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Il faut rectifier la restauration

Le président Damiba pour sa première visite à Bobo-Dioulasso

Une grande majorité des Burkinabè avait sorti les vuvuzelas pour faire beaucoup de bruit à l’avènement du MPSR. Parce que Sidsoré (la voie de la vérité), je jeune capitaine pilote d’hélico qui a lu la proclamation de la junte a dit que le MPSR est venu pour restaurer l’intégrité territoriale du Burkina Faso, en boutant hors de ses frontières le terrorisme. Il y a eu d’autres bonnes intentions annoncées, mais gardons se seul sujet de l’insécurité.

Fait curieux, jusqu’à ce jour, aucun document ne donne la composition du fameux MPSR, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration. Nulle part, on ne peut lire la composition des membres de cette junte. Lors de la prestation de serment du président Damiba, on a aperçu quelques têtes (deux civils) membres de ce mouvement. Pas plus.

Lorsque le colonel Saye Zerbo et ses camarades colonels sont arrivés au pouvoir, ils ont vite fait de publier la liste des membres du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) et celle de son comité directeur. Idem pour le Conseil provisoire de salut du peuple (CPSP) et le CSP, puis le Conseil national de la révolution (CNR) des capitaines. Le Front populaire en a fait autant. Mais arrivé au régime des lieutenants-colonels, c’est l’omerta. Cela présageait-il déjà de la suite des événements ?

Car au fur et à mesure que le régime prenait ses marques, l’on a constaté qu’il est question de remplacer tout ce qui était du régime déchu (en dehors du ministre de la Défense qui a été maintenu à son poste. Il avait même assuré le président Kaboré que la situation de mutinerie était sous contrôle, alors que c’un coup d’Etat qui était en cours).

Pour instaurer la ‘’bonne’’ gouvernance, tous les maillons du régime MPP ont été remplacés ; c’est même la chaîne qui a été replacée. Dans ce processus, tous les collaborateurs des ministres et tous les directeurs généraux qui comptent ont été limogés. Ceux qui sont toujours en poste sont en sursis, vu les effets du tsunami en cours. Même les postes de DG où on n’avait pas coutume de voir des militaires le sont de nos jours. C’est un simple constat.

Le problème, c’est que la restauration du territoire peine à se réaliser et l’insécurité s’accentue. La peau du Burkina se rétrécit et Ouagadougou est à un jet de pierre des terroristes. Les combattants ne tombent plus par unités mais par dizaines ! Il paraît que l’armée monte en puissance mais cela ne se constate pas de manière visible sur le théâtre des opérations. Au contraire, ce sont les terroristes qui montent en puissance avec des tirs à l’obus, comme récemment à Madjoari.

Pour mettre le moral au talon du plus résilient des citoyens, l’exécutif revalorise ses salaires ; au moment même où les populations perdent leur pouvoir d’achat. Il est connu de tous que lorsque le prix du carburant augmente, tout augmente. Augmenter le prix de l’essence de 100 F CFA ne s’est jamais vue sous les tropiques. Et l’argumentaire que le ministre du Commerce a livré l’autre jour pour justifier cette hausse ne tient pas la route. C’est une activité constatée depuis toujours des deux côtés des frontières. Nous aussi, quand l’essence est moins chère de l’autre côté, nous nous y approvisionnons. Pour éviter cette sortie, il faut développer d’autres stratégies de lutte que d’augmenter le prix du carburant.

Finalement, on a l’impression que le MPSR est venu pour beurrer ses épinards. On a même l’impression qu’il est venu pour restaurer un certain ordre ancien. En bientôt quatre mois de pouvoir, la situation sécuritaire est allée de mal en pis. Il faut donc changer le fusil d’épaule pour aller au combat ! Il faut être focus sur la lutte contre le terrorisme et permettre le retour des personnes déplacées pour une organisation d’élections libres et transparentes. N’avançons pas masqués. Il faut rectifier la restauration pour ne pas être dans de perpétuels recommencements !

 

Les Echos du Faso

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