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Thomas Sankara: message d’outre-tombe

Depuis un certain temps, des membres d’Organisations de la société civile burkinabè, des universitaires et des anciens présidents fidèles amis de Thomas Sankara comme Jerry John Rawlings, ancien président du Ghana, s’affairent à honorer et à perpétuer la mémoire de Thomas Sankara. Que n’a-t-on pas dit de ce président, révolutionnaire burkinabè?  Tout ou presque. Mais comme une belle bâtisse est faite de pierre sur pierre ou banco sur banco,  nous apportons nous aussi, notre pierre, à la construction de l’édifice (mémorial). L’objectif étant de contribuer à bâtir un nouveau Burkina à partir des valeurs dont notre histoire regorge. Bilan critique de la gestion de Thom’ Sank. Ce qui reste collé à sa peau et qui peut nous servir de leçons.

Feu le capitaine Thomas Sankara
Feu le capitaine Thomas Sankara

Onze jours exactement avant son meurtre, Thomas Sankara avait accordé sa dernière interview à une journaliste allemande, Inga Nagel. Avec une certaine prémonition il lui avait dit: «Un jour, peut-être, quelqu’un va sortir de la foule et tirer sur le président. Et puis voilà, il est mort. Ça peut arriver».

Mais entêté dans sa confiance aux hommes- si ce n’est dans sa méconnaissance de la nature humaine- il niait toujours les dissensions entre ses camarades et lui. Toujours enthousiaste (ce qui manque à certains hommes politiques d’aujourd’hui, toujours la mine serrée), il persistait à toujours s’identifier au peuple. Mais réaliste, il reconnaissait avoir eu deux ou trois petites victoires  et mille erreurs. Il était difficile pour lui de faire un bilan objectif d’une gestion dont il était lui-même acteur! Mais on retient de lui un homme qui a transformé le Burkina, surtout les mentalités, et qui a aussi commis des erreurs regrettables.

Des écoles, il en a construit plus que ses prédécesseurs en quatre ans. Le taux de scolarisation, il l’aurait multiplié par 2: de 12% à plus de 23%. Près de 600 classes auraient été construites par an à partir de 1983.

Au niveau du secteur de la santé, des campagnes de vaccination commando ont été organisés en 1985 avec l’aide de l’UNICEF, contre les maladies tueuses d’enfants mais évitables par l’immunisation. Il avait construit un poste de santé primaire par village et conscientiser les populations pour leur entretien. Et les gens en avaient pris l’habitude parce que le développement participatif était une réalité. Le peuple travaillait plus qu’il ne parlait.

Le révolutionnaire avait révolutionné les infrastructures routières. Il s’avait que «le développement du pays passait par le développement des routes». Il a ainsi construit des routes, des logements en ville et en campagne.

Dans le domaine de l’habitat et de l’urbanisme, le pays atteint un niveau sans précédent. Dès le mois de janvier 1984, le Burkina procède au lotissement des villes et des grandes agglomérations rurales. Le 04 août 1985, une ordonnance fait de l’Etat le propriétaire exclusif des terres du Faso. C’est la nationalisation des sols. La gestion des terres appartenant désormais à l’Etat, tout Burkinabè âgé de 18 ans au moins avait le droit de posséder d’une parcelle moyennant le paiement d’une taxe de jouissance.

Il a fait des barrages de petites retenues d’eau et des forages pour que le peuple ait de l’eau potable. Dans ce domaine là, il a réduit les distances.

Dans les pays de la CEDAO, le Burkina Faso était l’un des pays le plus stable sur le plan économique et cela sans aucun centime du FMI, sans aucun emprunt.

Soucieux de l’épanouissement physique des citoyens, le Conseil national de la révolution (CNR) avait imposé le sport de masse au niveau de tous les services.

Des erreurs, il en a commis. Le président Thomas était impatient et intolérants.

Des instituteurs avaient été licenciés pour fait de grève. Des magistrats avaient été mis en retraite anticipée pour avoir refusé de mettre en œuvre la politique de la révolution. Les dossiers des dégagés sont ouverts et examinés.

Le président Sankara a créé  à la va-comme-je-te pousse les Comités de défenses de la révolution (CDR) dirigés par des laissés-pour compte de la société. Ils font faire régner la terreur. Ils n’ont pas toujours été impartiaux et vont abuser de leur pouvoir par des sanctions arbitraires guidées parfois par la vengeance.

Le 19 octobre 1983, les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) sont créés pour instruire et juger en public, séance tenante et sans avocat. Les tribunaux de droit coutumier sont dissous au profit des tribunaux populaires de réconciliation (TPC) dans les secteurs et villages.

Comme on le voit bien, Sankara n’a pas l’unanimité et il a, comme tout être humain, commis des erreurs.

Mais la plus grande des victoires, c’est la transformation des esprits. Le Burkinabè avait confiance en lui-même. Il sentait qu’il pouvait transformer la réalité, son milieu.

Théophile MONE

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