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Utilisation des pesticides dans la Bougouriba : le dilemme cornélien des producteurs

Mort de poissons, intoxication alimentaire, dégradation des sols, pollution des eaux, bref les pesticides continuent de présenter leurs dangers. A côté de cela, son usage est devenu « la norme » dans le secteur agricole. Dans la province de la Bougouriba dans le Sud-Ouest burkinabè, l’utilisation des pesticides par les producteurs impacte leurs rendements ; et à côté le couvert végétal en paie les frais.

Sévérin Méda, producteur à Diébougou

« Sans les pesticides, il n y a pas de production agricole », restent unanimes les producteurs de Diébougou (350 km de Ouagadougou). Un constat qui démontre une utilisation « osée » des pesticides par les producteurs burkinabè ces dernières années. Cette pratique  est devenue légion dans la localité et chacun trouve un prétexte. Sévérin Méda est producteur à Diébougou. Grâce aux pesticides il dit arriver à «  tuer » les mauvaises herbes et exploiter plusieurs hectares de son champ. « Depuis 2005, j’utilise les pesticides pour faciliter mon travail dans mon champ…  Il nous faut ça pour tuer les insectes et l’herbe », étaye-t-il. Dans le champ de Richard Ido, un autre producteur agricole, lui brandit une tout autre excuse : « Comme  la main d’œuvre coûte chère, nous sommes obligés d’utiliser les pesticides. Sans elles, je ne peux pas exploiter toute cette superficie à moi seul ». A l’instar de ces deux exploitants agricoles, c’est la quasi-totalité des agriculteurs de cette province qui utilisent les pesticides, à en croire le directeur provincial de l’agriculture, des aménagements hydro agricoles et de la mécanisation de la Bougouriba, Christian Millogo. « Ici la quasi-totalité des producteurs utilisent les pesticides ».

Richard Ido , producteur à Diébougou

Sévérin et Richard disent avoir été informés des méfais des pesticides ; « mais nous n’avons pas le choix », ont-ils confiés. Du côté de la direction provinciale de Christian Millogo, c’est impuissant qu’elle assiste à ce phénomène. « C’est vrai qu’on ne peut pas interdire l’utilisation de ces produits, mais nous travaillons pour une utilisation contrôlée des pesticides », a-t-il relevé.

Dame nature paie les frais de l’usage des pesticides 

Il faut agir et vite par ce que le couvert végétal en paie les frais : Dégradation des sols, destructions de l’écosystème, pollution des eaux    pour ne citer que ces méfaits des pesticides. Marc Koussoubé est le chef de service de la direction  provinciale de la préservation de l’environnement de la Bougouriba. L’utilisation des pesticides détruit considérablement le sol, à l’en croire. « Au niveau des sols,  l’utilisation  des pesticides  neutralise les microorganismes. Alors que vous  n’êtes pas sans savoir que la fertilité des sols dépend du travail fait par les microorganismes ; et les pesticides les détruisent   induisant ainsi  la dégradation des sols », a-t-il déploré

 Mr Koussoubé fait aussi remarquer que les effets néfastes des pesticides sur l’environnement ne se limitent pas seulement au lieu où ils ont été utilisés. Ils ont la possibilité de parcourir de grandes distances dans en contact avec le sol, s’ils deviennent aéroportés ou atteignent les eaux par ruissellement ou lessivage, poursuit-il.  « Concernant les eaux de surfaces, on assistera au lessivage ; car les producteurs utilisent les pesticides pendant l’hivernage et avec le ruissellement cela occasionne la pollution des eaux », détaille Marc Koussoubé.

Marc Koussoubé, DP préservation de l’environnement

 Les années passent, la pratique continue et les effets sur l’environnement se multiplient. A en croire le directeur provincial des ressources animales et halieutiques de la Bougouriba, Yacouba Ouattara, les dégâts sont énorme sur le terrain. « Nous avons constaté une forte mortalité d’animaux due à l’utilisation incontrôlée de ces pesticides.

Yacouba Ouattara,DP Ressource animale

Hors mis ces cas de mortalité, il faut noter que le rendement lié à la production animale a baissé à tous les niveaux, à savoir la viande, le miel, les œufs, le lait… ». Sir Ouattra va plus loin en indiquant que les animaux ont développé d’autres pathologies dues à l’utilisation de ces produits. « Depuis un certain temps, nous avons constaté que la population de grenouilles a diminué considérablement. C’est le même constat avec les poissons. Ce que nous avons remarqué aussi il y a que les animaux développent des pathologies perturbant ainsi leur système immunitaire  », fait remarquer Yacouba Ouattara.

 Il faut recadrer l’utilisation des pesticides pour sauver l’environnement

Christian Millogo,DP, agriculture de la Bougouriba

Voici donc les producteurs et agents en charge de la protection de l’environnement, face  à un dilemme cornélien. Continuer d’utiliser les pesticides ou songer à la sauvegarde de l’environnement ? L’ensemble des acteurs sont unanimes sur les méfaits des produits chimiques sur l’environnement. Mais la responsabilité incombe aux    responsables des structures déconcentrées de l’Etat en charge de la protection de l’environnement et de l’utilisation rationnelle des pesticides, de faire bouger les lignes. «  Nous travaillons pour une utilisation contrôlée des pesticides », rassure Christian Millogo. Quant à Yacouba Ouattara  conscient de son rôle dans cette lutte,  préconise la sensibilisation tout en insistant sur l’implication de l’ensemble des acteurs. « Il faut associer à la sensibilisation, la répression pour ceux qui ne vont pas avoir une utilisation rationnelle de ces produits. Je préconise une police d’hygiène pour contrôler les utilisations.  », a-t-il proposé. En 2013, une étude du SPCONEDD montrait que le mauvais usage des pesticides coûte à l’Etat burkinabè environ 15 milliards de FCFA par an. Le coût le plus élevé étant enregistré pour la santé humaine.

Au regard des méfaits liés à l’utilisation des pesticides sur l’environnement   l’Etat burkinabè se doit de prendre ses responsabilités. encadrer leur usage, dans le respect des bonnes pratiques agricoles et le respect du code de l’environnement ; renforcer les capacités des acteurs, notamment la formation sur l’utilisation des pesticides et les méthodes alternatives (préparation et usage de bio pesticides, méthodes mécaniques d’élimination des herbes etc…) pour les services de protection des végétaux, les agriculteurs, les revendeurs ; effectuer des contrôles sur l’origine et la qualité des produits importés et disponibles sur le marché ; encourager la recherche sur les bio-pesticides, et promouvoir l’usage de ceux qui sont déjà connus. Au niveau central, il serait nécessaire de renforcer les compétences de  la direction de la protection des végétaux et du conditionnement (DGPVC) afin qu’elle puisse remplir convenablement ses missions.

W.Aubin OUEDRAOGO

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