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Yalgado Ouédraogo: un nom populaire, un homme méconnu (1/2)

Des hommes ont marqué d’un sceau particulier l’histoire de leur pays, soit par leur cruauté, leur bonté ou leur détermination dans la lutte pour les causes justes… Ils deviennent ainsi des immortels et leurs noms sont souvent couverts de récits mythiques, de gloires, de respect ou de rejet unanime.

Très souvent, le peuple retient seulement la portée et les conséquences de leurs actes. Quant à leur vie réelle, elle sombre dans l’inconnue.

L’histoire du Burkina Faso (autrefois Haute-Volta) nous en donne des exemples parmi lesquels celui de Yalgado Ouédraogo.

Sans être pour autant mythique, le nom de Yalgado Ouédraogo est devenu aujourd’hui populaire. Attribué au plus grand centre hospitalier universitaire du pays, il est prononcé à longueur de journée, partout dans la ville de Ouagadougou et à travers le pays. Les populations ont dans leur esprit remplacé l’institution elle-même par le nom Yalgado. On entend dire: «Je m’en vais à Yalgado».

Qui est réellement Yalgado Ouédraogo? Ensemble, nous allons tenter de redécouvrir un homme à la fois connu et inconnu, un homme qui fut l’un des meilleurs médecins de son époque et l’un des premiers occupants de l’actuel siège de Salifou Diallo à l’Assemblée nationale.

Ibrahim Yalgado Ouédraogo
Ibrahim Yalgado Ouédraogo

Etudes scolaires

Yalgado Ouédraogo est né en 1925 à Napalgué, dans le canton de Kossouka, situé à environ 65 km de Ouahigouya.

De son vrai nom Ibrahim Yalgado Ouédraogo, il est de la famille royale régnant à Kossouka, de feu Guigba Ouédaogo et de feue Rapougya Sawadogo. Le jeune prince avait un frère et deux sœurs Rawindé Mahama l’aîné, Koursga la cadette et Kayouré la benjamine. Il découvre l’école du Blanc à Ouahigouya à l’école primaire élémentaire où il obtient le Certificat d’études primaires indigènes (CEPI) après quatre années d’études. C’est un brillant élève qui est sélectionné pour poursuivre ses études à Bamako.

A l’époque, la colonie de la Haute-Volta était supprimée et ses différents cercles repartis entre la Côte d’Ivoire, le Niger et le Soudan (actuel Mali) auquel appartenait le cercle de Ouahigouya.

Bamako était la capitale de la colonie du Soudan. C’est ainsi que Yalgado fut accueilli à l’école primaire supérieure Terrasson De Fougères de Bamako, un peu avant la Deuxième Guerre mondiale pour trois ans. Il y fait la connaissance d’un autre Voltaïque, Bougourawa Ouédraogo, qui était à l’époque surveillant général et enseignant d’histoire africaine dans la même école.

Ibrahim ne tarda pas à révéler ses talents en décrochant le Diplôme d’études primaires supérieures (DEPS) en 1945. Ce diplôme lui ouvre les portes de l’école supérieure de Sibicotane non loin de Dakar (plus tard cette école sera transférée à William Ponty). Il y passa trois années au bout desquelles il obtient le Diplôme d’études supérieures (DES). Il est ensuite admis au concours d’entrée à l’école de médecine Jules Cardes de Dakar.

Médecin incontesté

A l’école de médecine Jules Cardes de Dakar, Yalgado reste Major de sa promotion, de la première à la 3ème année. A sa sortie en 1949, il est déclaré médecin de sa promotion par une Commission conjointe (professeurs-élèves) avec mention.

Il fait ensuite le service militaire au régiment d’artillerie coloniale de Dakar, avant de revenir exercer à l’hôpital principal de Dakar. Signalons qu’avant lui, un autre Voltaïque, Timoko Traoré, avait été également élevé au grade de major  et médecin de sa promotion.

Yalgado Ouédraogo était sollicité aussi bien par ses professeurs, ses camarades que par les patients.

Puis, après la reconstitution de la Haute-Volta en 1947, le pays avait besoin de ses cadres pour un nouvel élan. D’où le retour de Yalgado au pays vers 1954. Il fut alors affecté à l’hôpital de Nouna comme médecin-chef (Nouna: chef lieu de la province de la Kossi). Là, il exerce son métier avec passion et dextérité. Il était réputé dans la région pour la maîtrise de son travail. Selon les témoignages, il était surtout doué dans les soins contre les morsures de serpents, la méningite, l’hépatite et la stérilité. Des étrangers aimaient venir également se faire soigner par Yalgado Ouédraogo. Ceux qui l’ont connu attestent le savoir-faire de l’homme. Ces taux de réussite lui ont valu le mérite d’une médaille d’honneur des épidémies, décernée par le ministre de la France d’Outre-Mer le 31 décembre 1956.

Toujours pour son dévouement exceptionnel, il fut décoré commandeur de l’Ordre national à titre posthume le 11 décembre 1962.

Le prochain article traitera de l’homme politique Yalgado et de sa mort prématurée.

Un document de Abdoulaye Ouédraogo

résumé par Théophile MONE

4 commentaires

  1. Merci pour ces informations!

  2. C’est vraiment bon à savoir. J’ai duré avant de savoir que Yalgado était le nom d’une personne. Un jour en me rendant à l’Hopital j’ai vu à l’entré Yalgado OUEDRAOGO, c’est là j’ai pu deviné que l’hopital porte le nom d’une illustre personnalité. Par votre article, je crois bien appprendre davantage de lui! merci

  3. Abdoulaye Ouédraogo

    Je redécouvre cet écrit avec beaucoup de recul et d’intérêt. J’avais pensé qu’il était tombé dans les oubliettes pour toujours. Merci á vous d’avoir eu cette bonne initiative.

  4. OUEDRAOGO Sambologo Boureima

    Je vous remercie pour votre article sur notre regretté Dr Yalgado Ibrahim OUEDRAOGO. Enfin vous m’avez permis de savoir qui il était.
    Je regrette que son approche de cette profession ( soulager les souffrances et sauver des vies humaines) ne soit plus partagée par beaucoup de médecins d’aujourd’hui.
    L’exercice de la Médecine s’apparente de plus en plus à du Commerce, n’est ce pas? Le serment d’Hippocrate est de plus en plus ignoré !
    Alors, où va l’Humanité?

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