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Si nous nous taisons, ce sont les syndicats qui vont liquider ce pays

Dans la matinée du lundi 24 avril 2017, je vais du côté du palais de Justice; route barrée et alentours fortement gardés et surveillés par les forces de sécurité; j’aperçois au loin des gens assis devant le palais à même le goudron. Pressé, je ne prends pas le soin de me renseigner sur la nature du mouvement. J’ai simplement pu conclure, au regard du mode de manifestation, qu’il doit s’agir d’un sit-in. Je continue mon chemin.

Des affiliés du Syndicat autonome des travailleurs de l'information et de la Communication (SYNATIC) en grève (image d'illustration)
Des syndiqués du Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la Communication en grève (image d’illustration)

Au niveau du Trésor, des gens sont également assis devant ce «trésor» au sens propre comme au figuré. Là, quelqu’un m’informe qu’il s’agit bel et bien d’un sit-in. Je n’ai pas le temps de bien me renseigner sur les mobiles de la manifestation que mon interlocuteur, à pas pressés, rejoignait ses camarades manifestants.

Last but not least. J’arrive au ministère des Infrastructures pour un rendez-vous que j’avais pris depuis une semaine avec une connaissance, agent de ce ministère. Là-bas, je ne fus pas surpris car, lorsque le matin, j’ai appelé l’ami en question pour savoir si le rendez-vous tenait, il m’avait prévenu que le syndicat du ministère organisait un sit-in ce lundi matin et qu’il n’était pas certain de pouvoir me recevoir du fait qu’il occupe une petite responsabilité. Néanmoins sur mon insistance, il a maintenu le rendez-vous.

Devant le ministère, une poignée de manifestants (entre 20 et 30) seulement. Lorsque nous avons fini l’objet pour lequel j’ai sollicité le rendez-vous, nous avons discuté longuement de ce sit-in du SYTTPBHA (Syndicat des travailleurs des Travaux publics, du Bâtiment, de l’Hydraulique et Assimilés).

Mon ami s’est demandé ce que le syndicat voulait en fin de compte car il lui est revenu qu’une rencontre de concertation entre le ministre des Infrastructures et les responsables du syndicat s’est déroulée le 22 avril en fin de soirée pour discuter des principaux points de la plateforme revendicative du syndicat et qu’à ce qu’il sache les trois principaux points auxquels tenaient les représentants du syndicat ont tous été satisfaits et fait l’objet d’un procès-verbal signé par les uns et les autres. Il me cite les points:

1) échange sur l’arrêté portant création, attribution, composition et fonctionnement du panier commun, des frais d’homologue au sein du ministère

2) la question de la dotation en carburant et

3) la question des marchés publics.

Le ministre, selon mon ami, a cédé à toutes les exigences du syndicat et de ce fait les premiers responsables du ministère ne pensaient plus à un mouvement d’humeur. Il avait l’air déçu. Et comme je ne cessais de sourire largement par moments lors de son récit, il fut encore plus frustré, pensant que je me moquais de lui et que je prenais le parti du syndicat.

C’est lorsque je me suis mis à lui expliquer ce que je savais du syndicalisme au Burkina qu’il a paru détendu et qu’il a dressé l’oreille pour bien écouter avec intérêt mon commentaire.

Pour l’essentiel, je lui ai fait comprendre que tous les syndicats ne manifestent pas uniquement pour leur plateforme et que d’autres le font à des fins politiques et illicites. L’objectif premier étant de créer des difficultés pour servir des causes inavouées et inavouables. De toute façon, mon ami pouvait se réjouir de la très faible participation des agents du ministère à ce sit-in-là.

Pourquoi je me suis décidé à écrire? J’ai pris prétexte des manifestations du lundi pour lancer un cri de cœur. Notre pays, depuis la période post-insurrectionnelle, ne vit que de grèves, de sit-in, de marches et que-sais-je encore.

Il nous faut collectivement prendre conscience du danger que les syndicats font peser sur ce pays. Trop, c’est trop!

L’Etat burkinabè n’est pas là que pour les fonctionnaires et les syndicats, surtout que certains ne sont pas en odeur de sainteté en ce qui concerne les affaires. On trouve en effet des syndicalistes (ne craignons pas de le dire) qui sont aussi des commerçants et des affairistes corrompus jusqu’à la moelle. Ils ont trouvé dans le syndicat un fonds de commerce intarissable, se livrant à un chantage éhonté et débordant. Si nous nous taisons, ce sont les syndicats qui vont liquider ce pays.

Et les paysans, lorsque l’Etat n’arrive pas à donner à tous de l’engrais à des tarifs sociaux, doivent-ils aller en grève et refuser de cultiver? Et les commerçants qui s’efforcent de payer l’impôt pour que les salaires des fonctionnaires soient à leur tour payés, que font-ils lorsque leurs affaires périclitent?

Si nous regardons tous faire parce que nous pensons que les syndicats sont des sacro-saints, nous risquons un jour de connaître tous un réveil douloureux. Pendant ce temps, certains responsables syndicaux, véritables magnats de l’ombre et seigneurs financiers insoupçonnés, se la couleront douce sur le dos du pauvre peuple.

Evidemment que tous les syndicats ne sont pas pourris mais en leur sein il y a beaucoup d’ivraie qui demande à être extirpée pour permettre un développement conséquent de notre cher Faso.

Jacob Taryam Kaboré

4 commentaires

  1. Validé!
    Il faut que l’Etat ait le courage de siffler la fin de la recréation!

  2. Mon ami, tu n’as rien dit. Je pensais que tu nous amenais définitivement une proposition pour liquider définitivement le syndicalisme au Burkina comme le fait Erdogan avec ses opposants en Turquie. Au contraire, tu t’es contenté de râler et d’accuser sans aucune preuve. Tu as perdu ton temps et le mien.N’écris plus s’il te plait.Tais-toi!

  3. Juste une confirmation.
    1 est ce vrai que l’etat donne de l’argent chaque année aux syndicats?
    2 est ce vrai que la CNSS donne chaque année de l’argent a l’UAS?
    Combien l’UAS a recu pour organiser le 1er mai 2017?
    Combien les different SG ont recu pour se rendre a Génève en juin 2017?

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