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Suspension des émissions interactives: un succédané et non un remède

«Il serait préférable d’avoir des journaux sans gouvernement qu’un gouvernement sans journaux» affirmait Thomas Jefferson, le 3ème président des Etats-Unis. Relativement à la mesure du Conseil supérieur de la Communication suspendant les émissions d’expression directe des programmes des radiodiffusions sonores et télévisuelles pour une durée de trois mois, je voudrai paraphraser le président américain: «Il serait préférable d’avoir des émissions d’expression directe (même à risque) sans CSC qu’un CSC sans émissions d’expression directe.»

Issaka Luc Kourouma
Issaka Luc Kourouma

Cette mesure est un coup de poignard porté à l’un des organes vitaux de l’insurrection populaire et de la Transition. Les émissions d’expression directe, les commentaires des Internautes et la presse dans sa globalité contribuent au droit de chacun à gouverner. S’il y a risque, il y aussi avantage.
Dans le contexte actuel burkinabè, l’avantage à mon avis est bien supérieur au risque. Ce sont les auditeurs, les téléspectateurs, les lecteurs et les internautes qui ont contribué à un taux fort à susciter, à instaurer et à dérouler l’insurrection. Et l’on peut affirmer sans risque de se tromper que sans leur rôle, sans la presse, l’insurrection n’aurait pas eu lieu… du moins pas aussi tôt qu’en octobre.
Le CSC a décidé de considérer le risque lié aux émissions interactives tout en occultant leur rôle salvateur et indispensable à une démocratie. Je ne suis pas contre les sanctions à l’encontre des dérives et des manquements professionnels. C’est le caractère globalisant de la mesure qui est déplorable. Les radios et télévisions fautives sont normalement connues par l’instance de régulation des médias; qu’elle les sanctionne individuellement et nommément tout en exposant les faits incriminés et qu’elle félicite les médias exemplaires.
Décider de mettre tout le monde dans le même sac, c’est «insulter» toutes les radios et toutes les télévisions du Burkina puisque cela signifie qu’aucune d’elle n’est à la hauteur de la tâche. Malheureusement et à l’inverse pour le CSC, cela signifie qu’il est inefficace, puisqu’en dépit de la sensibilisation et des séances de formation, il a échoué. Dans tous les cas, cette décision du CSC est un succédané et non un remède. C’est un calmant et non un traitement, un leurre et non une solution. En effet qu’adviendra-t-il à l’issue des trois mois? Si le CSC pense que la suspension entrainera de fait un changement, il se trompe. La solution aurait été de suspendre les médias fautifs car dans le paysage médiatique, il y aura toujours des bons et des mauvais élèves.
En démocratie, la diffusion et la confrontation des opinions est indispensable; c’est pourquoi je considère la mesure du CSC comme liberticide; les journalistes et les médias ne doivent pas restés les bras croisés face à une telle décision. Nous devons agir d’une manière ou d’une autre pour obliger le CSC à revenir sur sa sentence; surtout qu’elle tombe dans le sillage de la célébration de la journée de la liberté de la presse.
Issaka Luc Kourouma

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