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L’insurrection inachevée

Avant-propos

Ce livre mûrissait dans ma tête depuis plusieurs années. Mais je m’étais lancé auparavant dans un nouveau recueil commenté des discours de Thomas Sankara, La liberté contre le destin, finalement paru en juin 2017, qu’il me fallait mener à bien.

Au départ, connaissant les contraintes de l’édition, et sans doute un peu affolé à l’idée de me lancer dans un gros travail, je misais sur un petit livre, surtout de commentaires. Il fallait, pensais-je alors, surtout expliquer pourquoi l’insurrection avait pu éclater et occasionner la chute de Blaise Compaoré, comment la Transition qui a suivi avait pu réussir. Mais aussi pourquoi elle n’a pas pu aller plus loin, se soldant par le retour au pouvoir de proches collaborateurs de Blaise Compaoré finalement incapables de détruire le système qu’il avait mis en place et de rompre avec l’impunité.

La perspective de la commémoration du cinquième anniversaire de cette insurrection m’a incité à me mettre au travail. J’ai utilisé ma propre documentation, déjà abondante, et les livres parus au Burkina, quelques articles universitaires, mais surtout les archives des journaux burkinabè présents sur le Net, quand elles existent. J’ai aussi réalisé des interviews des principaux acteurs, surtout pour les récits des événements importants, qu’il fallait pouvoir confronter, mais aussi afin de restituer leurs rôles. Il en manque certainement et je m’en excuse, d’autant plus que je n’ai malheureusement pas pu rencontrer tous ceux que j’aurais souhaité interroger.

Il m’a fallu aussi affronter une difficulté importante : rester objectif, alors que certains acteurs sont des amis que je fréquente depuis de nombreuses années ! Sans la surestimer, cette difficulté m’a poursuivi tout au long de mon travail. Elle s’est parfois transformée en atout, car elle m’a permis de comprendre certains épisodes.

J’ai vite été rattrapé par ma formation politique, et la rigueur apprise durant mes études de mathématiques. Un livre de commentaires ne reste qu’un plat bavardage s’il n’est alimenté par les faits. Le lecteur doit avoir les moyens de juger par lui-même de ce qu’avance l’auteur. Ainsi le livre doit-il se nourrir de références et des faits et de récits, ce qui en plus en agrémente la lecture. Bref, il doit être solide.

D’autre part, j’ai voulu rendre un hommage mérité au peuple burkinabè. Un hommage qui resterait insuffisant si on ne racontait pas en détail ce qui s’est passé.

Enfin, je dois personnellement tant à ce pays, à tous ceux que j’y ai connus personnellement, dont plusieurs sont souvent cités. Un exemple, alors que je n’arrivais pratiquement plus à écrire, l’insurrection et la Transition m’ont réveillé. La passion était de retour, et quelques amis se trouvaient au premier rang. Il fallait raconter ce qui se passait, et que ça sorte des frontières du Burkina, à commencer par mon pays, la France. Écrire faisait sens. J’ai alors retrouvé le goût et la capacité d’écrire.

Ce livre constitue en quelque sorte ce que je rends au Faso pour tout ce que ce pays, ses habitants et mes amis burkinabè m’ont donné. Car mon ambition n’est rien d’autre que d’écrire le livre de référence sur cette insurrection. Ni une thèse universitaire, ni un livre d’histoire, ni un récit journalistique, ni un essai politique, j’aimerais qu’il soit un peu tout cela à la fois. Mais, surtout, qu’il rende les Burkinabè fiers de ce qu’ils ont réussi, les étrangers admiratifs de ce que je considère comme un grand moment de l’histoire contemporaine, et que les futurs insurgés puissent se saisir de cette expérience particulièrement riche, pour leur donner courage et éventuellement les aider à prendre les décisions qui s’imposent aux moments décisifs.

 

La sortie en librairie est prévue le 10 octobre.

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