Accueil » Logtoré » Tradition et espacement des naissances au Burkina Faso

Tradition et espacement des naissances au Burkina Faso

Au mois de mai dernier, nous avions traité le thème: contraception et liberté. Nous avions fait appel à des leaders religieux musulmans, protestants et catholiques pour nous éclairer sur cette thématique. Certains de nos lecteurs nous avaient demandé de leur faire part de la position des coutumiers et traditionnels de notre pays. Et comme il est difficile d’en choisir un qui parlerait au nom de tous sans équivoque, les ethnies étant nombreuses au Faso et les coutumes multiples, nous avons pris la liberté de résumer un document sur le sujet que les leaders coutumiers ont élaboré ensemble en 2014 sous la bannière de l’Union des Religieux et Coutumiers du Burkina (URCB) et avec le soutien de l’USAID.

Ce document, intitulé: «Ressources pour une Analyse de la population et son implication au développement (RAPID)», à l’avantage de donner le point de vue de la Tradition. Même si bien de gens ne s’y retrouveront pas parce que le contenu a une tendance moaga contrairement aux représentants qui l’ont conçu. En tout cas, le contenu est jugé consensuel même si nous n’avons pas pu disposer des traductions en version diula, fulfuldé, gulmancema…

L’espacement des naissances n’est pas une question étrangère à la tradition
L’espacement des naissances n’est pas une question étrangère à la tradition

Dans la société traditionnelle, la promotion de l’espacement des naissances était encouragée.

Perception des coutumiers

«Douni ya raga; a sen kin a pa zaid yib ye»: la vie est une opportunité offerte par Dieu et qui doit être saisie dans tous ses aspects car étant brève.

«Rog bi koenga a saon bon koenga»: avoir un enfant valeureux est mieux que d’avoir beaucoup d’enfants inefficaces.

«Ba yind sen ya yembré bè ya pelga»: il n’est pas nécessaire de faire beaucoup d’enfants. Un seul enfant digne et valeureux suffit.

«Pag sen tara poga a naonra yé bé yinga ta yé bé yaoghin»: une  femme enceinte est entre la vie et la mort, le cas présent nous interpelle à éliminer les risques de la mortalité maternelle et infantile.

«Yonre sen kaossé a soaba n’banga zanbo»: vivre longtemps c’est savoir se ménager.

«Boud yagre saon boud yonkomdé»: ce qui signifie que  les semis espacés produisent mieux que les semis rapprochés.

La sagesse coutumière traite de la globalité de la vie de l’homme et de son environnement, il est du devoir de tout individu de s’occuper des problèmes de population.

Tous les aspects de la vie en société sont traités chez les chefs par les sages.

Leur implication dans la régulation de la vie en société est importante: mariage, naissance, décès, problèmes de société.

Quelques constats

L’espacement des naissances n’est pas une question étrangère à la tradition dans laquelle il a été abondamment traité. La séparation du couple après une nouvelle naissance était pratiquée. La gestion de la sexualité dans les familles était généralement confiée aux belles-mères et grand-mères. La tradition avait des règles qui régissaient le fonctionnement de la vie en société.

Un des objectifs de la coutume pour la famille est d’avoir une progéniture vertueuse.

Dans la tradition il était conseillé aux couples d’observer trois ans entre les enfants
Dans la tradition il était conseillé aux couples d’observer trois ans entre les enfants

L’espacement des naissances du point de vue de la tradition

«Ba yind sen ya yembré bè ya pelga»: ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de faire beaucoup d’enfants. Un seul enfant digne et valeureux suffit.

«Kam lagm koabga ti bi koeng ya yembré» met l’accent sur la qualité des enfants et non le nombre. Toute chose qui encourage l’espacement des naissances.

Dans la tradition il était conseillé aux couples d’observer trois ans entre les enfants car de façon empirique on a constaté que:

-les enfants nés en moins de deux ans d’espacement étaient faibles et exposés à toutes sortes de maladies;

-ces enfants de même que leurs parents étaient socialement mal vus;

-c’était une honte pour une famille d’avoir des naissances rapprochées (Pondsés).

L’espacement des naissances signifie le recours du couple de son propre gré, ou sur la recommandation dûment justifiée d’un praticien ou de la famille, à des moyens d’espacer les grossesses.

L’espacement des naissances est avant tout un moyen de préserver la santé de la mère et de l’enfant au sein du couple.

Il permet:

-à la femme de rester en bonne santé, de mieux s’occuper de son enfant et de son foyer;

-le développement économique de la famille;

-le développement physique et intellectuel de l’enfant;

-procure un développement harmonieux de l’enfant;

-honore toute la famille.

Les moyens de l’espacement des naissances selon la tradition

La séparation du couple: elle se faisait juste après l’accouchement. La femme allait chez ses parents et ne revenait qu’au bout de six mois voire davantage.

Elle restait chez la belle-mère jusqu’à ce que l’enfant ait au moins 18 mois avant de rejoindre la demeure conjugale.

La cordelette magique: Il s’agit d’une cordelette spécialement confectionnée pour être ceint par la femme juste avant les rapports sexuels.

Le collier traditionnel: Il s’agit de compter les anneaux du collier au cours du cycle afin de déterminer les périodes fécondes à éviter et celles favorables aux rapports.

La tradition et coutumes autorisent l’utilisation des méthodes modernes de planification familiale pour la sante de la mère et de l’enfant.

Les normes légales

Dans la société traditionnelle les anciens ont établi des normes et des codes sociaux qui permettaient de gérer au mieux la vie des populations. Elles peuvent de ce fait être considérées comme normes légales. Parmi elles:

-l’obligation pour l’homme de laisser sa femme rejoindre ses parents après l’accouchement;

-le fait que l’enfant appartient à la communauté.

Les vertus de la famille selon la Tradition

Toutes les étapes de la préparation au mariage incombaient à toute la société.

L’éducation des enfants était très rigoureuse, les valeurs comme l’abstinence avant le mariage, la fidélité, la virginité, le respect entre conjoints.

Ces valeurs étaient le fondement de la vie en société.

Tradition et santé

Les conditions essentielles de maintien de la santé de l’individu sont selon la Tradition:

-l’alimentation naturelle en qualité et équilibrée;

-La bonne hygiène du milieu;

– la bonne éducation sexuelle;

-les bonnes pratiques physiques (compétition de lutte traditionnelles entre jeunes des villages,…);

-le Traitement (basé sur la phytothérapie).

La santé occupe une place prépondérante dans la tradition comme témoignent l’existence des tradipraticiens, des rebouteurs, des charlatans,…

Rassemblés par Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *