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Réconciliation nationale: une chimère?

Combien y a-t-il d’organisations ou de cadres de concertation qui prônent la réconciliation nationale au Burkina Faso? Question à un éco. Il ne se passe presque pas un jour sans qu’un individu ou un groupe d’individus ne s’épande sur le sujet dans la presse.

Pourtant, il existe déjà un cadre formel qui regroupe presque toutes les sensibilités de notre société qui y travaille: le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN). A côté, il y a également un Haut conseil du dialogue social. D’où nous vient cette propension à être la tête d’un rat, plutôt que la queue d’un lion?!

C’est là où moi Mounafica je pense que notre réconciliation nationale, du moins celle prônée par la foultitude de voix éparses, est une chimère. Parce qu’au lieu de se joindre aux cadres qui existent déjà pour les renforcer avec des idées, chacun cache son agenda dans une pseudo-réconciliation. Il nous faut une réconciliation mais une vraie.

Qu’on se dise la vérité qui rougit les yeux, une réconciliation sans vérité, sans savoir ce qui est arrivé pour que de nombreux citoyens passent de vie à trépas et par qui, ne cimentera pas notre vivre ensemble. Il faut se souvenir de cette journée du 30 mars 2001 où, au Stade-du-04-Août, l’ancien président Blaise Compaoré, qui avait à ses côtés ses prédécesseurs encore en vie qui étaient Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo et Jean-Baptiste Ouédraogo, avait, au terme d’une cérémonie ‘’libatoire’’, procédé à une lâchée de colombes afin de ‘’purifier’’ le pays de tous les crimes intervenus de 1960 à ce jour.

En guise de préparatifs à cette journée au cours de laquelle certaines colombes ont d’ailleurs refusé de voler haut pour marquer probablement leur désapprobation, de grands serviteurs du régime avaient été commis pour ‘’démarcher’’ les victimes, leurs proches ou ayants-droits pour leur adhésion au projet. Des sommes faramineuses ont été mobilisées, une partie déversée sur ceux qui s’étaient résignés à admettre le pardon sans la vérité et le reste retenu dans les poches des missionnaires du jour; les ‘’agents de liaison’’, eux, se sont pourléché les babines goulûment. Sur le dos d’orphelins…

La journée du 30 mai de chaque année avait donc été instituée comme Journée nationale de pardon. La suite, on la connaît, puisque cette journée a été enterrée avec le régime Compaoré. Vaut-il la peine de répéter cela?

La réconciliation ne doit pas se décréter, être l’affaire de gens qui se mettent ensemble pour ‘’signer l’armistice’’! Au lieu de parler de réconciliation, parlons d’abord de JUSTICE et travaillons à faciliter son avènement. C’est elle (la justice) qui fera cette réconciliation car ceux qui se sentent lésés auront obtenu la vérité et ceux qui ont commis des crimes auront été démasqués et sanctionnés. Après cela, personne ne devrait en vouloir à personne.

Il faut remarquer que ceux qui déclament urbi et orbi la réconciliation nationale sont ceux qui ont intérêt à ce que ce soit le black-out total sur les événements douloureux, soit qu’ils ont été commanditaires, exécutants, bénéficiaires ou proches d’une de ces catégories.

Arrêtons nos gesticulations qui ne font, au contraire, que nous éloigner de la RÉCONCILIATION, celle qui acte la paix des cœurs et le deuil des morts.

Mounafica, tout œil tout ouïe!

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