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Soutien à l’artiste Tô Finley: au-delà de la solidarité spontanée, il y a mieux à faire!

Dans un article paru le 10 juin 2016, suite à la visite que le ministre de la Culture d’alors, Tahirou BARRY, avait rendue à l’artiste musicien TÔ Finley, Théophile MONE relevait que «Le soutien à Tô finley restera inachevé et partiel tant qu’il n’intégrera pas un centre spécialisé de soins.» Il ne pensait pas si bien dire. Le vendredi 17 avril dernier, soit presque 4 ans après, l’artiste a tiré son dernier son. Au moment où vous lisez ces lignes, un hommage est en train de lui être rendu dans son Oury natal. Nous vous proposons, en la mémoire du disparu, de relire cet article, espérant qu’il pourrait interpeller pour le futur.

Tu avais ton objectif en ligne de mire dans le cosmos, ton monde à toi. Nombreux sont tes contemporains qui n’étaient pas en phase avec toi. Va et qu’enfin tu puisses y reposer de tes œuvres laissées ici-bas. Photo prise le 16/01/2016

La culture permet à l’homme de s’élever au-dessus de lui-même. La culture est une aspiration à la liberté, elle suppose un recul par rapport aux événements, aux hommes et aux choses. La culture est ouverture au monde, curiosité, prise de conscience de la complexité du réel.

En favorisant l’éveil aux richesses que chaque milieu et que chaque individu possède, la culture établit un trait d’union entre les autres et soi-même; elle permet de communiquer, elle est rencontre de l’autre. C’est sans doute mû par cette dimension de la culture que le ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, Tahirou Barry a rendu une visite de courtoisie et de solidarité à l’artiste Tô Finley, une ancienne vedette de la musique burkinabè. C’était le jeudi 09 juin 2016 à son domicile. Par cette démarche, le ministre nous invite à nous rappeler d’où nous venons et de ne pas oublier nos us et coutumes, dont la solidarité est une des valeurs.

Mais si cette marque de solidarité agissante mérite d’être saluée à sa juste valeur, son impact n’est pas indélébile. Car il y a bien d’autres artistes et hommes de culture qui sont en difficulté soit financière, soit matérielle. Pour se produire et promouvoir notre culture. La mise en place d’une politique de soutien des artistes aura un impact certain et durable. L’adage ne nous dit-il pas qu’«au lieu de donner du poisson à une personne, il vaut mieux lui apprendre à pêcher»?

D’où que l’on vienne, quelle que soit notre histoire, l’idée d’héritage culturel nous parle–que ce soit à travers nos traditions nationales, régionales, ou même familiales, ou à travers notre langue et nos concepts et valeurs apprises. Notre culture est le fondement de notre mode de vie. La culture donc est très importante. Par exemple (histoire de s’adresser encore à nos futurs maires), lorsque la culture locale n’est pas suffisamment étudiée et prise en compte dans l’élaboration d’un programme de développement, ce programme a toutes les chances d’échouer car il ne sera pas complètement adapté à l’identité et au mode de vie de la population concernée. En revanche, lorsque la culture est effectivement prise en compte, elle devient souvent l’un des piliers de programmes de développement durable à succès, et de la croissance économique.

C’est pourquoi l’importance de la culture et de l’héritage culturel est maintenant de plus en plus reconnue, pour leur propre valeur en tant que testament des traditions, du passé, de l’évolution, et de l’identité actuelle des populations du monde.

Dans ce sens, la mise en valeur du patrimoine culturel, sa sauvegarde, sa protection et son enrichissement doivent constituer une des missions premières du ministère en charge de la Culture et figurer en tant que telles dans son programme annuel de performances.

La solidarité est un des fondements de notre culture. C’est pourquoi le ministère de la Culture doit davantage promouvoir cette valeur. Aider les artistes en grande difficulté matérielle et/ou financière s’inscrit donc dans ce sens. Mais la mise en place d’une politique de soutien des artistes par l’État sera nettement meilleure à la solidarité spontanée. Cette politique pourrait même bénéficier de l’accompagnement du privé. Et chaque collectivité locale pourrait en être le relais.

Cette politique de soutien offrira sans doute aux créateurs une grande diversité de dispositifs d’aides à la création adaptées à leurs besoins. Cela peut être sous forme de bourses d’aide à la recherche et à la création notamment. L’essentiel est de créer un tremplin en faveur de la carrière des artistes. Un soutien durable aux promoteurs de notre culture. Le soutien à Tô finley restera inachevé et partiel tant qu’il n’intégrera pas un centre spécialisé de soins.

La «durabilité culturelle» est nécessaire pour la conservation, la perpétuation, la considération, la compréhension, et le respect de notre culturel. Elle devra favoriser la transmission intergénérationnelle. Vive la solidarité entre les Burkinabè.

Théophile MONE

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