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Retour de Blé Goudé en RCI : l’homme saura-t-il aller vers son destin présidentiel ?

Plus de 18 mois après le retour de l’ex président ivoirien Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire le  26 novembre 2021, Charles Blé Goudé, son ancien ministre de la Jeunesse est à son tour rentré au pays le 26 novembre dernier, après 8 ans de procès devant la Cour pénal internationale pour crimes contre l’humanité.  Blanchi complètement par la CPI,  comme son mentor Gbagbo, celui qui fut «président des Patriotes »  semble avoir pris la mesure de la situation de son pays à travers un retour sans tambour ni trompette, dans la sobriété. Toutefois, l’homme n’a rien perdu de sa verve et, avec prudence mais assurance, semble décidé à jouer pleinement son rôle dans la construction de la nouvelle identité du pays, dans et pour la paix. Et plus d’un observateur voit en lui un destin présidentiel évident.

Si Charles Blé Goudé, ex-ministre de l’ancien président Gbagbo est rentré au pays, avec l’autorisation du président ivoirien ADO, c’est parce que la réconciliation nationale demeure un impératif de survie politique pour le pouvoir d’Abidjan et la classe politique dans son emble, ainsi que les acteurs de la société civile et le peuple ivoirien tout entier.  Avant Blé Goudé, bien des opposants et partisans de l’ancien pouvoir de Gbagbo sont rentrés au pays, sans être inquiétés, dans la dynamique de la réconciliation nationale. Difficile a priori donc de penser à l’application de sa condamnation par contumace  à 20 ans de prison par la justice ivoirienne, dans le cadre de la crise post-électorale de 2010, dans la mesure où le président veut se ménager une fin de règne dans la paix et léguer à la postérité un pays réconcilié avec lui-même. Cela d’autant plus que la justice sur la crise post-électorale a visé le camp de l’ex président Gbagbo, avec ses partisans. Comme Blé Goudé le dit, il marquera une pause avant de s’adresser aux Ivoiriens,  et il est évident que ce tribun reviendra sur beaucoup de faits, notamment la nécessité d’une justice équitable qui puisse situer un jour la responsabilité du camp du président ADO dans la crise post-électorale de 2010 . Une toute simple exigence morale et humaine, dans la mesure où la CPI a jugé et disculpé Gbagbo et Goudé des charges de crimes contre l’humainité, dans la mesure où la justice ivoirienne n’a jugé que les partisans de Gbagbo sans jamais oser inquiéter ADO et ses partisans. Si le bras armé de ADO, en son temps, en l’occurrence l’ex-premier ministre et patron de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, en exil, est tombé dans la disgrâce et a été condamné par contumace, c’est parce qu’il s’est très tôt opposé au 3e mandat de ADO à la tête du pays.

Un retour qui relancera les débats politiques sur l’avenir du pays

Autant dire que le retour de Blé Goudé va nécessairement relancer le débat politique sur l’avenir  et l’histoire du pays, en plus de servir de catalyseur d’un vrai dialogue social très inclusif , qui posera les vrais problèmes de la réconciliation nationale, en toute impartialité, cela pour enfin que le pays tourne normalement et définitivement la page sombre de l’histoire récente du pays. Si Charles Blé Goudé a pris de la hauteur , à tout point de vue,  avec 10 ans de séjour carcéral à la CPI et d’absence au pays, il est beaucoup plus porté sur la restitution de la vérité dans cette affaire judiciaire autour de la crise de 2010. Et pour cela, rien ne semble l’inquiéter, ni même sa condamnation par la justice ivoirienne qui pèse sur sa tête comme une épée de Damoclès. Il rentre au pays au moment où son adversaire politique d’alors, Guillaume Soro, connait l’exil, au moment où le camp Ouattara n’est pas dans la plus grande sérénité et au moment où le 3e mandat en cours de ADO a fait des victimes à qui il faudra rendre justice. Autant dire que Goudé arrive au bon moment et l’histoire entière de la Cote d’Ivoire semble lui tracer des sillons vers un avenir présidentiel. La question reste de savoir s’il saura aller patiemment avec la même prudence qui a entouré son retour au pays. Saura-t-il être cet homme politique au caractère trempé, pondéré, qui saura transcender les particularismes politiques pour se poser en homme sage et politiquement mature, pour diriger un jour la Côte d’Ivoire, après toute l’expérience politico-judiciaire qui est la sienne ? L’histoire nous le dira.

Lamine Bamba

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