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Côte d’Ivoire: le président Alassane dispose-t-il encore d’une marge de manœuvre?

En Côte d’Ivoire, l’atmosphère est lourde ces derniers jours. Raison: tous les corps habillés (militaires et gendarmes) veulent être traités au même pied d’égalité que les 8500 mutins actuellement bénéficiaires de primes estimées à 12 millions de F CFA chacun. L’acceptation de la requête de certains soldats révoltés le week-end dernier à Bouaké, passe d’un goût amer chez d’autres qui revendiquent à leur tour. Tous estiment avoir participé à la guerre (dix années d’instabilité), donc, s’il doit y avoir une prime, elle doit être pour tout le monde.

Outre cette situation, les finances ne sont pas au mieux avec des tensions à la baisse sur le prix du cacao dont le pays est le premier producteur mondial. Sans oublier que les fonctionnaires ont reconduit mardi leur grève commencée le 9 janvier. Alors entre des soldats révoltés, des fonctionnaires en grève revendiquant des meilleures conditions de vie ou encore des élèves et étudiants refusant le chemin de l’école, à quoi doit-on s’attendre à présent? Quelle marge de manœuvre pour le président Ouattara?

Le président Ouattara pensif
Le président Ouattara pensif

C’était facile à prévoir. Un nouveau soulèvement militaire, parti de Yamoussoukro secoue la Côte d’Ivoire depuis le mardi 17 janvier, quand le gouvernement ivoirien a procédé au règlement d’une partie des primes réclamées, la semaine dernière, par des mutins issus des forces armées.

Les nouveaux mutins tenaient à exprimer leur mécontentement de n’avoir pas été pris en compte dans le paiement des primes octroyées récemment à leurs frères d’armes.

En effet, à la suite de la mutinerie des 6 et 7 janvier qui a secoué Bouaké et plusieurs casernes du pays, le gouvernement a mobilisé plusieurs milliards de F CFA pour payer des primes estimées à 12 millions de F CFA par mutin. Un chiffre de 8 500 bénéficiaires a été évoqué sur un effectif total de 12 000 éléments concernant ceux qui ont rejoint la rébellion en 2002.

Mais comme les contingents de 2006, 2007 et 2008 ne l’ont pas été, ils ont tout de suite vu la solution. Hier, ils ont manifesté avec le soutien des gendarmes frustrés. Il y a eu deux morts parmi les nouveaux mutins. Ce qui risque d’exacerber les antagonismes.

A Bouaké, épicentre de la mutinerie du début du mois, les soldats ayant obtenu les primes ont même encerclé le camp de gendarmerie pour empêcher les gendarmes de protester et ainsi continuer à encaisser leurs primes dans les banques.

Au regard de ces turbulences orchestrées au quotidien par les soldats, il revient d’observer que les résultats de la négociation n’ont guerre rapproché d’une solution mais bien au contraire ont accentué la crise.

La Côte d’ivoire est donc plongée dans une grave crise militaro-militaire qui la secoue en ce moment et qui prend de plus en plus des proportions très inquiétantes. A cela s’ajoute la grève des fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire dont des solutions sont loin d’être envisageables en ce moment puisque depuis l’annonce de la grève, la semaine dernière, à la même période que la mutinerie, le gouvernement ivoirien fait la sourde oreille aux revendications de ces fonctionnaires. La marge de manœuvre du président Ouattara s’avère donc faible face aux revendications tous azimuts et il n’est pas exagéré de parler de «bourbier» ivoirien. Peut-être qu’une urgente et courageuse réforme de l’Armée serait la solution. Mais pour l’instant, il faut calmer les appétits et faire baisser la tension.

Théophile MONE

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