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Décodage de la CODER

«Je n’ai de leçons politiques à apprendre de personne, l’ADF/RDA a pris ses responsabilités.» Tels ont été les mots prononcés par Gilbert Ouédraogo en 2014 et qui ont douché les espoirs de nombre de Burkinabè quant à un refus massif du non à la modification de l’article 37 à l’Assemblée nationale. Et, quoi qu’on dise, cette sortie aura été le tournant décisif pour tout ce qui a suivi, c’est-à-dire l’insurrection.

Ici le président de la CODER, maître Gilbert Noël Ouédraogo
Ici le président de la CODER, maître Gilbert Noël Ouédraogo

C’est pourquoi, quand, après la tempête et après avoir rasé les murs, Gilbert Ouédraogo, pour sa première action, a demandé, par le biais du Moro Naaba, le pardon des Burkinabè, beaucoup dû dire: «Voilà un gentleman. Il s’est trompé et il se rachète; alors, accordons-lui notre pardon».

Mais depuis un moment, depuis qu’il est à la tête de la CODER, on ne comprend plus Gilbert Ouédraogo. Il parle de réconciliation des Burkinabè et, à l’écouter, le pays est tellement divisé comme la RDC qu’il faut s’arrêter et colmater les brèches.

Où se trouve la grosse bagarre qui se mène entre Burkinabè, si ce n’est encore la CODER qui veut la provoquer? En allant voir Blaise Compaoré et venir rapporter qu’il a dit qu’il a pardonné?! Pardonné à qui et pourquoi? Qui a mandaté la CODER pour recevoir le pardon de Blaise Compaoré? Si «le Mossi musulman du Plateau central» a été fidèle dans son compte-rendu, Blaise Compaoré ne peut pas dire qu’il pardonne… d’avoir été chassé du pouvoir.

Ablassé a dû déformer la parole de Blaise qui leur a dit qu’il leur pardonne (à eux) de l’avoir trahi, de l’avoir poussé dans le gouffre. Eux qui ne lui ont pas dit que son projet de révision est suicidaire mais qui lui ont apporté le soutien de trop. Mais comme ils n’ont pas honte, ils vont et viennent pour lui extorquer de quoi vivre politiquement.

Ablassé Ouédraogo assurait la présidence du comité d’organisation des marches et meetings contre la modification de l’article 37. La dernière marche qui a chassé Blaise du pouvoir a eu lieu le 28 octobre 2014. Pour la préparer, le président du comité d’organisation, Ablassé Ouédraogo, a organisé une conférence de presse le 27 octobre 2017 pour appeler les Burkinabè à la mobilisation parce que «il n’est pas de doute que la stratégie et la volonté du pouvoir est d’éviter de donner la possibilité au peuple de choisir». Il faisait référence au projet de loi déposé à l’Assemblée nationale et dont la plénière devait l’adopter le 30 octobre 2014 pour donner la possibilité à Blaise Compaoré de briguer au moins 03 autres mandats. Ce jour, Ablassé Ouédraogo a fustigé l’attitude d’un parti comme l’ADF-RDA, en espérant que le 30 octobre, ses députés voteront contre la modification de l’article 37.

Revenons au Faso pour dire que notre réconciliation est en marche: il y a eu l’insurrection, la Transition, le coup d’Etat déjoué, puis les élections couplées présidentielles législatives, les municipales et très bientôt les municipales partiellement complémentaires. La vie politique se mène au quotidien. Pour preuve, le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, qui a été ostracisé par le pouvoir de Blaise Compaoré, trône sur la même table avec ceux qui lui ont rendu la vie dure avant l’insurrection.

Pour le moment, on n’a pas entendu que les anciens opposants et les nouveaux se boxent ou que les anciens ont refusé de partager la même table avec les anciens de la majorité sous Blaise lors d’une conférence de presse ou qu’une réunion du CFOP se soit terminée en queue de poisson. Ils s’entendent sur l’essentiel, c’est-à-dire s’opposer au pouvoir.

Les images qui nous viennent de l’Assemblée nationale ne montrent pas un hémicycle transformé en ring de boxe comme cela s’est produit ailleurs. La suite de cette réconciliation est le procès de l’insurrection qui débute ce 27 avril. Blaise Compaoré est cité à comparaître. Il a là l’occasion de venir s’expliquer.

Ablassé Ouédraogo, le porte-parole de la CODER
Ablassé Ouédraogo, le porte-parole de la CODER

Si ces faits ne démontrent pas que les Burkinabè ont tourné la page, cela y ressemble. D’où vient alors cette idée de vouloir mordicus un grand forum de réconciliation nationale avant même que justice soit rendue aux martyrs de l’insurrection et du coup d’Etat manqué? En un mot comme en mille, les anciens barons du régime Compaoré veulent un cadre pour poser le problème des biens détruits dans le feu de l’action insurrectionnelle. Et donc des dédommagements.

L’on est mémoratif que dans leurs premières déclarations, les uns et les autres ont mis l’accent sur les maisons brulées, les voitures caillassées. Aucun mot sur  les braves fils du pays qui ont perdu la vie pour avoir voulu plus de liberté, de démocratie, de justice.

En présentant ses excuses et en quémandant le pardon des populations, on pouvait penser que Gilbert Ouédraogo a fait sienne la sagesse qui dit «qui s’excuse s’accuse…» Mais voilà que contre toute attente, l’accusé d’hier se projette en grand réconciliateur.

C’est déjà fait, la réconciliation, sinon il fut un temps que lui, Gilbert Ouédraogo, ne circulait pas à Ouagadougou.

La vraie lutte à mener est celle contre la pauvreté, la morosité économique, le chômage… Toute autre chose ne serait que vouloir qu’on rembourse les biens perdus sous l’insurrection et là personne ne doit s’engager sur cette voie. Beaucoup ont profité de leur position d’alors pour accumuler les richesses qui ont été détruites. Ce sont les aléas de la politique…

O. H., A. T.

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