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Insécurité au Burkina : Le président Damiba  peut-t-il inverser les tendances ?

Plus d’une demi année après son arrivée à la tête de l’Etat, par la voie inconstitutionnelle, le Lt-Col Damiba et sa junte au pouvoir ne semble pas tenir la promesse des fleurs qu’ils avaient jetées au peuple fin janvier 2022, en déposant le président d’alors, Roch Kaboré. Même si le discours présidentiel du 4 septembre dernier a été bien accueilli par les uns et mal apprécié par les autres, un semblant de consensus se fait autour de l’armée : son échec dans la sécurisation du pays, selon le président lui-même. Lui qui avait pourtant indiqué plus tôt que l’armée montait en puissance en matière de lutte-antiterroriste.

Au fil du temps, l’espoir suscité par la soldatesque qui s’est emparé du pouvoir devient de plus en plus vain, puisque, de l’avis de plus d’un expert, le pays n’avait pas encore atteint le niveau actuel d’insécurité avec des pans entiers du territoire aux mains des terroristes.  De l’avis de certains analystes politiques ou experts, le bouleversement intervenu dans la chaîne de commandement des armées, avec la création par décret, début février, du Commandement des opérations du théâtre national (COTN), ne contribue pas efficacement au succès des opérations militaires sur le terrain. Mieux, il  serait une sorte d’addition des divisons au sein de la grande muette, ce qui la bride et réduit son efficacité sur le terrain  en matière de lutte anti-terroriste.  En effet, le ministre de la Défense (MDNAC), le Chef d’Etat-major général des Armées (CEMGA) et le patron du COTN forment un triumvirat à la tête des armées. Le patron du Commandement des opérations du théâtre national répond directement du chef de l’Etat, le Lt-Col Damiba. Le MDNAC actionne le CEMGA  à qui, logiquement, le Commandant du COTN devrait des comptes. L’on se demande bien comment les pouvoirs de chaque membre du triumvirat va s’exercer efficacement ? Depuis l’hécatombe de la cinquantaine de gendarmes à Inata dont le rapport d’enquête n’est d’actualité, la Gendarmerie nationale n’est plus prête à foncer sur les terroristes, en l’absence de moyens conséquents de lutte. La police qui est déployée sur le champ de bataille ne fait pas le poids devant les terroristes ou les HANI. Les FDS seraient même pris souvent en otage par les VDP dont beaucoup s’enrichissent, par endroit, du butin de guerre, loin de tout contrôle, si ce ne sont des abus qu’ils font sur le terrain.  Tout cela révèle une sorte d’impuissance de nos FDS face à l’ennemi alors que des Unités spéciales, bien formées au corps à corps avec les terroristes sont là, mais plutôt affectées à la sécurité du président, selon des sources bien renseignées.

Par ailleurs, à regarder les choses en face, il apparait clairement que les conflits intercommunautaires se doublent de conflits intracommunautaires dont la difficile gestion devrait mettre beaucoup à contribution nombre de leaders religieux ou communautaires. Comment réconcilier les communautés avec elles-mêmes, entre elles et convaincre les fils ou filles qui ont pris le maquis aux côtés de l’ennemi à rentrer dans la patrie, en déposant les armes ? Comment mettre d’accord les campagnes et les villes du Burkina ?

Pourra donc inverser la tendance actuelle

L’Etat devra sérieusement rassurer les populations avec un discours en phase avec les réalités du terrain, il doit vite construire sa résilience en tant qu’Etat nation ainsi que la résilience des institutions et celles des communautés, et partant celle des personnes affectées par la crise. Cela va éviter le basculement des personnes vers le camp ennemi, surtout si l’Etat donne des gages réels aux groupes armés enclins au dialogue.

La solution à la crise étant multidimensionnelle, le président Damiba qui a fait le constat de l’échec face à l’insécurité devra mieux se définir et clarifier plus nettement le jeu des acteurs. A commencer par son camp d’origine, à savoir la grande muette où il lui faudra éteindre les tensions pour mieux la mobiliser et engranger des victoires éclatantes contre les terroristes sur le terrain.  Pour cela, il faudra donner des leviers réels pour agir. Il faudra aussi ratisser large pour vitaliser le dialogue national en impliquant les acteurs de taille, sur la base de la vérité du terrain. La franche coopération militaire avec les pays voisins n’est pas en reste, à condition que notre armée rassure celle des pays voisins par l’harmonie et l’entente en son sein, sa résilience. Soit dit en passant, la collaboration avec la France, même si elle est porteuse, il faut véritablement travailler à ce que les soldats français ne deviennent pas une partie du problème, comme au Mali où elle a été « chassée » pour s’installer ensuite au Niger. Pour sûr, la France ne fera rien sans rien. L’on ne s’en doutera jamais. Il faut donc veiller à ce que cette coopération militaire avec la France ne profite qu’ua pouvoir de la transition. Si c’est le cas, Damiba devrait s’attendra à passer en procès tôt ou tard.  En clair, il n’y a rien de plus important que la patrie, et seuls les intérêts nationaux doivent guider l’action des acteurs, à commencer par le chef de l’Etat et le gouvernement. Le temps est là pour nous montrer les résultats des actions. On ne perd rien à attendre donc.

Lamine Bamba

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