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Yalgado Ouédraogo: un nom populaire, un homme méconnu (2/2)

Des hommes ont marqué d’un sceau particulier l’histoire de leur pays, soit par leur cruauté, leur bonté ou leur détermination dans la lutte pour les causes justes… Ils deviennent ainsi des immortels et leurs noms sont souvent couverts de récits mythiques, de gloires, de respect ou de rejet unanime.

Très souvent le peuple retient seulement la portée et les conséquences de leurs actes. Quant à leur vie réelle, elle sombre dans l’inconnue.

L’histoire du Burkina Faso (autrefois Haute-Volta) nous en donne des exemples parmi lesquels celui de Yalgado Ouédraogo.

Sans être pour autant mythique, le nom de Yalgado Ouédraogo est devenu aujourd’hui populaire. Attribué au plus grand Centre hospitalier universitaire du pays, il est prononcé à longueur de journée, partout dans la ville de Ouagadougou et à travers le pays. Les populations ont dans leur esprit remplacé l’Institution elle-même par le nom Yalgado. On entend dire: «Je m’en vais à Yalgado»

Qui est réellement Yalgado Ouédraogo? Après avoir donné son parcours scolaire et relaté sa passion pour son métier dans l’article précédent, le présent article parle de l’homme politique et de sa mission écourtée.

Ibrahim Yalgado Ouédraogo
Ibrahim Yalgado Ouédraogo

Homme politique malgré lui

C’est après beaucoup d’hésitations que Yalgado Ouédraogo décide de participer à la politique de son pays.

Depuis Dakar, il fut sollicité pour faire de la politique. Mais c’est surtout à Nouna qu’il s’intéressa réellement aux activités politiques de ses pairs. Comment en est-il arrivé là?

Yalgado a été sollicité par les siens du Yatenga pour se présenter comme candidat aux élections des Assemblées territoriales du 31 mars 1957. Selon Madame Bernard Lédéa Ouédraogo qui a travaillé pendant longtemps à ses côtés, Yalgado Ouédraogo n’aimait pas la politique. Il préférait surtout son métier. Mais après «maintes tractations», il accepta. C’est ainsi qu’il fut élu conseiller territorial en mars 1957 sur la liste du Mouvement démocratique voltaïque (MDV) qui était une émanation du Pati Dorangiste du Yatenga. L’ensemble des élus de la Haute-Volta devrait former l’Assemblée territoriale siégeant à Ouagadougou.

Quatre partis composaient l’échiquier politique national à l’époque: le Parti social pour l’éducation de masses africaines (PSEMA), le Mouvement populaire africain (MPA), le Rassemblement démocratique africain (RDA) et le Mouvement démocratique voltaïque (MDV) auquel appartenait Yalgado Ouédraogo.

Le RDA et le PSEMA formèrent, pour l’occasion, une coalition d’où sortit le Parti démocratique unifié (PDU) qui devient le parti le plus important avec 35 élus. Le MPA avait 5 élus et le MDV 26.

Le PDU forme alors le 1er Conseil du gouvernement conformément aux décisions de Yamoussoukro, tandis que le deuxième parti majoritaire, le MDV, doit présider l’Assemblée territoriale. Yalgado Ouédraogo fut ainsi élu président de l’Assemblée territoriale le 15 mai 1957. Il l’organise avec conviction militante. Selon Bougourawa Ouédraogo, «il s’était donné la mission de former une entité nationale. Pour cela, il fallait voyager à travers le pays, voir de près les réalités, dans les circonscriptions administratives, dans les cercles, les cantons et les villages. Il prêchait le nationalisme, le patriotisme et cherchait à mobiliser les hommes…»

Une mission écourtée

C’est de retour d’une tournée à l’intérieur du pays que Yalgado eut un accident. Un tragique évènement qui a eu lieu le 21 juillet 1957. Seul Yalgado Ouédraogo succomba.

Il fut enterré au cimetière du secteur 12 ex-quartier Dapoya en présence des membres de sa famille, des amis et de plusieurs autorités politiques et administratives.

A 32 ans, le jeune médecin africain disparaissait sans achever sa mission politique ni assouvir les ambitions qu’il nourrissait dans sa carrière professionnelle, sans laisser ni femme ni enfant.

32 ans plus tard, précisément le mardi 25 avril 1989 à 16 heures, ses restes mortuaires furent exhumés et transférés dans l’enceinte de l’actuel hôpital national à Ouagadougou. Cela  a été possible grâce à une action commune des parents et de ses proches et suite à la décision des responsables du secteur 12 de démolir la partie restante de l’ancien cimetière sis près de l’Eglise de Dapoya.

Lors de ce second enterrement de l’illustre disparu, les membres de sa famille ont remercié tous ceux qui n’ont ménagé aucun effort pour la réalisation du transfert. Cette cérémonie a été présidée par Elie Sarré, alors secrétaire d’Etat à l’Action sociale (cf. Sidwaya N°1262 du 27 avril 1989).

Somme toute, le passage quelque peu éphémère de Yalgado Ouédraogo sur cette terre a révélé un homme politique sympathique, consciencieux. Qu’il repose en paix.

Un document de Abdoulaye Ouédraogo

résumé par Théophile MONE

3 commentaires

  1. Tarbagdo Tégawindé

    Que c’est triste !! Les bonnes choses ne durent pas. Paix à son ame!

  2. Merci pour cet article. Ca m’a permis de connaitre l’histoire de ce grand homme.

  3. Ça me fait toujours plaisir de savoir que cet article que j’ai écrit en 1996, je crois, est toujours en circulation au profit de la diffusion du savoir surtout sur un homme de cette trame.
    Bravo à vous.
    Abdoulaye OUEDRAOGO

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