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Le processus d’urbanisation des villages affectés par la construction de l’aéroport de Donsin

DOCUMENT DE VULGARISATION

 

 

 

 

 

 

Introduction

La ville comme les villages ne sont pas des ensembles socioéconomiques et culturels figés, isolés.

Différents facteurs engendrent des évolutions, des mutations et des transformations qui les affectent, l’une et l’autre. La proximité d’un centre urbain, des projets d’aménagement, des réformes institutionnelles sont quelques-uns de ces facteurs qui entrainent leurs évolutions.

Le Burkina Faso a entrepris depuis 2011 des démarches et des travaux de délocalisation de l’aéroport de Ouagadougou au profit du nouveau site de Donsin, situé à 25 km au nord-est de Ouagadougou. Son emprise spatiale de 4 500 ha impacte 11 villages relevant des communes de Loumbila, Dapelgo et Ziniaré dans la province de l’Oubritenga. L’espace rural définit par lesdits villages présentait avant le projet aéroportuaire des dynamiques rurales différenciées en raison de leur proximité de la capitale Ouagadougou. Les transformations lentes du milieu péri-urbain ont connu un rythme très accéléré avec ce projet d’aménagement.

L’objectif principal de cet article est d’analyser le processus d’urbanisation des villages affectés par la construction du futur aéroport de la capitale du Burkina Faso.

La zone étudiée concerne 10 villages : Donsin, Kartenga, Kogninga, Kourityaoghin, Nongstenga, Rogomnogo, Silmiougou, Tabtenga, Taonsgo Bouli et Voaga où la Maîtrise d’ouvrage de l’aéroport de Donsin (MOAD) a recensé 887 chefs de ménages affectés (carte 1).

 

Carte 1 : Situation de la zone d’étude

Les données secondaires ont été collectées auprès de  la MOAD et de l’INERA. La recherche documentaire sur l’internet a aussi été mise à contribution. Des entretiens ont été réalisés avec les autorités coutumières, administratives et décentralisées des villages affectés et des enquêtes individuelles ont été conduites auprès des 887 chefs de ménages affectés.

 

Principaux résultats de nos analyses

Deux périodes se distinguent dans l’observation des relations entre les villages affectés et la ville de Ouagadougou. La première porte sur un état des lieux et la seconde sur la phase de construction de l’aéroport.

  1. Les dynamiques péri urbaines avant le projet

1.1 Les évolutions dans l’habitat

L’organisation sociale traditionnelle de l’habitat est toujours perceptible dans l’occupation de l’espace. Des concessions entourées de champs de cases, puis de champs de villages s’étendant sur le territoire, où vivent les paysans et leurs familles. En général plusieurs ménages vivent au sein de la concession familiale. Les 887 ménages résident dans 471 concessions soit un effectif de 5 419 personnes affectées par le projet.

Dans les concessions l’on retrouve différents types de bâtiments dont ceux à usage d’habitation, les abris, les étables et logement du bétail et des volailles soit un total de 2136  bâtiments, tous types confondus dont 35,26% de cases rondes à toit de chaume. Ce pourcentage est plus élevé à Kourityaoghin, Rogomnogo, Silmiougou, Taonsgo Bouli, Tabtenga et Voaga par contre il était de 11,0% à Donsin.

 

 

  • Les évolutions dans les modes de vie

L’uniformisation  des modes de vie des territoires ruraux sur le modèle urbain s’observe par la possession de téléphone mobile par 53,2% des chefs de ménages affectés, l’utilisation par les jeunes ménages de gazinière communément appelées « foyer faitout » avec des bouteilles de gaz de 6kg rechargeables à 2000 FCFA. La bicyclette est le moyen de locomotion le plus utilisé dans les villages. Toutefois, les mobylettes sont de plus en plus achetées par les hommes chefs de famille et les célibataires qui assurent par cette facilité de mobilité le lien entre les villages et Ouagadougou. Le carburant est acheté dans les chefs Lieu de commune, dans les quartiers périphériques de Ouagadougou et auprès de quelques commerçants détaillants dans les villages. Des mécaniciens installés dans les villages assurent l’entretien et la réparation des engins, tandis que pour les réparations plus importantes il est fait recours aux mécaniciens de la capitale

Les marchés villageois qui se tiennent tous les 3 jours sont de plus en plus fréquentés par des commerçants vendant diverses marchandises qui se retrouvent également à Ouagadougou et dans les Chefs Lieu de commune. Les commerces de proximité vendant des produits de première nécessité, situés généralement le long des routes et des pistes rurales sont détenus par les jeunes hommes. L’inventaire indiquait un total de 327 Kiosques de commerce divers dans la zone d’étude.

Les métiers d’artisans liés au bâtiment (maçons, charpentiers, menuisiers) sont de plus en plus demandés dans les villages. Des jeunes des villages se sont formés audits métiers en ville. Des pépiniéristes installés au sein des villages et à Ouagadougou contribuent à la plantation des plantes exotiques en milieu rural. Aux abords des maisons en tôles habités par les jeunes hommes et les jeunes couples, diverses plantes dont des fleurs constituent des haies qui délimitent des terrasses sommaires.

Il apparait ainsi que dans les relations villes campagnes d’avant le projet de construction du nouvel aéroport, l’espace urbain de la ville de Ouagadougou offre des possibilités diversifiées qui répondent aux besoins des populations des villages et concourent à l’urbanisation des modes de vie dans ces villages.

Malgré la transformation des modes de vies, les activités agricoles restent importantes dans les villages

  • Des activités agricoles influencées par la ville

L’élevage est développé dans la zone d’étude. Les espèces élevées sont les bovins, caprins, ovins, porcins, volailles (poulet, pintades) mais l’élevage de volaille est dominant, il représente 63,0% des espèces élevées, les pourcentages des caprins-ovins est de 23,7%, les porcins de 6,9% et les bovins de 6,3%. L’approvisionnement en volaille, porcins, caprins et ovins dans la ville de Ouagadougou dont la demande est de plus en plus forte traduit un des éléments du rapport ville campagne.

La pratique du maraîchage est ancienne dans la région et s’explique par la présence de nombreuses retenues d’eau de surface qui ont permis aux producteurs de la région du Plateau central d’adopter très tôt et massivement la culture maraîchère grâce à des aménagements de périmètres hydro-agricoles et aussi par une occupation spontanée des abords des plans d’eau. Le maraichage est pratiqué dans l’ensemble des 10 villages. Parmi les 887 chefs de ménages, 593 (66,9%) pratiquent le maraîchage en culture principale ou secondaire dont 433 menant l’activité dans la province de l’Oubritenga. Les femmes et les jeunes s’adonnent également au maraîchage. Les principales spéculations sont : la tomate, l’oignon, l’aubergine, le concombre mais les femmes produisent surtout les légumes feuilles, le gombo et le piment. Le savoir-faire dans la pratique du maraîchage et l’insuffisance des terres de décrues devenues pauvres ont conduit à une mobilité des jeunes vers les nouvelles retenues d’eau. En effet, 160 chefs de ménages se déplacent chaque début de campagne maraîchère hors de la province de l’Oubritenga et de la Région du Plateau Central pour pratiquer du maraîchage. L’aire d’approvisionnement en légume de la capitale Ouagadougou se voit ainsi élargie grâce à divers réseaux de commercialisation dont le développent est facilité par l’utilisation des téléphones portables.

Toutes ces dynamiques péri urbaines évoluent de manière différenciée et accélérée avec l’aménagement du futur aéroport.

  1. Les transformations dans les villages liées au projet d’aménagement

2.1 L’amélioration de l’accès aux infrastructures

Des routes et pistes ont fait l’objet de réhabilitation soit 31,5 km. Le premier itinéraire long de 12,5 km commence dès l’embranchement de la RN03 (route de Ziniaré) et se prolonge jusqu’à Donsin. Le second tronçon part de l’embranchement de la RN22 à Dapélogo et se poursuit sur 10,5 km jusqu’à la limite de la plateforme de Donsin. Enfin, le troisième itinéraire va de l’embranchement de la RN03 à Loumbila jusqu’à Goué à l’embranchement de la RD148 sur 8,5 km. Ainsi, par la RN3 et la R N22, la facilité d’accès à la capitale s’est nettement améliorée. Une facilité d’accès est ainsi effective entre les sites maraîchers de Tabtenga, Dogmnogo, Kourtyoaghin, Zongo, Goué et la ville de Ouagadougou. Par ces travaux, l’accessibilité du marché de Goué, important marché de gros qui dessert Ouagadougou est aussi améliorée. L’amélioration de la fréquence des déplacements, de leur durée, de leur vitesse, de leur mode et de leur motif reste un atout dans la relation de ces villages avec la capitale et la ville de Ziniaré.

2.2 Développement des institutions locales de microfinance

L’Union régionale des caisses populaires du Plateau Central (URCPC) basée à Ouagadougou, dans le quartier Dassasgo, est une filiale du Réseau des caisses populaires du Burkina (RCPB) qui exerce dans le domaine de la microfinance. Par l’ouverture de compte de certains Personnes Affectées par le Projet (PAP) dans les caisses populaires de Loumbila, de Ziniaré et de Dapélogo (relevant de l’URCPC), pour le versement des montants des compensations, la MOAD a renforcé les liens entre cette institution de micro finance et la population. Ainsi s’est développé l’octroi de crédit aux populations pour le financement d’activités économiques.

2.3 Les constructions de nouveaux logements s’inspirant du modèle antérieur

Le recasement des PAP s’est effectué dans des logements construits sous forme de cité au sein de 9 sites d’accueil (figure 1) à proximité de leur lieu de vie habituel comme souhaité par les populations. Deux types de lotissement ont été réalisés sur les sites d’accueil : le semi urbain  et le semi rural. Sur environ 303 ha, ont été effectués un parcellement semi rural de 61ha comptabilisant 490 parcelles de 1000 m2 et un lotissement semi urbain de 242 ha avec 2500 parcelles de 450 m2. En 2016, le recasement des ménages étaient effectif sur les 9 sites. Les 2136 bâtiments ont été reconstruits en se référant aux superficies d’antan. Les maisons rectangulaires à une pièce soit 9 m2 en remplacement des cases rondes, et 15 m2 en lieu et place des maisons à 10 tôles ont été construites. Le nombre de maisons dont disposait le ménage est reconstruit suivant cette logique dans sa nouvelle concession. Les changements introduits se traduisent par la construction des murs de clôture, des douches et latrines extérieurs en parpaings de type amélioré pour chaque concession. Les sites d’accueil présentent une physionomie d’une succession de maisonnettes.

Figure 1 : Localisation des sites d’accueil des PAPSource : MOAD

2.4 Une perception mitigée des bénéficiaires

Une parcelle viabilisée à usage d’habitation a été attribuée à chaque ménage déplacé.  La réalisation des infrastructures publiques (écoles, CEG, centre d’alphabétisations, CSPS et banque de céréales) dans les nouveaux sites se poursuit. Pour l’approvisionnement en eau potable, 23 forages positifs ont été réalisés, ainsi qu’une réalisation en cours d’une mini adduction en eau potable à partir de forage à grand débit.

Les ménages relogés dressent un bilan plutôt positif de l’opération car considérant que leur situation résidentielle s’est améliorée. Ceux qui habitaient dans des cases rondes et maisons dégradées ou dans un environnement déplaisant sont satisfaits d’améliorer leur qualité de vie quotidienne. Toutefois, le passage d’un mode de vie traditionnel  (concession spacieuse) à un mode de vie semi urbain (plus condensé) est vécu comme inconfortable par de nombreux bénéficiaires. Les parcelles et les logements construits apparaissent comme peu adaptés à leurs besoins. Il faut apprendre à vivre dans des îlots géométriques de 4 côtés avec au minimum 2 voire 3 côtés mitoyens. L’exiguïté des parcelles est mentionnée principalement en type semi urbain. Certains ménages se sentent déjà en situation de surpeuplement, du fait du nombre insuffisant de logements. Les inquiétudes exprimées par les habitants se rapportent aussi au fait qu’il leur serait difficile de trouver des parcelles ailleurs et le manque de moyens  financiers ne leur permettra pas de construire de nouveaux logements ou d’effectuer des travaux de modifications des logements actuels.

 

Conclusion

Les relations qui se sont développées entre Ouagadougou et les 10 villages étaient des relations d’approvisionnement urbain en produits maraîchers, en produits d’élevages. En raison de la proximité de la ville de Ouagadougou, divers produits et services sont disponibles pour ces villages et des formations à divers métiers sont rendus possibles pour les jeunes.

Une modernisation des modes de vie est perceptible dans les villages à travers l’habitat, l’utilisation des téléphones portables et des mobylettes. Ces transformations s’effectuaient à un rythme assez lent.

Les travaux de construction du futur aéroport à Donsin, contribuent à l’accélération du processus de changement dans les relations ville-campagne à travers l’extension urbaine sur des terres agricoles, la réalisation de lotissements et la construction des cités. L’amélioration de la mobilité des populations est effective grâce à la réhabilitation des routes et l’acquisition de mobylettes. L’identité future des villages impactés par le projet d’aménagement de l’aéroport de Donsin dépendra de la relation ville/campagne qui se construira.

 

Pour en savoir plus

DAMA-BALIMA Myriam Mariam, 2019, Construction du nouvel aéroport international de Ouagadougou et dynamique de territoires ruraux péri-urbains, In Revue de géographie du laboratoire Leïdi, Numéro spécial en Hommage au Professeur Cheikh SARR, Université Gaston Berger (UGB). Saint Louis, Sénégal, p174-183

MOAD, 2012, Etude de faisabilité et de réalisation des sites d’accueil, 67 p.

MOAD, 2012, Fiche de prescription environnementale et sociale pour la réhabilitation de 32 km de pistes rurales dans la zone périphérique de l’aéroport de Donsin, version finale, 22p.

Vanier Martin, 2005, La relation ”ville / campagne” excédée par la périurbanisation. Les Cahiers français : documents d’actualité, La Documentation Française, pp.13-17. <halshs-00177548>

DAMA Mariam Myriam

Département Gestion des Ressources Naturelles et Systèmes de Production (GRN-SP),

Institut de l’Environnement et de Recherche Agricoles (INERA) ;

 Email : mamyriamdama@yahoo.com

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