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Biden à la Maison Blanche : un engagement plus ferme contre le terrorisme au Sahel ?

Qu’est-ce que le 46ème Président des États-Unis peut apporter concrètement dans la lutte contre le terrorisme au Sahel ? L’élection de Joe Biden suscite en tous les cas de nombreux espoirs.  Il est maintenant attendu au pied du mur même si la sécurité des pays du Sahel est d’abord de leur propre ressort.Lors de sa campagne de 2016, l’ex président américain Donald Trump s’était engagé à mettre un terme aux opérations extérieures africaines, qu’il juge trop coûteuses pour l’Amérique. A titre illustratif, les USA, c’est une présence militaire de près de trente ans en Somalie, dont quatorze ans de traque des shebabs. Plus d’une quinzaine d’années de soutien au Nigeria et à ses voisins dans la lutte contre Boko Haram. Plus de vingt ans de présence aussi dans les pays du Sahel, pour les aider à combattre les nombreux groupes djihadistes qui sévissent dans la région. Pour Donald Trump, ces théâtres sur lesquels l’armée américaine est engagée en Afrique depuis parfois plusieurs décennies font partie de ce qu’il appelle «the endless wars», soit «les guerres sans fin», aux côtés de l’Afghanistan ou de l’Irak.  Au Sahel, l’armée américaine dispose d’une force de près de 1300 militaires, une part non négligeable de ses 6000 effectifs répartis à travers le continent africain. À la différence de l’Afghanistan ou de l’Irak, où une partie de la population réclame le départ des États-Unis, au  Sahel en proie à l’insécurité, l’US Army est vivement sollicitée, non seulement par les acteurs locaux mais aussi par la communauté internationale. Seulement voilà: la région n’intéressait guère Donald Trump qui avait envisagé de réduire drastiquement le nombre de soldats américains présents en Afrique de l’Ouest, voire d’opérer un retrait pur et simple.  Biden devra reconsidérer de fond en comble cette position pour  accompagner les États Africains et la communauté internationale à venir à bout du terrorisme au Sahel. Même si Trump a montré peu d’intérêt pour l’Afrique, les États-Unis devraient pouvoir retrouver rapidement leur influence sur le continent. Les États-Unis ont un réseau diplomatique dense avec environ 50 ambassades sur le continent et une forte présence sur  plus de 34 sites. Avec cela, le potentiel d’attractivité des États-Unis demeure, et l’Afrique pourrait retrouver son importance sous l’administration de Biden, sans toutefois devenir un théâtre stratégique prioritaire. Sous l’administration Trump, l’Afrique était un angle mort. Alors que Trump menaçait de réduire  ou d’arrêter le financement de la lutte contre le terrorisme en Afrique et de retirer les drones stationnés au Niger, on peut espérer que Biden ne le ferait pas et améliorerait les relations. L’administration Biden offre l’opportunité d’un redémarrage significatif et d’une politique plus réaliste et transparente à l’égard de l’Afrique, dans laquelle les alliés régionaux seront à nouveau considérés comme des partenaires importants. L’Afrique ne peut être abandonnée à son triste sort. La menace  est diffuse et permanente. Si les foyers incandescents ne sont pas éteints au Sahel, ni l’Europe ni les USA ne pourront dormir sur leurs lauriers. La lutte acharnée contre le terrorisme au Sahel relève donc de la realpolitik et de la solidarité inter-Etats. Sans vouloir jouer au gendarme de la région, Biden devrait donner un nouveau souffle à la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Enjeux de la présence militaire américaine en Afrique

Considérant, après le 11 septembre 2001, que leur propre sécurité était dépendante des succès contre le terrorisme sur le continent africain en général, et tout particulièrement dans le Maghreb-Sahel dont étaient originaires des combattants tués ou faits prisonniers en Afghanistan, les États-Unis ont cherché à renforcer les capacités des gouvernements de la région pour lutter contre les groupes terroristes. C’est à cette fin qu’est lancée en 2002 l’Initiative Pan-Sahel (Pan-Sahel Initiative – PSI), un programme doté d’un budget de 8 millions de dollars destiné à former et à équiper au moins une compagnie de 150 hommes dans chacun des quatre pays partenaires (Tchad, Mali, Mauritanie et Niger). Il est remplacé en 2005 par le Partenariat transsaharien contre le terrorisme (Trans-Saharan Counter Terrorism Partnership – TSCTP) qui inclut, outre les quatre pays sahéliens membres du PSI, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Nigeria, le Burkina Faso et le Sénégal. La Libye, alors invitée à rejoindre le programme, a décliné la proposition, préférant s’engager dans des projets impliquant seulement les pays de la région et estimant pouvoir combattre par ses moyens propres le terrorisme sur son sol. Le Commandement des forces américaines en Afrique (Africom), créé le 1er octobre 2007 et basé à Stuttgart en Allemagne – où se trouve le Commandement américain en Europe (EUCOM) dont il est une émanation –, mène en parallèle des actions de formation et fournit des équipements aux armées locales. Depuis la décolonisation, les militaires français sont présents en Afrique du Nord dans le cadre des accords de coopération, auxquels s’ajoutent, avec la montée du terrorisme et des prises d’otages, des déploiements additionnels. Des forces spéciales sont positionnées au Burkina Faso à la suite de l’enlèvement de sept employés d’Areva dont cinq Français, sur le site d’Arlit au Niger, en septembre 2010. Aux effectifs terrestres s’ajoutent des moyens aériens de reconnaissance : Mirage F1CR et avions de surveillance maritime. Pour les militaires français présents au Sahel, l’arrivée des Américains est peu appréciée. D’une part, Washington dispose de moyens bien plus importants que Paris, d’autre part, les soldats français reprochent aux Américains leur méconnaissance des mentalités et de l’organisation sociale locale. Paris et Washington n’ont pas  non plus les mêmes alliés en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Par exemple, les États-Unis coopèrent activement avec l’Algérie qui se montre, en revanche, réticente à travailler avec Paris du fait d’une méfiance nourrie par la mémoire de la colonisation et les questions migratoires.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant chercheur

Ouagadougou

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