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La Transition comme menace et opportunité pour les libertés démocratiques

La 24e journée nationale de la liberté de la presse s’est penchée, à travers des panels, sur l’impact des régimes de transition sur les libertés individuelles et collectives. Il ressort que la transition, bien que régime d’exception qui vient mettre un coup d’arrêt au fonctionnement démocratique des institutions, peut offrir des fenêtres d’opportunité.

Le putsch est avant tout une infraction, une négation du droit du peuple ou une aliénation du droit du peuple à choisir ses gouvernants et s’accompagne le plus souvent de violences parfois très graves, avec son lot de détentions arbitraire et de violations des droits humains, à entendre Dr Abdoul Karim Saidou, panéliste. Malgré la restauration de la constitution par le MPSR après son putsch de janvier 2022 et en fin septembre 2022, on a assisté à la violation des droits  humains, selon le constat du panéliste qui laisse entendre que rarement un juge s’est intéressé aux infractions constitués par le putsch et la poursuite des auteurs du putsch.

Les menaces contre la presse se sont multipliées sous la Transition et les médias en tant que reflets des opinions dominantes font un travail innocent dans l’avènement des putschs, selon Boukary Ouoba, SG de l’AJB, selon qui les journalistes peuvent prendre des positions dans leur façon de voir ou traiter les informations, sans pour autant avoir un parti pris. La prise de la télévision nationale est le premier acte fondamental de tout putsch, à l’entendre. Putsch qui fait le lit des agressions et des menaces visant les journalistes. Comme violations des libertés de la presse, il a rappelé la mise en marge des médias lors du premier conseil de ministres de l’ex-président de Transition, Paul Henri Damiba et lors de l’investiture de ce dernier en mars 2022, les entraves fait aux journalistes dans l’exercice de leur métier et la convocation des responsables de médias à la présidence pour des tentatives d’orientations dans leur profession. Autre forme de violations de la liberté de la presse, pour lui, c’est le changement à la tête des médias d’Etat en violation des textes de loi sur ces médias ainsi que la prise de décret de nomination du président du CSC, normalement élu selon la loi sur l’institution.

Les pouvoirs civils fossoyeurs des droits et libertés démocratiques

Toutefois, le panéliste a fait observer que les régimes de trabsition ne sont pas les seuls fossoyeurs des libertés démocratiques, puisque, dit-il, les crimes les plus odieux vécus au Burkina ont été commis sous des régimes démocratiques. C’est  d’ailleurs un des points sur lequel le panéliste, Ali Sanou, SG du MBDHP, a insisté plus tôt. Il a rappelé dans son intervention les grandes dates des luttes farouches du peuple pour la démocratie, la fin des crimes économiques et de sang qu’il fallait juger, bref la fin de la banalisation de la vie humaine sous le régime civil du président Blaise Compaoré. Des crimes emblématiques comme l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998, de l’étudiant Dabo Boukary en 1990 et autres ainsi que les crimes économiques impunis et la lutte pour la limitation des mandats présidentiels ont contribué à l’insurrection populaire qui a chassé  Blaise Compaoré du pouvoir  fin octobre 2014 et à la résistance populaire victorieuse au putsch du général Gilbert Diendéré en septembre 2015, d’après le SG du MBDHP. Le panéliste Boukary Ouoba fait observer que les pouvoirs civils et militaires ont maille  partir avec la presse. Il en veut pour preuve, la révision du code pénal sous le régime du président Roch Kaobé, avec beaucoup de nouvelles dispositions liberticides, les coupures de connexion Internet, notamment lors des manifestations des populations contre le pouvoir en place, la pratique de la censure visant les médias publics et les affectations sanctions de certains des journalistes. Toutes choses qui lui font dire que la presse est victime de son statut.

Une fenêtre d’opportunités malgré tout

La fenêtre d’opportunité qu’offrent les transitions, c’est entre autres, selon l’enseignant  chercheur, Dr Abdoul Karim Saidou, le vote d’une centaine de lois sous le régime du CNT en 2015 avec la dépénalisation du délit de presse, les états généraux de la justice avec la loi qui empêche le Chef de l’Etat d’être président du Conseil supérieur de la magistrature, en lui et place d’un acteur de cette corporation, la constitutionnalisation de l’ASCE-LC pour la lutte contre la corruption et la fraude. Ainsi, les transitions passent pour être des moments de grandes réformes pour booster la démocratie, l’Etat de droit et les libertés, à son avis. Les échanges ont abordé les perspectives pour améliorer la situation de la presse au Burkina.

L.S

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