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Explosifs à bord de bus : Plus de fermeté pour éviter une hécatombe

L’affaire a défrayé la chronique en début septembre.  En l’espace d’une semaine, deux sacs d’explosifs ont été découverts  dans des compagnies de transport au départ de Ouagadougou et en partance respectivement pour Fada N’Gourma et  Dori. Quelques semaines après les faits, rien d’officiel ne filtre.  Les propriétaires des sacs  et leurs éventuels complices demeurent « introuvables ». Les terroristes voudraient-ils expérimenter un nouveau mode opératoire ? Il y a lieu de prendre la menace au sérieux,  de faire rapidement la lumière sur ces sombres affaires, et surtout de prendre  des mesures fermes pour éviter que l’irréparable ne se produise. A contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles !

 Peut-on, dans ce contexte sécuritaire aussi préoccupant qu’est celui du Burkina Faso  faire transporter des explosifs dans une compagnie de transport sans être formellement identifié encore moins inquiété ? La découverte de deux sacs d’explosifs en moins d’une semaine d’intervalle dans des cars de transport en commun  incite à répondre par l’affirmative.  Cette situation témoigne de la totale inobservance des règles  élémentaires de sécurité  dans les compagnies de transport. Dans la majeure partie des compagnies, on entre et on  sort  comme dans une foire. C’est l’anarchie totale à l’intérieur des gares, dans la gestion des billets,  dans le traitement des bagages des passagers, dans l’occupation des sièges des passagers,…   Les découvertes du mois de septembre sont ahurissantes. Le 1er septembre 2020, le poste de contrôle des douanes sur l’axe Ouagadougou-Fada N’Gourma informe le Groupement de gendarmerie de Fada N’Gourma de la découverte d’un sac contenant des explosifs dans un car d’une compagnie de transport en commun. Le colis en question, dans un sac en gite de couleur blanchâtre contient 22 paquets de 15 bâtonnets de pétards chacun, soit 330 pétards au total. Le service de déminage du Groupement des forces de sécurisation du secteur Centre et Est basé au 34e Régiment interarmes de Fada N’Gourma est mis à contribution pour déterminer la nature des explosifs.  Le diagnostic est sans appel : un seul lot de pétards (cinq bâtonnets) combinés avec un détonateur peut réduire à néant un car et tout son contenu. Le 8 septembre, un deuxième sac contenant 22 paquets de 15 bâtonnets d’explosifs est découvert. Retrouvé dans une gare à Ouagadougou, le colis   était en partance pour Dori. A ce jour, les investigations se poursuivent pour  retrouver les propriétaires des différents colis. Ces découvertes doivent amener à repenser de fond en comble la gestion de la sécurité dans les compagnies de transport.

Agir avec célérité et efficacité

Les compagnies de transport sont des lieux de convergence de flux conséquents d’usagers, en particulier aux heures de pointe et en période de forte affluence. Elles accueillent également des espaces commerciaux, qui attirent de la clientèle au-delà des usagers des transports. Ces concentrations de population constituent des cibles privilégiées pour les terroristes, et rendent en même temps difficile l’intervention armée des FDS en cas de menace avérée. La faculté offerte aux voyageurs de circuler librement avec leurs bagages rend particulièrement complexe l’identification de colis piégés, susceptibles de contenir des explosifs. En plus, ces espaces n’ont en général pas été, à l’origine, conçus en tenant compte des aspects liés à la sûreté face à la menace terroriste. Aujourd’hui quelques mesures drastiques s’imposent pour le bien de tous. Dans ce cadre, il convient de multiplier les campagnes de sensibilisation des responsables des compagnies de transport sur la nécessité du respect des règles de sécurité individuelle et collective.  Les passagers doivent également être sensibilisés pour les inciter à signaler tout comportement anormal (abandon de bagage par exemple), au moyen de lignes téléphoniques dédiées. Il convient d’encourager le déploiement de caméras et l’équipement des salles de contrôles, afin de permettre un contrôle étroit des gares. Les caméras de la majorité des compagnies ne sont que de simples enregistreurs. Ils ne sont pas reliés en temps réel à un dispositif pour une exploitation visant à détecter immédiatement une situation anormale. Certaines sociétés de transports organisent la transmission en temps réel des données captées  vers un poste de commande centralisé, permettant à des agents privés d’intervenir en cas d’incident. De nombreux attentats ont été ainsi déjoués. Il semble donc nécessaire de systématiser cette possibilité dans le respect des textes relatifs à la manipulation des données à caractère personnel. Les obstacles techniques pourraient être levés progressivement. La sécurité est une affaire de tous.  En ces temps troubles, il faut ouvrir l’œil et le bon ; se départir  impérativement de l’insouciance.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant Chercheur

Ouagadougou

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