droit humain le plus fondamental, celui de vivre, tel qu’énoncé dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme. Il n’a jamais été prouvé que la peine de mort est plus dissuasive que d’autres formes de châtiments. Le meilleur moyen d’agir préventivement contre le crime, crimes violents inclus, n’est pas l’imposition de peines plus sévères mais la garantie que tout crime sera puni. Il est possible de tenir les délinquants les plus dangereux à l’écart de la société sans les exécuter.

La peine de mort étant elle-même un acte barbare, finalement, ce qui fait la grandeur de l’homme, sa force, ce qui l’élève au-dessus de sa condition de bête, c’est le respect de la vie.

Théophile MONE

 

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