Accueil » Logtoré » Accidents vasculaires cérébraux : première cause de handicap physique acquis

Accidents vasculaires cérébraux : première cause de handicap physique acquis

Au plan mondial, le nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) est estimé à plus de 16 millions de personnes avec plus de 6 millions de décès par année. Définies comme une obstruction ou une rupture d’un vaisseau sanguin dans le cerveau, les AVC constituent la première cause de handicap physique acquis. Tout savoir sur cette maladie qui touche aussi bien les hommes, les femmes que les enfants avec notre spécialiste des maladies cardiovasculaires, Dr Jacob Sawadogo, médecin cardiologue et chef de service cardiologie à l’hôpital Schiphra.

Les Echos du Faso ( LEF): Quelles sont les différents types d’AVC ?

Dr Jacob Sawadogo (Dr JS) : Il y a deux types d’AVC :

  • Les AVC ischémiques: quand un vaisseau est bouché au niveau du cerveau,
  • Les AVC hémorragiques: il s’agit d’un cas de saignement dans le cerveau ou les méninges.

LEF : Quelles peuvent être les causes des AVC ?

Dr JS : Dans la plupart des AVC, on retrouve à peu près tous les éléments appelés facteurs de risques cardio-vasculaires. Il y a deux groupes de facteurs de risques :

  • Les facteurs de risques modifiables: l’hypertension artérielle (HTA), le diabète, les troubles du métabolisme des graisses (dyslipidémies), le tabagisme, l’alcoolisme excessif, les oeustroprogestatifs qui augmentent le risque d’un AVC quand elles sont combinées au tabagisme, la sédentarité, le stress etc
  • Les facteurs de risques non modifiables: les antécédents familiaux, L’âge le sexe masculin,

Causes :

  • Dans l’AVC ischémique,
    • on peut avoir une rupture de plaques d’athérome (athérosclérose). Il s’agit des couches de graisse qui se déposent dans la lumière des vaisseaux et qui réduisent le calibre de l’artère qui peut se rompre. Quand ça se rompt, ça va progresser et aller boucher un vaisseau,
    • La fibrillation atriale (trouble du rythme cardiaque)
    • Certaines valvulopathies (maladies des valves du cœur)
    • Dissection d’une artère carotidienne et vertébrale)
  • Dans l’AVC hémorragique, il s’agit d’une rupture de vaisseaux. Très souvent, c’est un anévrisme (malformation) du vaisseau qui peut se rompre et entrainer le saignement.
  • L’hypertension Artérielle est souvent associée à L’AVC ischémique tout comme hémorragique.

LEF: Quels sont les AVC les plus fréquents et les plus graves ?

Dr JS : L’AVC ischémique est de loin la forme la plus fréquente. On le retrouve à peu près dans 80% des cas et près de 20% dans l’AVC hémorragique, soit environ 15% d’hémorragie cérébrale et 5% d’hémorragie méningée.

Pour la forme la plus grave, il faut savoir que toute AVC est potentiellement grave, ischémique comme hémorragique. Mais d’une manière générale, dans l’évolution des malades qui ont été victimes d’AVC, l’AVC hémorragique est plus mortel que celui ischémique. Quand on regarde les statistiques, on voit que dans l’année qui suit la survenue d’un AVC, près de 50% des patients décèdent alors que dans l’AVC ischémique c’est autour de 30%. Cela veut dire que l’AVC hémorragique est moins fréquent, mais plus fatale.

LEF  : Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Dr JS : Les AVC ischémiques sont le plus souvent précédés d’une forme d’AVC appelée AIT (Accident ischémique transitoire) parce que les signes vont apparaître et disparaître au bout de quelques heures ou de quelques minutes.

Nous devons faire attention à ces signes :

  • Quand la personne se trouve paralysée de moitié, ou bien a un membre paralysé, ou la bouche déviée, ou encore un œil qui brutalement ne voit plus,
  • Quand la personne perd l’usage du langage ou le langage est devenu difficile et la personne a du mal à articuler,
  • Quand la personne a brutalement mal à la tête, ou a un membre qui devient lourd comme un engourdissement. C’est très souvent considéré comme un petit malaise parce que ça passe rapidement, puis la personne peut récupérer complètement et si on l’examine après l’épisode, c’est comme si la personne n’a rien eu. Ce sont les symptômes qui doivent alerter parce que ça peut être l’AIT et il annonce l’arrivée d’un AVC ischémique.

LEF: Quelles peuvent être les complications ?

Dr JS : Elles vont dépendre de la gravité de l’AVC : une paralysie, la perte de l’usage de la parole,. Au-delà de tout cela, certains AVC vont entrainer le décès.

Il y a des complications liées au fait que le malade devient grabataire.

  • Les escarres: quelqu’un qui devient grabataire ne peut plus bouger de lui-même, à force de rester dans la même position, à la longue il y a des plaies qui vont survenir et qui peuvent s’infecter. Cela peut être la porte d’entrée de beaucoup d’autres problèmes,
  • Au plan général, la complication va affecter l’individu, sa famille, sa communauté et la nation entière.

LEF : Quels sont les traitements proposés ?

Dr JS : Il y a beaucoup d’avancée thérapeutique en ce qui concerne l’AVC ischémique. Mais pour l’AVC hémorragique, il n’y a pas eu grand succès par rapport à la prise en charge, quoi que dans notre propre expérience, nous avons eu des cas d’AVC hémorragique qui ont eu une récupération complète à 100%. Mais de manière générale, il y a un traitement pour l’AVC ischémique qui permet de guérir complètement de l’AVC, mais malheureusement ce traitement n’est pas disponible au Burkina. Il s’agit :

De la thrombolyse qui permet de mettre un traitement en route par voie veineuse pour aller casser le caillot qui a bouché le vaisseau. Mais attention, il y a des délais à respecter. Ce traitement est possible que si le diagnostic a été fait au maximum 4h et démi qui suivent l’installation de l’AVC et que toutes les contre-indications ont été éliminées. Ce traitement est possible dans les pays qui ont ces moyens. Mais même dans ces pays, c’est à peu près 10% des AVC ischémiques qui sont éligibles à ce traitement à cause de certaines contre-indications, mais aussi du délai.

Il y a le traitement interventionnel qui permet d’aller aspirer le caillot. Il permet de guérir complètement, mais là aussi c’est un délai de 6h qui suit l’installation de l’AVC. Au-delà de ce délai, la pratique n’est pas validée.

D’une manière générale il faut retenir qu’il y a un traitement qui  permet de guérir de l’AVC ischémique, mais dans l’AVC hémorragique le traitement reste essentiellement un traitement des facteurs de risques et/ou de la cause

LEF : Comment prévenir les AVC ?

Dr JS : Il faut :

Prendre en charge toutes les situations à risque pour que l’AVC ne survienne pas : traiter son HTA, son diabète, réduire la consommation d’alcool, pratiquer une activité physique régulière, favoriser la consommation des fruits et légumes

Lorsqu’on a une situation d’AIT, il faut tout de suite consulter pour qu’on puisse rechercher tous les facteurs favorisants et mettre en route un traitement de prévention. Les études ont montré que quand quelqu’un fait un AIT, il a 5 % de chance de faire un AVC constitué dans les 48h qui suivent et dans le mois qui suit ça atteint les 10%.

LEF : Quels conseils avez-vous à donner aux populations ?

Dr JS : Il  faut consulter immédiatement dès qu’on a les symptômes dont on a fait cas. Même si ça se fait à 2h du matin, il faut consulter immédiatement parce que plus vite vous consultez, plus on a de chance de limiter les dégâts, sinon pouvoir éviter la survenue de l’AVC. Pour faire le diagnostic il faut faire un scanner et aller quelque fois à l’IRM pour pouvoir poser le diagnostic. Alors que tant que l’on n’a pas fait la part des choses, c’est difficile d’engager un traitement quelconque parce que le traitement de l’un peut aggraver l’autre. Il faut que le diagnostic soit posé de manière formelle avant qu’on ne commencer le traitement, d’où le caractère urgent de cette prise en charge. Aujourd’hui même si on avait le plateau technique pour prendre en charge les AVC ischémiques dont on a parlé, les délais de 4 et 6h seront difficiles à respecter. Quelqu’un qui fait son AVC là où il n’y a pas de scanner, le temps qu’il arrive là où il y a le scanner, il sera déjà largement au-delà de ce délai et ne pourra pas être prise en charge. Donc prévention, prévention et prévention.

Fadhel Sawadogo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.