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Service Oncologie et hématologie clinique du CHU de Bogodogo : 300 nouveaux cas de cancer de sein chez la femme

Premier cancer chez la femme au Burkina Faso, le cancer du sein survient lorsque les cellules de la glande mammaire se mettent à se multiplier anarchiquement avec la possibilité de donner des localisations secondaires ou métastases. A l’occasion du mois d’ « Octobre rose », un mois dédié à la lutte contre le cancer du sein, Dr Aboubacar Bambara, médecin cancérologue, Chef de service oncologie et hématologie clinique au CHU de Bogodogo revient sur les  facteurs de risques du cancer du sein. Dr Bambara est également enseignant à l’université de Ouagadougou à l’UFR SDS.

Au jour d’aujourd’hui, quel est l’état actuel du cancer du sein ?

A la date d’aujourd’hui nous avons dans notre service, au moins 300 nouveaux cas de cancer de sein chez la femme contre 268 cas l’année dernière.

Dr Aboubacar Bambara

Avec les campagnes de sensibilisation, est-ce que le taux du cancer du sein a régressé ?

Avec les dépistages, nous nous rendons compte que les femmes viennent de plus en plus. Mais il reste des efforts à faire car entre 70 à 80% des femmes viennent à des stades avancés.

Quels sont les facteurs de risques ?

Plusieurs facteurs peuvent favoriser la survenue du cancer du sein chez la femme. Il y a les facteurs familiaux et les facteurs hormonaux. Par exemple une femme qui voit ses menstrues très tôt dès l’âge de 12 ans, une femme qui voit ses menstrues s’arrêter de manière tardive, c’est-à-dire qui est ménopausée après 55 ans, les femmes qui ne font pas d’enfants tels les nullipares, où les femmes qui font peu d’enfants, comme les paucipares. Aussi, les femmes qui ont leur première grossesse tardive, après 35 ans. A ces facteurs hormonaux, on peut ajouter des facteurs tels que l’obésité, la consommation d’alcool et surtout de tabac.

Comment se fait le diagnostic ?

Il peut avoir plusieurs modes révélateurs. En général le cancer au début ne fait pas mal. Une femme peut avoir une boule dans le sein qui peut être indolore ou une boule au niveau de l’aisselle. Elle peut aussi avoir un écoulement du mamelon, qui peut-être de l’eau, du lait ou du sang. Pourtant il n’y a pas de raison qu’il y ait un écoulement au niveau du sein pour une femme qui n’allaite pas. Aussi, la peau du sein peut se transformer en peau d’orange. Elle peut-être aussi brillante ou inflammatoire.

Mais dans notre pratique, nous rencontrons le plus souvent des situations avancées où on a des localisations secondaires appelées métastases. La femme vient en consultation parce qu’elle tousse, elle ressent des douleurs, elle a le ventre qui s’est enflé, parce qu’il y a une atteinte du foie, ou parce que la boule a éclaté et cela est devenu une plaie. Tous ces éléments réunis peuvent permettre de découvrir le cancer, mais  c’est le médecin qui après examen va faire un prélèvement appelé biopsie, pour analyse faire analyser et confirmant la présence d’un cancer.

Peut-on guérir du cancer du sein ?

Oui ! Si vous faites le dépistage et que vous êtes à un stade précoce, vous pouvez vous en sortir. Mais lorsque les femmes viennent à des stades avancés, ou nous avons des localisations secondaires, où le foie a grossit, où il y a de l’eau dans le ventre, où les yeux sont jaunes, où les os atteints, les poumons et même le cerveau sont atteints, en ce moment le pronostic devient difficile. Le traitement du cancer est un traitement très coûteux quand on est à un stade avancé. Par exemple, le coût du traitement par les médicaments peut aller de 150 000 à 300 000 FCFA voir même un million toutes les trois semaines. Si c’est six séances, vous pouvez vous retrouver au minimum avec 600 000 FCFA sans tenir compte des autres aspects du traitement, comme l’intervention chirurgicale qui est couteuse. Pire, avec l’indication de la radiothérapie, vous êtes obligés d’aller hors du pays pour pouvoir faire le traitement parce que si vous ne le faites pas, vous allez rechuter. Aussi, si vous arrivez à des stades précoces, on peut avoir un traitement qui va préserver le sein. Malheureusement si ce n’est pas le cas, on est obligé d’enlever le sein et cela a un impact psycho social au niveau des femmes. Surtout que maintenant nous voyons des femmes de plus en plus jeunes, moins de 40-45 ans qui souffrent de cette maladie. Si elles se retrouvent avec un sein, ce n’est pas facile pour elle ni son compagnon.

Quels conseils avez-vous à donner aux femmes pour éviter le cancer du sein ?

 On invite les femmes à aller au diagnostic précoce, au dépistage. Toute femme aujourd’hui qui a plus de 25 ans doit savoir ce que c’est que l’auto examen du sein. Elle doit être entrainée à examiner le sein une fois par mois. Si la femme n’est pas ménopausée, elle doit le faire une semaine après la fin de ses menstrues et si elle est ménopausée, elle choisit un jour fixe dans le mois pour le faire. Il est très important de vulgariser le dépistage qui va nous permettre d’avoir des stades précoces et en ce moment tout le monde a des chances de s’en sortir. D’où l’invite aux femmes de se faire dépister.

Madina Belemvire

 

Encadré

Dr Aboubacar Bambara : « Octobre rose est un concept qui a été inventé par les américains dans les années 1980. Mais c’est surtout à partir de 1992 que le concept a été mis en exergue en France. Ainsi, chaque mois d’octobre, on invite toute personne, femmes ou hommes à faire le dépistage du cancer du sein. S’il y a déjà un cancer du sein dans la famille, tout le monde doit s’inquiéter parce que le risque de faire le cancer est élevé d’où l’intérêt de faire le dépistage. Pendant ce mois, nous faisons des campagnes de sensibilisation pour inviter les femmes à se faire dépister. A ce propos, il faut signaler que notre service est ouvert à toute personne qui désire apprendre à faire l’auto examen du sein. Par ailleurs, nous participons aussi à des conférences organisées par des associations, des instituions, toute action pouvant encourager le dépistage, le diagnostic précoce du cancer du sein ».

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